Appel à
communication du Comité de recherche
«Sociologie
des rapports sociaux de sexe» (CR4)
Le CR4 de l’AISLF représente une structure de coordination et
d’animation des recherches francophones sur le genre et les rapports sociaux
de sexe. Depuis le dernier Congrès de l’AISLF, qui s’est tenu en
juillet 2000 au Québec, le CR4 a organisé plusieurs colloques
et séminaires de recherche. D’une part, nous avons animé
deux ateliers de travail pendant le colloque international de l’AISLF «Action,
pouvoir et sociologie: Quelles réalités? Quels regards?»,
à Toulouse, en février 2000. Plusieurs communications de
ces ateliers ont été publiées dans un numéro
spécial de UTINAM: revue de sociologie et d’anthropologie, intitulé
«Le genre: de la catégorisation des sexes», en 2002.
D’autre part, le 3ème colloque international des recherches féministes
francophones «Ruptures, Résistances & Utopies» a
bénéficié de l’appui de du CR4 de l’AISLF.. Ce colloque
a réuni plus de 800 participant(e)s à l’Université
de Toulouse-Le Mirail en septembre 2002 et a largement démontré
la vitalité de ce champ de recherche dans le mode francophone. Il
a ouvert de nouvelles pistes de réflexion sur les pratiques et représentations
sociales des individus sexués. L’édition des Actes du colloque
est en cours. Dans le cadre du XVIIème Congrès de l’AISLF
à Tours, les responsables du CR4 lancent un appel à communications
centrées sur la thématique transversale du Congrès:
L’individu social.
Cette thématique nous paraît d’autant plus intéressante
qu’elle permet de re-visiter les principales orientations théoriques
du champ de la sociologie des rapports sociaux de sexe depuis une trentaine
d’années. Il est à noter que la sociologie des rapports
sociaux de sexe constitue un champ relativement jeune de notre discipline,
qui a forgé ses principaux outils théoriques et méthodologiques
à travers une lecture critique du «biais androcentrique»
(Mathieu, 1971) des fondements conceptuels de la sociologie, tels qu’ils
figurent dans les écrits de la plupart des «pères fondateurs»
au début du XXème siècle. Ainsi, elle puise ses origines
dans le souci de faire apparaître le sexe comme un marqueur social
déterminant des devenirs individuels et collectifs et dans le désir
de donner aux femmes le même statut de «sujet social»
que celui habituellement accordé aux hommes.
De ce point de vue, notre champ a déjà largement contribué
à une nouvelle manière de «penser la sociologie»,
notamment par une réflexion approfondie sur les frontières
disciplinaires et par l’examen des possibilités d’articulation des
grilles de lecture proprement sociologiques avec l’apport d’autres champs
disciplinaires (ethnologie et démographie, bien sûr, mais
également sciences de l’éducation, histoire, psychologie,
littérature, etc.). Au fur et à mesure que les outils théoriques
de la sociologie évoluent, la question des croisements disciplinaires
se renouvelle forcément et peut faire l’objet de nouvelles tentatives
d’opérationnalisation.
Si la sociologie des rapports sociaux de sexe a révélé
le poids déterminant du sexe comme construit et déterminant
social, elle demeure relativement marquée à ce jour par les
grands paradigmes sociologiques qui dominaient la discipline au moment
de son émergence, dans la foulée des mouvements sociaux contestataires
de la deuxième moitié du XXème siècle (matérialisme
historique, structuralisme génétique, etc.). Jusqu’au début
des années 2000, elle a effectivement accordé une attention
plus poussée à «l’existence d’institutions porteuses
de normes, de valeurs, de règles qui s’imposeraient aux individus»
(cf. l’argumentaire général du Congrès) qu’aux possibilités
de résistance des acteurs (actrices) sexué(e)s aux assignations
sociales. Dans la mesure où les mouvements sociaux dits «de
libération des femmes» constituent le point de départ
des analyses sociologiques des rapports sociaux de sexe, on peut y voir
l’un des paradoxes majeurs de ce champ, paradoxe qui reste encore à
analyser d’un point de vue théorique et épistémologique.
Or, le contexte social actuel montre toute la complexité des processus
de «sexuation» en cours dans les sociétés contemporaines.
