par Sylvie WALCZAK, IPR d'Education Musicale
1 - Les limites de l'évaluation2 - Pourquoi ? Les finalités de l'évaluation
Quasiment inconnu dans le vocabulaire pédagogique jusque vers 1960, l’ évaluation est devenue à la fin des années 70 l’un des concepts essentiels dans le système éducatif. La publication en 1979 d’un Dictionnaire de l’évaluation et de la recherche en éducation consacre sa place centrale.
Les problématiques du quoi, du comment et du pourquoi sont essentielles pour nourrir toute réflexion sur l’évaluationQu’est-ce que l’évaluation ?
Lorsqu’on parle d’évaluation, on pense d’abord vérification des connaissances et des acquisitions, contrôle, notation, examen, évaluations institutionnelles 6ème ou 2nde …
A quoi sert l’évaluation ?
-Pour les élèves, se situer par rapport à des apprentissages, par rapport à un groupe…
-Pour le professeur, savoir si la démarche pédagogique a été fructueuse ou non, situer les élèves, répondre à la demande institutionnelle…
-Pour les parents, recueillir des informations sur l’aide à apporter, ou sur l’avenir de leur enfants…
-Pour les autorités scolaires, déterminer ou infléchir des décisions à prendre concernant les programmes, les méthodes, les filières, les examens…
-Pour les milieux extérieurs, recueillir des informations sur le fonctionnement de l’école…
Les contraintes de l’évaluation
-Le nombre d’élèves, le temps bref dont on dispose…
-La nécessité d’avoir des modalités d’évaluation qui ne soient pas des usines à gaz…
Les types d’évaluation qui s’inscrivent dans une démarche institutionnelle dans le système scolaire
-Evaluation diagnostique : précède l’action, donne lieu à un ajustement des contenus
-Evaluation sommative : se situe après l’action, fait le bilan des acquis
-Evaluation formative : se situe au cœur de l’action, constitue un mélange des deux précédentes, mais a d’autres finalitésI. LES LIMITES DE L’EVALUATION
1. Evaluation et mesureMesurer, c’est assigner un nombre à un objet, c’est décrire quantitativement la réalité : une mesure est objective en ce sens que, une fois définie l’unité, on doit avoir toujours la même mesure du même phénomène
Dans l’évaluation, l’instrument de mesure est l’enseignant, qui manque totalement de fiabilité. Toutes les études en docimologie (faites par Henri Piéron dans les années 60) ont montré les écarts de notation entre correcteurs d’une même copie ou entre examinateurs : c’est pour cette raison que sont organisées des réunions d’harmonisation pour tous les concours et examens, et qu’est systématiquement pratiquée la double-correction pour un certain nombre de concours (qui ne constitue qu’une remédiation )
Même dans une situation de classe plus ordinaire, l’évaluation fait intervenir la subjectivité de l’enseignant. Pierre Merle : « L’expertise professorale est un jugement en partie aléatoire », très dépendant du contexte L’évaluation ne peut être objective comme le serait une mesure (d’après Piéron, si l’on veut vraiment neutraliser les erreurs dues à cette subjectivité, il faudrait faire corriger une copie de mathématiques par 13 correcteurs, une dissertation philosophique par 127 personnes…)
2. Evaluation et objectivitéQuelques remarquesLa performance de l’élève est dépendante du contexte
Monteil a très bien montré comment dans une situation de comparaison sociale (on proclame publiquement leur appartenance à des niveaux différents) des élèves en situation d’anonymat ou de visibilité se comportent de manière tout à fait différente (un mauvais élève en situation de visibilité échoue, conformément à l’habitude sociale, alors qu’en situation d’anonymat, il est capable de réussir, ce qui prouve que les compétences nécessaires à la réussite sont là). On peut aussi créer de l’échec : en attribuant à de bons élèves, de manière tout à fait aléatoire, de la réussite ou de l’échec à une épreuve précédente, on favorise la réussite ou l’échec à l’épreuve suivante.
