Le candidat a le choix entre les deux textes suivants.
L'étude ordonnée du texte choisi doit lui permettre, en
déterminant ce dont il est question dans le texte, d'en dégager
les éléments pour une leçon ou une suite organisée
de leçons.
Texte n°1
"[...] En général, nous n'utilisons pas le langage en
suivant des règles strictes -- il ne nous a pas été
enseigné au moyen de règles strictes. Nous, pourtant, dans
nos discussions, comparons constamment le langage avec un calcul qui procède
selon des règles exactes. Il s'agit d'une manière très
unilatérale de considérer le langage. En pratique nous utilisons
très rarement le langage comme un calcul de ce genre. En effet,
non seulement nous ne pensons pas aux règles d'usage -- aux définitions,
etc. - lorsque nous utilisons le langage, mais lorsqu'on nous demande d'exposer
de telles règles, dans la plupart des cas nous sommes incapables
de le faire. Nous sommes incapables de circonscrire clairement les concepts
que nous utilisons ; non parce que nous ne connaissons pas leur vraie définition,
mais parce qu'ils n'ont pas de vraie "définition". Supposer qu'il
y en a nécessairement serait comme supposer que, à chaque
fois que des enfants jouent avec un ballon, ils jouent en respectant des
règles strictes. On trouve dans les sciences et en mathématiques
ce que nous avons à l'esprit quand nous parlons du langage comme
d'un symbolisme utilisé dans un calcul exact. Notre utilisation
ordinaire du langage ne respecte cette norme d'exactitude que dans de rares
cas. Mais alors, pourquoi comparons-nous constamment, quand nous philosophons,
notre utilisation des mots avec une utilisation qui suit des règles
exactes ? La réponse est que les énigmes que nous essayons
d'éliminer surgissent toujours de cette attitude-là par rapport
au langage.
A titre d'exemple, considérez la question: "Qu'est-ce que le
temps ?" comme saint Augustin et d'autres l'ont posée. A première
vue, ce que cette question nous demande, c'est une définition, mais
alors la question suivante se pose immédiatement: "Qu'avons-nous
à gagner par une définition, puisqu'elle ne peut nous conduire
qu'à d'autres termes indéfinis ?" Et pourquoi faut-il que
seule l'absence d'une définition du temps nous rende perplexes,
et non l'absence d'une définition de "chaise" ? Pourquoi ne serions-nous
pas perplexes à chaque fois que nous n'avons pas de définition
? Cela dit, une définition clarifie souvent la grammaire d'un mot.
Et de fait, c'est la grammaire du mot "temps" qui nous rend perplexes.
Nous n'exprimons rien d'autre que cette perplexité quand nous posons
une question légèrement trompeuse, à savoir: "Qu'est-ce
que... ?" Cette question témoigne d'une obscurité, d'un inconfort
mental ; et elle est comparable à la question "Pourquoi ?" telle
que les enfants la posent si souvent. Cela aussi est l'expression d'un
inconfort mental, et cela n'appelle pas nécessairement en réponse
une cause, ni une raison."
Wittgenstein, Le Cahier bleu, [25-26], trad. M. Goldberg et J. Sackur,
Gallimard, p. 67-69.
Texte n°2
"Il n'y a rien que le désir, et le regret ou le repentir, qui
nous puissent empêcher d'être contents: mais si nous faisons
toujours ce que nous dicte notre raison, nous n'aurons jamais aucun sujet
de nous repentir, encore que les événements nous fissent
voir, par après, que nous nous sommes trompés, parce que
ce n'est point par notre faute. Et ce qui fait que nous ne désirons
point d'avoir, par exemple, plus de bras ou plus de langues que nous n'en
avons, mais que nous désirons bien d'avoir plus de santé
ou plus de richesses, c'est seulement que nous imaginons que ces choses
ici pourraient être acquises par notre conduite, ou bien qu'elles
sont dues à notre nature, et que ce n'est pas le même des
autres: de laquelle opinion nous pourrons nous dépouiller, en considérant
que, puisque nous avons toujours suivi le conseil de notre raison, nous
n'avons rien omis de ce qui était en notre pouvoir, et que les maladies
et les infortunes ne sont pas moins naturelles à l'homme, que les
prospérités et la santé.
Au reste, toute sorte de désirs ne sont pas incompatibles avec
la béatitude ; il n'y a que ceux qui sont accompagnés d'impatience
et de tristesse. Il n'est pas nécessaire aussi que notre raison
ne se trompe point ; il suffit que notre conscience nous témoigne
que nous n'avons jamais manqué de résolution et de vertu,
pour exécuter toutes les choses que nous avons jugé être
les meilleures, et ainsi la vertu seule est suffisante pour nous rendre
contents en cette vie. Mais néanmoins parce que, lorsqu'elle n'est
pas éclairée par l'entendement, elle peut être fausse,
c'est-à-dire que la volonté et résolution de bien
faire nous peut porter à des choses mauvaises, quand nous les croyons
bonnes, le contentement qui en revient n'est pas solide ; et parce qu'on
oppose ordinairement cette vertu aux plaisirs, aux appétits et aux
passions, elle est très difficile à mettre en pratique, au
lieu que le droit usage de la raison, donnant une vraie connaissance du
bien, empêche que la vertu ne soit fausse, et même l'accordant
avec les plaisirs licites, il en rend l'usage si aisé, et nous faisant
connaître la condition de notre nature, il borne tellement nos désirs,
qu'il faut avouer que la plus grande félicité de l'homme
dépend de ce droit usage de la raison, et par conséquent
que l'étude qui sert à l'acquérir, est la plus utile
occupation qu'on puisse avoir, comme elle est aussi sans doute la plus
agréable et la plus douce."
Descartes, Lettre à Elisabeth du 4 août 1645, [A.T. IV,
266-267 = édit. F. Alquié, tome III, p. 589-590].
2. Deuxième composition de philosophie (se rapportant au
programme de terminale) (7 heures)
L'autorité de la science.