Les recherches menées sur des objets empiriques aussi diversifiés
que le travail, la famille, la santé, les temps sociaux, la sexualité,
les groupes professionnels, l’action publique, les loisirs, le militantisme,
la globalisation, la religion, etc., révèlent à la
fois la persistance des inégalités de sexe et les processus
de reconfiguration des déterminismes sociaux sexués.
Sous le capitalisme avancé, les expériences sociales des
femmes (et des hommes) se diversifient indéniablement, faisant apparaître
les limites des approches théoriques fondées sur l’opposition
/ articulation de deux catégories de sexe dont les contours pouvaient
paraître jusqu’alors relativement stables et immuables. L’émergence
d’une pensée théorique de l’articulation sexe genre sexualité
illustre à la fois «l’hétéronormativité»
de la majorité des recherches antérieures sur les rapports
sociaux de sexe et oblige à prendre en compte la pluralité
des appartenances sociales des individus sexués et la plasticité
des formes identitaires.
C’est dans ce contexte que les tentatives de «penser l’individu»
représentent une occasion de renouvellement des perspectives théoriques
de l’analyse sociologique des rapports sociaux de sexe. Effectivement,
comment penser les femmes (et les hommes) comme des êtres sociaux
confrontées aux incertitudes des devenirs sociaux sans tomber dans
la «psychologisation» des identités sexuées?
Les catégories du «féminin» et du «masculin»
suffisent-elles à épuiser les expériences des individus
désormais impliqué(e)s de manière active dans la construction
de leurs propres trajectoires? La «féminité»
tout comme la «masculinité» ne deviennent-elles finalement
que des catégories sociales fluides et provisoires (cf. Martucelli,
2002)? Sommes-nous dans une situation de déplacement des frontières
de sexe et de re-définition des critères de différenciation
des groupes sexués ou bien dans un contexte social où les
individus disposent de nouvelles marges de résistance vis-à-vis
de l’assignation aux normes sexuées?
Avec l’affinement de l’analyse sociologique de la «domination
masculine» (Bourdieu, 1998) et l’effritement des fondements matériels
et idéels de la «valence différentielle des sexes»
(Héritier, 1996, 2002), quelle est l’efficacité des anciens
cadres d’analyse dans un contexte de mutation rapide des «liens sociaux»
entre groupes sexués? Nos outils conceptuels peuvent-il penser autre
chose que la reproduction à l’identique et à l’infini de
la subordination sociale des femmes et du féminin? Les notions telles
que «l’individu pluriel», «l’égo», le «soi»
sont-elles pertinentes pour saisir la réalité des expériences
des actrices (acteurs) sexués aujourd’hui?
Voilà quelques-uns des questionnements théoriques que
nous souhaitons aborder lors du XVIIème Congrès de l’AISLF
à Tours.
Comme à chaque Congrès de l’AISLF, les responsables du
CR4 proposent d’organiser des séances communes avec d’autres CR
ou GT. Ces séances communes seront définies en fonction des
propositions de communication reçues, mais nous annonçons
d’ores et déjà un projet de partenariat avec le CR10 (temps
sociaux) et le CR13 (santé). Dans toutes les séances, nous
souhaitons laisser une place importante aux travaux des doctorant(e)s et
jeunes chercheur(e)s, dans le souci d’instaurer un dialogue constructif
autour des apports théoriques, méthodologiques et empiriques
les plus récents à ce champ de recherche en ébullition.
Vous trouverez une présentation détaillée du programme du Congrès de l’AISLF et des formulaires de proposition de communication sur le site web: www.univ-tlse2.fr/aislf
Pour nous envoyer une proposition de communication, veuillez respecter la démarche indiquée sur le site.
Pour le CR4
Nicky Le Feuvre et Annie Rieu
Nicky Le Feuvre
Maîtresse de conférences [HDR] en sociologie
Directrice de l'équipe Simone-Sagesse (EA 3053)
Maison de la Recherche, 2ème étage, aile "B"
Université de Toulouse-Le Mirail
F - 31058 Toulouse Cedex 9
Tél. : (+33) 05 61 50 43 94 (Secrétariat)
Tél. : (+33) 05 61 50 37 07 (ligne directe)
Fax. : (+33) 05 61 50 37 08
E-mail : lefeuvre@univ-tlse2.fr