Conclusion : En situation de visibilité sociale, les performances sont conformes aux attributions sociales de valeur –qui correspondent à un phénomène de catégorisation- et qui déterminent pour partie la réussite ou l’échec.La perception qu’a l’enseignant de la performance de l’élève dépend également du contexte
Son jugement est toujours influencé par des éléments en provenance du contexte (dimension affective, charge émotionnelle due à la présence des élèves, représentation qu’il a des élèves ou du système scolaire-le modèle du « bon élève »). En fait le jugement de l’enseignant se fonde en partie sur une représentation construite de l’élève, et sur des convictions intimes qui n’ont rien de scientifique (connaissance des performances antérieures de l’élève, de son statut scolaire, de son origine socio-économique…), il est influencé par une histoire scolaire et sociale et par les conditions particulières dans lesquelles il travaille
Conclusion : Résonances psychologiques, chez l’évaluateur comme chez l’évalué, auxquelles s’ajoutent les injonctions sociales, à travers lesquelles se manifestent les enjeux et les contradictions de l’acte d’évaluation (l’Ecole proclame l’égalité des chances pour tous, mais opère une évaluation sélective).Faut-il évaluer, alors ?
Un équilibre à trouver entre deux positions extrêmes ?
une évaluation strictement docimologique : ses partisans pensent que l’on peut tout mesurer, et qu’en décomposant et chiffrant de manière systématique tous les paramètres du travail de l’élève et toute les compétences, on peut parvenir à une notation objective, à l’aide d’outils extrêmement sophistiqués. Mais… la technicité pure ne garantit ni la justice ni l’objectivité, puisque le choix des objectifs évalués, la définition des critères et des seuils de réussite ne sont jamais neutres une évaluation par intuition pragmatique : ses partisans pensent que les enseignants sont ceux qui connaissent le mieux leurs élèves parce qu’ils en ont une approche globale prenant en compte non seulement les acquis, mais aussi les parcours personnels et les comportements. Mais… « l’intuition » a un caractère profondément subjectif, car inconsciemment, les enseignants ont intégré des attentes sociales dominantes souvent implicites, des normes objectives de développement intellectuel et des normes sociales de comportement : l’élève qui a les plus grandes chances de réussite scolaire est celui qui non seulement obtient les meilleurs résultats scolaires, mais aussi présente les comportements valorisés par la société
Que faut-il conclure ? quelques idées essentielles pour mener une évaluationo Ne pas rejeter le quantitatif, mais le remettre à sa place
o Etre conscient que l’évaluation est une forme de communication très dépendante du contexte, une négociation entre un évaluateur et un évalué, sur un objet particulier et dans un environnement donné
o Etre conscient de l’impact de l’évaluation surledevenir de l’élève (vérifier l’acquisition d’une compétence, c’est mesurer la valeur d’un « objet » spécifique, mais c’est surtout mesurer le « sujet » lui-même). Pour l’élève une évaluation joue autant un rôle cognitif (elle lui permet de prendre conscience du décalage entre ce qu’il produit et ce qu’on attend de lui) qu’affectif (elle contribue à la confection d’une image de lui-même à travers laquelle il reçoit et construit sa propre identité)
o Essayer dans ce processus de communication d’être juste et pertinent, d’apprécier (sans oublier les facteurs humains ou sociaux) la maîtrise par l’élève de compétences scolairement identifiables et scolairement produites pour tendre vers une certaineobjectivité
L’évaluation scolaire s’inscrit dans une dynamique de négociationdidactique, explicite ou implicite, entre le professeur et les élèves, c’est une confrontation entre une situation réelle et des exigences et des attentes institutionnelles qui seules, légitiment l’évaluation.
L’évaluation exprime le degré d’adéquation entre la situation et les attentes.
