Xénphon : Le banquet (31 à 44)

Traduction juxtalinéaire du passage.

 

 

31-

Nàn d'

epeid¾ tîn Øperor…wn stšromai

kaˆ t¦ œggeia oÙ karpoàmai

kaˆ t¦ k tÁj o„k…aj pšpratai,

 ¹dšwj mn kaqeÚdw ktet£menoj,

pistÕj tÍ pÒlei gegšnhmai,

oÙkšti ¢peiloàmai,

¢ll' ½dh ¢peilî ¥lloij,

æj eleuqšrJ te œxest… moi

kaˆ ¢podhme‹n kai pidhme‹n :

Øpan…stantai dš moi ½dh q£kwn

kaˆ Ðdîn ex…stantai oƒ ploÚsioi.

 

Mais maintenant,

depuis que je suis privé de mes biens de l'étranger

que je ne récolte plus les fruits de ma propriété

et que les biens d'ici m'ont été enlevés et vendus

d'abord j'ai le plaisir de dormir allongé,

ensuite j'ai gagné la confiance de la cité,

et puis je ne suis plus menacé,

au contraire maintenant je menace les autres,

de sorte qu'il m'est permis en homme libre

de voyagerà l'étranger et résider dans mon pays.

et maintenant les riches se lèvent devant moi de leur siège et s'écartent de leur chemin pour moi (me cèdent le passage.)

32-

Kaˆ e„mi nàn mn tur£nnJ oikèj,

tÒte d safîj doàloj Ãn :

kaˆ tÒte gë fÒron ¢pšferon tù d"mù,

nàn d ¹ pÒlij tšloj fšrousa tršfei moi.


'All¦ kaˆ Swkr£tei,

Óte mn ploÚsioj Ãn,

loidÒroun me

Óti sunÁn,

nàn d' ...

peˆ pšnhj gegšnhmai,

... oÙkšti oÙdn mšlei oÙden….

Kaˆ mn

Óte mšn ge poll¦ econ,

¢e… ti ¢pšballon À ØpÕ tÁj pÒlewj

À ØpÕ tÁj tÚchj :

nàn d ¢pob£llw mn oÙdšn, oÙdn g¦r œcw,

¢eˆ ti l"yesqai lp…zw.




Me voici aujourd'hui semblable à un tyran,

alors qu'avant , visiblement, j'étais esclave.

autrefois moi je payais mon tribut au peuple,
alors qu'aujourd'hui c'est la cité qui me verse des allocations et qui me nourrit.

En outre, Socrate,

quand j'étais riche,

on me reprochait

de le fréquenter,

alors qu'aujourd'hui

(parce) que je suis pauvre,

personne ne s'en préoccupe.

Et aussi,

lorsque je possédais beaucoup,

je subissais toujours des pertes dues à la cité

ou à la Fortune (le sort) ;

alors qu'aujourd'hui je ne perds rien (car je n'ai rien) et j'espère toujours recevoir quelque chose.

33-

OÙkoàn, œfh Ð Kall…aj,

kaˆ eÜcV mhdšpote ploute‹n,

kaˆ £n ti Ônar ¢gaqÕn ‡dVj,

to‹j ¢potropa…oij qÚeij ;


M¦ D…a toàto mšntoi, œfh, gè oÙ poiî,

¢ll¦ m£la filokindÚnwj Øpomšnw,

Àn (=£n) poqšn ti lp…zw l"yesqai.




Est-ce que, dit Callias,

tu souhaites ne jamais être riche,

et, si tu fais un rêve favorable (de bon augure),

sacrifies-tu aux dieux qui détournent les maux ?

 Oh non par Zeus, répondit Charmide, je ne le fais pas, au contraire, je fais face très courageusement, quand je pense que je vais recevoir qqch.

 

34 - " Allons, dit Socrate, à toi maintenant de nous dire, Antisthène, comment, alors que tu es à court de biens, tu es fier de ta richesse. — C'est que j'estime, mes amis, que les hommes détiennent la richesse ou la pauvreté, non dans leur maison, mais dans leurs âmes.

35 - Je vois en effet nombre de particuliers qui, tout en possédant d'abondantes ressources, s'imaginent être dans une telle pauvreté qu'ils assument toutes sortes de tâches pénibles, toutes sortes de dangers, afin d'acquérir encore davantage ; et je connais aussi des frères dont l'un, alors qu'ils ont hérité à parts égales, possède le nécessaire et même le superflu tandis que l'autre manque de tout.

36 - Je vois encore que certains tyrans ont un tel appétit de richesses qu'ils commettent de bien plus grands crimes que les derniers des gueux (= ceux qui sont les plus démunis) : pressés par le besoin, c'est vrai, certains de ces derniers volent, d'autres percent des murs, d'autres vendent comme esclaves des hommes libres ; mais il y a des tyrans qui détruisent des familles (maisons) entières, massacrent des foules de gens, et qui souvent même, par cupidité, réduisent des villes entières en esclavage.

37 - De ces hommes-là j'ai grandement pitié pour ma part, car ils sont terriblement malades. En leur mal me paraît semblable à celui d'un homme qui, abondamment pourvu et mangeant beaucoup, ne serait jamais rassasié. Quant à moi, je possède tant de biens qu'il ne m'est pas facile à moi-même de mettre la main sur eux ; ils me permettent cependant de manger jusqu'à plus faim, de boire jusqu'à plus soif, et de me vêtir de telle sorte que je ne souffre pas plus du froid quand je sors que Callias notre hôte, le plus riche des hommes.

