Communiqué de l'Association des professeurs de philosophie de l'Académie de Poitiers sur le nouveau projet Fichant de programme de philosophie
Les membres du bureau de l'APPAP se sont réunis le mercredi 18 décembre pour examiner le nouveau projet de réforme de programme de philosophie des séries générales du secondaire, proposé par le Groupe d'Experts présidé par Michel Fichant.
De façon claire et unanime, les membres du bureau se sont déclarés en faveur de ce nouveau programme, qui réussit réellement à concilier la nécessaire liberté philosophique du professeur dans sa manière d'élaborer un cours et la demande de détermination des savoirs à faire acquérir aux élèves. C'est en effet avec soin que nous avons examiné que cette proposition de conciliation ne donnent pas lieu à une solution illusoire et purement sophistique.
C'est pour deux raisons principales que ce projet a provoqué un réel soulagement et rencontré notre assentiment :
D'abord parce que le texte de présentation annonce clairement la finalité critique de l'enseignement de la philosophie sans que cette dernière se voit immédiatement relativisée ou contredite, comme c'est le cas en ce qui concerne le programme actuel, par un dogme civiliste, par une détermination extérieure du contenu du savoir ( « questions d'approfondissement » et couplages déterminants de notions ), par une confusion entre le rôle de l'argumentation et celui de la problématisation. Ensuite, parce que la détermination introduite par la sous-colonne ne contredit pas la liberté philosophique de l'enseignant, les distinctions problématiques ou opératoires qu'elles proposent restant immanentes à la réflexion philosophique ; transversales par rapport à la deuxième colonne, elles sont autant de fils conducteurs possibles pour l'analyse des notions.
Elles ne déterminent donc pas une manière de faire cours, alors même que leur enseignement est nécessairement impliqué dans l'étude des notions. Si ce nouveau projet de programme est vivement approuvé dans son principe général et sa structure interne, d'importantes réserves n'ont cependant pas manqué d'être soulignées lors de notre réunion :
La plus unanime concerne le nombre des notions qui est jugé trop important en S et en ES. Il est bien vrai que l'on ne juge pas la lourdeur d'un programme uniquement en fonction de son nombre de notions - d'abord parce que ces notions ne sont pas nécessairement des têtes de chapitres et que le cours proposé à l'occasion d'un chapitre doit s'adapter aux spécificités des différentes séries, à savoir aux nombres d'heures qui leur sont dévolus. Cependant, suffit-il de faire une utilisation pertinente et astucieuse des multiples possibilités offertes par le programme, pour rendre caduque la question de sa « faisabilité » ? Proposer un programme allégé en notions reviendrait à nous restituer un peu de temps qui est la condition de possibilité de toute réflexion philosophique.
La deuxième réserve porte sur le choix des cinq champs de problèmes proposés dans la première colonne. Il ne nous semble pas qu'ils aient tous le même statut ( « la société » ou « la morale » n'ouvrent pas sur de véritables champs de problème comme « la connaissance et la raison »), ce qui peut fragiliser la cohérence du programme.
En ce qui concerne enfin les distinctions conceptuelles et opératoires, nous comprenons la nécessité d'en rendre l'acquisition obligatoire afin de répondre à l'exigence de détermination. Certains ont fait cependant remarquer qu'il faudrait plus clairement prévenir une interprétation techniciste de l'usage de ces distinctions ou empêcher en tout cas qu'elle puisse se légitimer sur l'imprécision du texte ; il est vrai que le texte souligne déjà que ces distinctions ne devront pas faire l'objet d'un cours, pas plus qu'elles ne pourront constituer le seul objet du sujet de dissertation. Mais peut-être est-il souhaitable de spécifier que si leur acquisition est obligatoire, leur utilisation ne pourra être a priori attendue par le correcteur comme un passage obligé mais seulement possible ?
Au-delà de ces réserves, le bureau de l'APPAP considère qu'en son principe général, le projet de programme présenté par le GEPS de philosophie constitue une solution satisfaisante à la crise ouverte et significativement entretenue depuis maintenant quatre ans. Il n'en espère pas moins qu'il sera tenu compte des différentes remarques critiques exprimées lors des deux réunions en province (à Lyon et à Bordeaux), ainsi que de celles qui seront exprimées ultérieurement lors de la consultation des enseignants, même s'il tient des à présent à assurer Michel Fichant et le GEPS de son soutien. Enfin, au nom des collègues qu'il représente, il assure les différents responsables institutionnels et ministériels de sa détermination à voir ce projet aboutir et entrer en application dés la rentrée prochaine.
Le bureau de l'APPAP