II. POURQUOI ? LES FINALITES DE L’EVALUATION
Contrôler, vérifier la conformité à un modèle de référence, à une norme, répondre à une demande institutionnelle. Mais… on peut s’interroger sur le recours systématique à cet étiquetage, connaissant sa nocivité avérée lorsqu’il marque négativement les élèves ?1. L’Evaluation sommative
Mettre l’évaluation au service des apprentissages, afin d’amener les élèves à une certaine autonomie dans l’acquisition de savoirs et de compétences. Mais… cela fait presque 40 ans que la communauté éducative essaie de mettre en place une évaluation qui permette de guider l’élève pour qu’il puisse situer lui-même ses difficultés, les analyser et mettre en œuvre les procédures susceptibles de lui permettre de progresser (vœu pieu ? utopie ?)2. L’Evaluation formative Une évaluation formative est d’abord informative, elle éclaire à la fois l’enseignant et l’élève, elle a une fonction correctrice, pour le maître comme pour l’élève, elle implique souplesse et volonté d’adaptation et d’ajustement des pratiques de la part de l’enseignant (c’est l’intention de l’évaluateur, sa volonté d’aider l’élève à progresser qui rend l’évaluation formative)
Jean Cardinet a développé l’idée d’une évaluation informative : fournir à l’élève un modèle approprié pour qu’il puisse se corriger, favoriser l’auto-évaluation, faire de l’évaluation une relation d’aide sans jugement de valeur, (postulat séduisant qui répond à des impératifs d’ordre pédagogique ou éthique, et place l’élève en première personne *)
* Louis Not distingue l’enseignement en troisième personne (perspective traditionnelle : l’élève est « il », un objet sur qui porte l’action), l’enseignement en deuxième personne (l’élève est co-acteur de sa formation), et en première personne (l’élève est le « je » qui se construit grâce à la découverte et l’invention)Quelques conseils pratiques :
o Diversifier au maximum ses pratiques pédagogiques, augmenter sa « variabilité didactique », ne pas s’enfermer dans des pratiques stéréotypées
o Prendre le temps de la réflexion pour identifier ce qu’on est en droit d’attendre des élèves
o Intégrer l’évaluation à la formation, aux apprentissages, évaluer de manière fluide et continue au fil des séquences
o Diversifier les modalités, stratégies, supports et critères d’évaluation pour multiplier les angles d’observation
o Relier de façon cohérente l’exercice d’évaluation à l’objet évalué
o Expliciter ce qu’on espère construire et développer par son enseignement
o Fournir les informations (concernant le but poursuivi, les attentes), faire en sorte que l’élève s’approprie les critères de réalisation et de réussite, associer autant que possible l’élève à l’évaluation,
o Avoir un souci constant de transparence, de justice et d’équité, se méfier des emportements, des abus de pouvoir, de l’ « ivresse judiciaire »
o Faire preuve de bienveillance et de réserve, se méfier des messages implicites
III. QUOI ? LES OBJETS D’EVALUATION
Que mesure-t-on finalement ? Le flou qui entoure tout objet d’évaluation a toujours frappé les observateurs, qu’il s’agisse d’une copie, d’une prestation orale. La progression vers l’objectivité est suspendue à la définition aussi précise que possible de l’objet de l’évaluation
Pour définir un objet d’évaluation : 3 grandes règlesL’élève est-il capable de faire ? A-t-il compris ? A-t-il assimilé ? Sait-il faire ? Sait-il être ? = Attentes, objectifs, compétences visées, projet pédagogique1. déterminer les questions auxquels il s’agit d’apporter, par l’évaluation, des réponses
L’évaluation exige la construction d’un référent, précisant des attentes : quel type de savoir, quelle compétence, sachant que la formulation doit en être claire pour que l’élève puisse s’approprier ces attentes ?
Ces attentes se fondent sur des exigences institutionnelles (programmes, etc …)2. choisir les exercices, les activités, les tâches appropriéestâche orale, écrite, individuelle, collective ? Support privilégié, temps consacré ? = objectifs opérationnels, activités observables
3. définir les critères de réalisation et de réussiteIl ne peut y avoir d’évaluation sans critère : qu’attend-on raisonnablement des élèves ? Quel est le seuil à partir duquel la compétence est acquise ?
Etre conscient de la relativité des critères : il n’y a pas de référentiel passe-partout : ne pas exiger d’un élève ce qu’il est manifestement hors d’état de produire à un moment donné, ce serait le condamner à un échec et l’inscrire dans une spirale de dévalorisation
L’évaluation implique un impératif de légitimité (plus que d’objectivité ou de vérité) : dire ce que vaut un élève, par rapport à ce qu’il est légitime d’attendre de lui.
IV. LES SPECIFICITES DE L’EDUCATION MUSICALE
Objectifs psychomoteurs : l’élève devient capable de |
Exercices, activités, qui vont permettre de mesurer les acquis ?critères de réussite |
maîtriser sa voix |
Exercices de respiration mesurée, de sons tenus |
maîtriser ses gestes |
Exercices de latéralisation, alternance, succession (sur le corps, les instruments) => aisance, maîtrise |
synchroniser des actions |
Interprétation dans un tempo donné, |
affiner ses capacités auditives |
Reconnaissance de timbres, éléments de langage, procédés d’organisation musicale, notions |
Objectifs cognitifs: l’élève devient capable de |
|
traiter des informations |
Lecture, compréhension et analyse d’un texte (trouver le plan, repérer des procédés littéraires ou poétiques, dégager les idées, l’explicite et l’implicite) |
maîtriser la langue française |
|
Objectifs socio-affectifs : l’élève devient capable de.. |
|
construire sa citoyenneté |
Prestations individuelles ou en petit groupe ?confiance en soi, maîtrise des émotions |