38 - Et lorsque je suis chez moi, ce sont de bien chauds vêtements (de dessous) que les murs, des manteaux bien épais que les toits, et ma couche me satisfait si bien qu'il est difficile de m'éveiller ; si j'éprouve en ma chair un désir amoureux, la première venue fait mon affaire, si bien que les femmes dont je m'approche me comblent de caresses, parce que nul autre ne consent à aller avec elles.

 

39.

Kaˆ p£nta to…nun taàta

oÛtwj ¹dša moi doke‹ enai

æj m©llon mn ¼desqai,(...),oÙk ¨n eÙxa…mhn,
poiîn ›kasta aÙtîn,


Âtton de
[¼desqai]:

oÛtw moi doke‹ œnia aÙtîn ¹d…w enai toà sumfšrontoj.




Et toutes ces jouissances

me paraissent si agréables

que je ne souhaiterais pas trouver davantage de plaisir en m'adonnant à chacune d'elles,

mais moins ;

à tel point qu'il me semble que qques-unes d'entr'elles me donnent plus de plaisir qu'il ne me suffit (me sont plus agréables que ce qui suffit).

40-

Ple…stou d'¥xion ktÁma n tù mù ploutù

logizomai enai ke‹no

Óti ...

e‡ moÚ tij ka… t¦ nàn Ônta paršloito,

oÙdn oÛtwj Ðrî faàlon œrgon

Ðpo‹on oÙk arkoàsan ¨n trof¾n moˆ paršcoi.



Le bien le plus précieux que je compte au nombre de mes richesses est celui-ci :

[à savoir que]

si l'on m'enlevait ce que je possède actuellement,

je ne vois aucun travail, si humble soit-il,

qui ne pourrait me procurer de la nourriture à suffisance.

41.

Kaˆ g£r,

Ótan ¹dupaqÁsai boul"qw,

oÙk k tÁj ¢gor©j t¦ t…mia çnoàmai

(polutelÁ g¦r g…gnetai)

¢ll' k tÁj yucÁj tamieÚomai.



Kaˆ polÝ ple‹on diafšrei prÕj ¹don¾n

Ótan, ¢name…naj tÕ dehqÁnai, prosfšrwmai

À Ótan tinˆ tîn tim…wn crîmai,



ésper kaˆ nàn,

¯ tùde tù Qas…ù o‡nù ntÚcwn,

oÙ diyîn ® p…nw aÙtÒn.



En effet,

lorsque je décide de me donner du plaisir,

je n'achète pas au marché des denrées de 1er choix, (c'est devenu cher)

mais je le (mon plaisir) retire du désir que j'en ai.


Et c'est un plaisir différent et bien plus grand

lorsque, attendant d'en éprouver le besoin, je prends de la nourriture,

que lorsque je me sers qqch de coûteux,

comme maintenant,

ce vin de Thasos servi ici (moi trouvant ce vin)

que je bois sans soif.

 

42.

'All¦ m¾n kaˆ polÝ dikaiotšrouj ge e„kÕj [stin] enai

toÝj eÙtšleian m©llon À polucrhmat…an skopoàntaj.


OŒj g¦r m£lista t¦ parÒnta ¢rke‹

½kista tîn ¢llot…wn Ñršgontai.


 

De plus, il est naturel que sont précisément plus honnêtes ceux qui recherchent plutôt la frugalité que l'abondance de richesses.

Car ceux à qui suffit (qui se contentent de) ce qui se présente convoitent moins les biens d'autrui.

43.

"Axion [stin] d'nnoÁsai

æj kaˆ leuqer…ouj Ð toioàtoj ploàtoj paršcetai.

Swkr£thj te g¦r oátoj,

par' gë toàton kths£mhn,

Ôut' ¢riqmù oÜte staqmù p"rkei moi,

¢ll'

ÐpÒson dun£mhn fšresqai,

tosoàton moi pared…dou:

gè te nàn oÙdenˆ fqonî,

¢ll¦ p©si to‹j f…loij

kaˆ pideiknÚw t¾n ¢fqon…an

kaˆ metad…dwmi tù boulomenù toà n tÍ mÍ yucÍ

ploÚtou.




Il est bon de remarquer aussi

comme une telle richesse rend [les h.] généreux.

Et Socrate, qui est ici (près de moi),

auprès de qui j'ai acquis cette richesse,

c'est sans compter et sans peser qu'il m'en a pourvu,

au contraire,

autant je pouvais emporter,

autant il m'a donné.

Moi, à mon tour, je ne refuse rien à personne,

au contraire, à tous mes amis

je montre mon abondance

et je donne à celui qui le veut une part de la richesse qui est en moi.

44.

Kaˆ m¾n kaˆ tÕ ¡brÒtatÒn ge ktÁma

t¾n scol¾n ¢eˆ Ðr©tš moi paroàsan,



éste kaˆ qe©sqai t¦ ¢xioqšata

kaˆ ¢koÚein t¦ ¢xi£kousta

kaˆ

Ö ple…stou gë timîmai

Swkr£tei scol£zwn sundihmereÚein.

Ka…, oátoj d

oÙ toÝj ple‹ston ¢riqmoàntaj crus…on qaum£zei,


¢ll',

o‰ ¨n aÙtù ¢ršskwsi,

toÚtoij sunën diatele‹."

Oátoj mn oân oÛtwj epen.

 



Mais le bien assurément le plus précieux,

vous voyez que c'est le loisir dont je dispose toujours

si bien que je regarde ce qui mérite d'être regardé, que j'écoute ce qui mérite d'être écouté,

et que,

ce que j'apprécie au plus haut point,

je passe avec Socrate mon temps (mes journées) de loisir.

Et lui,

il regarde sans admiration ceux qui comptent plus d'or,

non,

c'est avec ceux qui lui plaisent

qu'il passe son temps (en les fréquentant).

Voilà, c'est ainsi qu'Antisthène a parlé.