Série L (2000)
1/ La mémoire suffit-elle à l'historien?
2/ L'exigence de justice et l'exigence de liberté sont-elles
séparables?
3/ texte de Bergson
" Quand l'enfant s'amuse à reconstituer une image en assemblant
les pièces d'un jeu de patience, il y réussit de plus en
plus vite à mesure qu'il s'exerce davantage. La reconstitution était
d'ailleurs instantanée, l'enfant la trouvait toute faite, quand
il ouvrait la boîte au sortir du magasin. L'opération n'exige
donc pas un temps déterminé, et même, théoriquement,
elle n'exige aucun temps. C'est que le résultat est donné.
C'est que l'image est créée déjà et que, pour
l'obtenir, il suffit d'un travail de recomposition et de réarrangement,
- travail qu'on peut supposer allant de plus en plus vite , et même
infiniment vite au point d'être instantané. Mais, pour l'artiste
qui crée un image en la tirant du fond de son âme, le temps
n'est plus un accessoire. Ce n'est pas un intervalle qu'on puisse allonger
ou raccourcir sans en modifier le contenu.
La durée de son travail fait partie intégrante de son
travail. La contracter ou la dilater serait modifier à la fois l'évolution
psychologique qui la remplit et l'invention qui en est le terme. Le temps
d'invention ne fait qu'un ici avec l'invention même. C'est le progrès
d'une pensée qui change au fur et à mesure qu'elle prend
corps. Enfin c'est un processus vital, quelque chose comme la maturation
d'une idée.
Le peintre est devant sa toile, les couleurs sont sur la palette, le
modèle pose; nous voyons tout cela, et nous connaissons aussi la
manière du peintre: prévoyons-nous ce qui apparaîtra
sur la toile? Nous possédons les éléments du problème
; nous savons, d'une connaissance abstraite, comment il sera résolu,
car le portrait ressemblera sûrement au modèle et sûrement
aussi à l'artiste; mais la solution concrète apporte avec
elle cet imprévisible rien qui est le tout de l'oeuvre d'art. Et
c'est ce rien qui prend du temps."
L'évolution créatrice, pp.339-340 (Edition du Centenaire:
pp.782-783)
Bac ES (2000)
1) L'art modifie-t-il notre rapport à la réalité
?
2) Les sciences humaines pensent-elles l'homme comme un être prévisible
?
3) Texte [Rousseau, _Emile_]
Le penchant de l'instinct est indéterminé. Un sexe est
attiré vers l'autre, voilà le mouvement de la nature. Le
choix, les préférences, l'attachement personnel, sont l'ouvrage
des lumières*, des préjugés, de l'habitude ; il faut
du temps et des connaissances pour nous rendre capables d'amour, on n'aime
qu'après avoir jugé, on ne préfère qu'après
avoir comparé. Ces jugements se font sans qu'on s'en aperçoive,
mais ils n'en sont pas moins réels. Le véritable amour, quoi
qu'on en dise, sera toujours honoré des hommes ; car, bien que ses
emportements nous égarent, bien qu'il n'exclue pas du coeur qui
le sent des qualités odieuses et même qu'il en produise, il
en suppose pourtant toujours d'estimables sans lesquelles on serait hors
d'état de le sentir. Ce choix qu'on met en opposition avec la raison
nous vient d'elle ; on a fait l'amour aveugle parce qu'il a de meilleurs
yeux que nous, et qu'il voit des rapports que nous ne pouvons apercevoir.
Pour qui n'aurait nulle idée de mérite ni de beauté,
toute femme serait également bonne, et la première venue
serait toujours la plus aimable. Loin que l'amour vienne de la nature,
il est la règle et le frein de ses penchants.
J.J. Rousseau
Note
* l'ouvrage des lumières : l'ouvrage de la raison.
Emile, Livre IV, (Classiques Garnier pp.249-250)
Série S (2000)
1/ Les passions nous empêchent-elles de faire notre devoir?
2/ A quoi servent les sciences?
3/ Texte de Bergson
"Si [...] les fourmis, par exemple, ont un langage, les signes qui composent
ce langage doivent être en nombre bien déterminé, et
chacun d'eux rester invariablement attaché, une fois l'espèce
constituée, à un certain objet ou à une certaine opération.
Le signe est adhérent à la chose signifiée. Au contraire,
dans une société humaine, la fabrication et l'action sont
de forme variable, et, de plus, chaque individu doit apprendre son rôle,
n'y étant pas prédestiné par sa structure. Il faut
donc un langage qui permette, à tout instant, de passer de ce qu'on
sait à ce qu'on ignore. Il faut un langage dont les signes - qui
ne peuvent pas être en nombre infini - soient extensibles à
une infinité de choses. Cette tendance du signe humain à
se transposer d'un objet à un autre est caractéristique du
langage humain. On l'observe chez le petit enfant, du jour où il
commence à parler. Tout de suite, et naturellement, il étend
le sens des mots qu'il apprend, profitant du rapprochement le plus accidentel
ou de la plus lointaine analogie pour détacher et transporter ailleurs
le signe qu'on avait attaché devant lui à un objet. "N'importe
quoi peut désigner n'importe quoi", tel est le principe latent du
langage enfantin.
On a eu tort de confondre cette tendance avec la faculté
de généraliser. Les animaux eux-mêmes généralisent,
et d'ailleurs un signe, fût-il instinctif, représente toujours,
plus ou moins, un genre; Ce qui caractérise les signes du langage
humain, ce n'est pas tant leur généralité que leur
mobilité. Le signe instinctif est un signe adhérent, le signe
intelligent est un signe mobile."
'évolution créatrice, pp.158-159 (Edition du Centenaire:
p.629)
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