Des erreurs à éviter
Réponse à Pierre Hayat


Dans une société démocratique, des instances compétentes jugent de la pertinence des programmes élaborés. L'avis des professeurs représente l'ingrédient nécessaire au bon fonctionnement du droit.

De ce fait, il serait absurde de parler des « coups de force » de la part du Ministère de l'éducation nationale. En outre, l'adoption d'un programme et son application exigent un délai de rigueur de 14 mois : le non-respect de cette procédure conduit effectivement à l'annulation d'un programme. Tout au plus, peut-on concevoir un vice de forme et non une « sanction » comme le laisse entendre Pierre Hayat.

 Les finalités de l'enseignement philosophique

 Notre discipline, la philosophie, ne connaît aucune évolution sérieuse depuis 1973. Or, cette inertie menace son avenir pour plusieurs raisons :

d'une part, elle prive les élèves d'une formation scolaire. D'autre part, elle laisse les élèves démunis au baccalauréat ; la faiblesse des copies en témoigne.

Est-ce à dire que les professeurs de philosophie connaissent une « crise de confiance » ? Les enseignants de philosophie sont sans doute inquiets de leur avenir et sont las des débats interminables.

Mais il serait suicidaire de croire que l'isolement de la philosophie par rapport aux sciences humaines constitue les conditions de son épanouissement. En effet, une discipline qui n'évolue pas est vouée, tôt ou tard, à disparaître, au mépris de tous.

 Le projet de programme de philosophie- présidé par Michel Fichant-  ne permet pas une appropriation intelligente de son contenu. L'idée de « champs » ne favorise pas l'acquisition de compétence ; son étendue aboutit en toute logique à une indétermination des objectifs. Or, il est de la responsabilité d'une profession d'évaluer les conditions de possibilité et de réussite à un examen national.

En somme, il convient de repenser les finalités de l'enseignement philosophique : poser la question de l'articulation entre les savoirs spécialisés et la culture générale est essentiel et vital. Il  est désastreux de priver l'élève de toute référence à une « culture commune », en dehors de tout contexte historique.

 Faut-il, pour autant, parler d'un « contrôle tatillon de l'enseignement de la philosophie en classe Terminale »  comme le suppose Pierre Hayat ?

Faut-il tirer vanité de cette « liberté philosophique » dont le prix à payer est si coûteux ?

Il semble essentiel de définir les conditions d'un authentique programme de philosophie. Notre crédibilité en dépend.
 
 

Laurence Harang
Professeur de philosophie
Toulon
Membre de l'ACIREPH