XVIIème Congrès de l’Association Internationale des sociologues de langue française (AISLF),
 Tours (France), 5-10 juillet 2004

 Appel à communication du Comité de recherche
 «Sociologie des rapports sociaux de sexe» (CR4)


Le CR4 de l’AISLF représente une structure de coordination et d’animation des recherches francophones sur le genre et les rapports sociaux de sexe. Depuis le dernier Congrès de l’AISLF, qui s’est tenu en juillet 2000 au Québec, le CR4 a organisé plusieurs colloques et séminaires de recherche. D’une part, nous avons animé deux ateliers de travail pendant le colloque international de l’AISLF «Action, pouvoir et sociologie: Quelles réalités? Quels regards?», à Toulouse, en février 2000. Plusieurs communications de ces ateliers ont été publiées dans un numéro spécial de UTINAM: revue de sociologie et d’anthropologie, intitulé «Le genre: de la catégorisation des sexes», en 2002. D’autre part, le 3ème colloque international des recherches féministes francophones «Ruptures, Résistances & Utopies» a bénéficié de l’appui de du CR4 de l’AISLF.. Ce colloque a réuni plus de 800 participant(e)s à l’Université de Toulouse-Le Mirail en septembre 2002 et a largement démontré la vitalité de ce champ de recherche dans le mode francophone. Il a ouvert de nouvelles pistes de réflexion sur les pratiques et représentations sociales des individus sexués. L’édition des Actes du colloque est en cours. Dans le cadre du XVIIème Congrès de l’AISLF à Tours, les responsables du CR4 lancent un appel à communications centrées sur la thématique transversale du Congrès: L’individu social.
Cette thématique nous paraît d’autant plus intéressante qu’elle permet de re-visiter les principales orientations théoriques du champ de la sociologie des rapports sociaux de sexe depuis une trentaine d’années.  Il est à noter que la sociologie des rapports sociaux de sexe constitue un champ relativement jeune de notre discipline, qui a forgé ses principaux outils théoriques et méthodologiques à travers une lecture critique du «biais androcentrique» (Mathieu, 1971) des fondements conceptuels de la sociologie, tels qu’ils figurent dans les écrits de la plupart des «pères fondateurs» au début du XXème siècle. Ainsi, elle puise ses origines dans le souci de faire apparaître le sexe comme un marqueur social déterminant des devenirs individuels et collectifs et dans le désir de donner aux femmes le même statut de «sujet social» que celui habituellement accordé aux hommes.
De ce point de vue, notre champ a déjà largement contribué à une nouvelle manière de «penser la sociologie», notamment par une réflexion approfondie sur les frontières disciplinaires et par l’examen des possibilités d’articulation des grilles de lecture proprement sociologiques avec l’apport d’autres champs disciplinaires (ethnologie et démographie, bien sûr, mais également sciences de l’éducation, histoire, psychologie, littérature, etc.). Au fur et à mesure que les outils théoriques de la sociologie évoluent, la question des croisements disciplinaires se renouvelle forcément et peut faire l’objet de nouvelles tentatives d’opérationnalisation.
Si la sociologie des rapports sociaux de sexe a révélé le poids déterminant du sexe comme construit et déterminant social, elle demeure relativement marquée à ce jour par les grands paradigmes sociologiques qui dominaient la discipline au moment de son émergence, dans la foulée des mouvements sociaux contestataires de la deuxième moitié du XXème siècle (matérialisme historique, structuralisme génétique, etc.). Jusqu’au début des années 2000, elle a effectivement accordé une attention plus poussée à «l’existence d’institutions porteuses de normes, de valeurs, de règles qui s’imposeraient aux individus» (cf. l’argumentaire général du Congrès) qu’aux possibilités de résistance des acteurs (actrices) sexué(e)s aux assignations sociales. Dans la mesure où les mouvements sociaux dits «de libération des femmes» constituent le point de départ des analyses sociologiques des rapports sociaux de sexe, on peut y voir l’un des paradoxes majeurs de ce champ, paradoxe qui reste encore à analyser d’un point de vue théorique et épistémologique.  