Orgue d'Albi

Albi possède dans sa cathédrale un orgue qui se range parmi les plus beaux de France. Nous savions que son buffet, dû au talent de Christophe MOUCHEREL (1734-1736) suscitait l’admiration des connaisseurs par ses dimensions hors du commun (16,40 mètres de large et 15,60 mètres de haut), par la variété de ses décorations et par l’équilibre de sa masse au-dessus du jugement dernier.

Désormais après 10 ans de recherche, d’hésitations et de retards aux causes multiples (commencés le 10 janvier 1971, les travaux se sont achevés le 13 mai 1981), le voilà qui parle avec assurance dans la vaste nef de Ste Cécile, et sa qualité sonore lui donne à rivaliser avec les instruments prestigieux de Poitiers et de St Maximin : peut-être même les dépasse-t-il !

Les 26 et 27 septembre 1981 a eu lieu l’inauguration officielle.

Voici quelques rapides notations concernant le caractère propre de cet instrument : les ignorer pourrait amener les auditeurs à porter un jugement sans fondement et à se fermer à une esthétique d’orgue, celle du XVIIIè siècle français dont la renommée n’est pas à faire.

Après le démontage en janvier 1971 par Paul Manuel, plusieurs facteurs d’orgue furent contactés et en définitive le choix se porta sur Barthélémy FORMENTELLI, italien de Vérone mais de naissance et de formation françaises. C’est à lui que revient la responsabilité et le mérite de l’instrument actuel, instrument qui reprend l’orgue de Moucherel (1736), mais en y intégrant les agrandissements successifs. C’est ainsi que furent traités avec le plus grand soin la console, la mécanique, le sommier et la tuyauterie.

Mais une fois achevé, il sait le faire parler, l’harmoniser. En définitive, la qualité et la renommée d’un orgue se jugent à son harmonisation. Harmoniser, c’est faire sonner un tuyau pour qu’il chante avec justesse et distinction. C’est aussi l’intégrer aux autres de la même famille pour créer un jeu homogène. C’est encore constituer des plans sonores dans la cohésion, la noblesse et l’équilibre. C’est donner à chaque jeu dit de détail (cromorne, cornet, hautbois, flûte…)une originalité de son aloi. C’est réaliser un Plein jeu et un Grand jeu tels que sa personnalité soit fortement affirmée. C’est enfin, selon l’esthétique choisie, retrouver des caractéristiques propres, capables de bien traduire la musique d’époque. Travail minutieux pour chaque tuyau. Travail de créateur, exigeant une oreille très sure certes, mais aussi une connaissance exacte de l’histoire, et surtout assez de personnalité et d’audace pour imposer ses propres intuitions. L’orgue de Ste Cécile est harmonisé dans le ton original, c’est-à-dire qu’il sonne un ton plus bas que les instruments modernes, et la partition est à tempérament inégal.Barthélémy FORMENTELLI a passé six mois à ce travail. Son œuvre suscite déjà l’admiration des connaisseurs par la qualité des sons, l’équilibre des volumes, le chatoiement des couleurs, la distinction du Grand jeu, la douceur pénétrante du Plein jeu et la présence soutenue mais sans jamais assourdir, de l’orgue dans l’immense nef de la cathédrale.

L’instrument de Ste Cécile est un instrument typé, ayant ses caractéristiques propres. Il ne veut pas être l’orgue à tout jour, Sa construction, le choix et la répartition des jeux, son harmonisation à la fois charnue et distinguée, pénétrante et douce, font de lui un ORGUE CLASSIQUE FRANÇAIS. C’est à ce titre qu’il convient de le comparer aux autres instruments de la même époque et du même style. Et on peut affirmer qu’il leur est égal sinon supérieur en qualité et en importance.

Le XVIIIè siècle français, on ne le sait pas assez, a laissé pour l’orgue une musique admirable et abondante ; les auteurs de cette époque sont des maîtres en science et en inspiration que J.S.BACH a étudiés et même recopiés de sa propre main. Cette musique, inépuisable, pour ne pas être trahie, nécessite des instruments tels que celui d’Albi.

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