Or, le contexte social actuel montre toute la complexité des processus de «sexuation» en cours dans les sociétés contemporaines. Les recherches menées sur des objets empiriques aussi diversifiés que le travail, la famille, la santé, les temps sociaux, la sexualité, les groupes professionnels, l’action publique, les loisirs, le militantisme, la globalisation, la religion, etc., révèlent à la fois la persistance des inégalités de sexe et les processus de reconfiguration des déterminismes sociaux sexués.  Sous le capitalisme avancé, les expériences sociales des femmes (et des hommes) se diversifient indéniablement, faisant apparaître les limites des approches théoriques fondées sur l’opposition / articulation de deux catégories de sexe dont les contours pouvaient paraître jusqu’alors relativement stables et immuables. L’émergence d’une pensée théorique de l’articulation sexe genre sexualité illustre à la fois «l’hétéronormativité» de la majorité des recherches antérieures sur les rapports sociaux de sexe et oblige à prendre en compte la pluralité des appartenances sociales des individus sexués et la plasticité des formes identitaires.
C’est dans ce contexte que les tentatives de «penser l’individu» représentent une occasion de renouvellement des perspectives théoriques de l’analyse sociologique des rapports sociaux de sexe. Effectivement, comment penser les femmes (et les hommes) comme des êtres sociaux confrontées aux incertitudes des devenirs sociaux sans tomber dans la «psychologisation» des identités sexuées? Les catégories du «féminin» et du «masculin» suffisent-elles à épuiser les expériences des individus désormais impliqué(e)s de manière active dans la construction de leurs propres trajectoires? La «féminité» tout comme la «masculinité» ne deviennent-elles finalement que des catégories sociales fluides et provisoires (cf. Martucelli, 2002)? Sommes-nous dans une situation de déplacement des frontières de sexe et de re-définition des critères de différenciation des groupes sexués ou bien dans un contexte social où les individus disposent de nouvelles marges de résistance vis-à-vis de l’assignation aux normes sexuées?
Avec l’affinement de l’analyse sociologique de la «domination masculine» (Bourdieu, 1998) et l’effritement des fondements matériels et idéels de la «valence différentielle des sexes» (Héritier, 1996, 2002), quelle est l’efficacité des anciens cadres d’analyse dans un contexte de mutation rapide des «liens sociaux» entre groupes sexués? Nos outils conceptuels peuvent-il penser autre chose que la reproduction à l’identique et à l’infini de la subordination sociale des femmes et du féminin? Les notions telles que «l’individu pluriel», «l’égo», le «soi» sont-elles pertinentes pour saisir la réalité des expériences des actrices (acteurs) sexués aujourd’hui?
Voilà quelques-uns des questionnements théoriques que nous souhaitons aborder lors du XVIIème Congrès de l’AISLF à Tours.
Comme à chaque Congrès de l’AISLF, les responsables du CR4 proposent d’organiser des séances communes avec d’autres CR ou GT. Ces séances communes seront définies en fonction des propositions de communication reçues, mais nous annonçons d’ores et déjà un projet de partenariat avec le CR10 (temps sociaux) et le CR13 (santé). Dans toutes les séances, nous souhaitons laisser une place importante aux travaux des doctorant(e)s et jeunes chercheur(e)s, dans le souci d’instaurer un dialogue constructif autour des apports théoriques, méthodologiques et empiriques les plus récents à ce champ de recherche en ébullition.

Vous trouverez une présentation détaillée du programme du Congrès de l’AISLF et des formulaires de proposition de communication sur le site web: www.univ-tlse2.fr/aislf

Pour nous envoyer une proposition de communication, veuillez respecter la démarche indiquée sur le site.

 Pour le CR4
 Nicky Le Feuvre et Annie Rieu

Nicky Le Feuvre
Maîtresse de conférences [HDR] en sociologie
Directrice de l'équipe Simone-Sagesse (EA 3053)
Maison de la Recherche, 2ème étage, aile "B"
Université de Toulouse-Le Mirail
F - 31058 Toulouse Cedex 9

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