Anthropologie de la Valeur(II): Approches de la technique
et de l’échange
Lieu: site de la Montagne Sainte Geneviève , 75005 Paris
- Amphi A ou B
(programme et détails
au format rtf)
Dates: Les 6 nov. (18h-20h ), 20 nov. (18h30-20h30), 27 nov. (18h30-20h30),
4 déc. (18h-20h), 22déc. (18h-20h), 22 janv.(18h-20h), 29janv
(18h-20h).
Programme , Thématique Générale, Thématique
Des Séances
Le 6 Nov 03, 18h-20h: Armand Hatchuel (C.G.S., Ecole des Mines
de Paris)
Valeur et action collective dans les mondes de conception
Le 20 nov.03, 18h30-20h30: Pierre Guillet de Monthoux (Université de Stokholm)
Valeurs esthétiques et jugement organisationnel
Le 27 nov.03, 18h30-20h30: Jean-François Bordron (Université Paris III Censier )
Valeur et Dualité
Le 4 déc. 03, 18h-20h: Hélène Vérin (CNRS-Centre A. Koyré)
Calculer la valeur à l’époque moderne .
Le 22 janv. 03, 18h-20h: Anne Françoise Garçon (Université de Rennes II)
Du travail comme non-valeur philosophique?
Les années 1740-1780 entre éthique corporative et pensée
sociale.
Le 29 janv.03, 18h-20h: Romain Laufer (Groupe H.E.C.)
Anthropologie de la différence public privé(suite) : la question de la crise des valeurs , analyse comparative des cas de la France et des Etats-Unis
Thématique Générale:
Après plusieurs années passées à confronter
la philosophie au monde de l’entreprise et du management, qui ont aboutit
d’une part à une interrogation sur «le libéralisme,
l’innovation et la question des limites» et d’autre part à
la considération «du mode de production des énoncés
techniques» il est apparu que l’ensemble de ce parcours devait être
repris du double point de vue de la valeur et de l’anthropologie. De la
question de la valeur parce qu’elle se présente comme l’enjeu central
du développement des techniques, de l’échange et de l’organisation,
enjeu dont la définition exige que soient mobilisées de façon
convenable les catégories de la représentation, de l’action
et de la justification. De la question de l’anthropologie parce que tout
se passe comme si , après deux siècles, de développement
économique et social sur le plan pratique et deux siècles
d’autonomisation et de spécialisation des sciences sociales sur
le plan théorique, nous devions nous confronter à nouveau
au programme défini par Kant dans «L’anthropologie du point
de vue pragmatique» et à la question de savoir «ce que
l’homme, comme être agissant par liberté, fait ou peut et
doit faire de lui-même», question dont l’actualité est
marquée par le fait qu’il s’agit de considérer l’homme d’une
part en tant qu’il cherche à avoir l’usage du monde et d’autre part
en tant qu’il peut être considéré comme citoyen du
monde.
Le séminaire se propose de prolonger les réflexions engagées
sur ces questions en se tenant au plus prés de ces lieux (la
technique, l’échange et l’organisation) où s’éprouvent
ou s’élaborent les contraintes symboliques et institutionnelles
de l’action, chacun poursuivant une démarche de recherche propre
et s’adressant à un objet de recherche particulier.
Thématiques des séances
Jean-François Bordron (Université Paris III Censier ) :
Valeur et Dualité (suite)
Les précédents séminaires nous ont conduit à
une réflexion sur la dualité qui nous a paru être au
centre des définitions de l’homme. La dualité n’est pas le
dualisme qui présuppose l’existence de deux substances de natures
distinctes mais le fait complexe qui consiste en ce que la même entité
suive simultanément deux types de règles (ainsi l’homme comme
être physique et comme être sémantique, c’est-à-dire
grammatical). Cette notion de dualité, dont l’origine est saussurienne,
nous a paru peu à peu dépasser son cadre d’origine pour s’inscrire
non seulement comme clé de l’économie symbolique, mais comme
notion essentielle à la compréhension du phénomène
technique en général. Nous avons alors entrepris, en nous
appuyant tout d’abord sur les recherches de Simondon, de tracer au moins
les linéaments d’une sémiotique des appareillages techniques.
C’est ce travail que nous souhaitons continuer cette année.
Anne Françoise Garçon (Université de Rennes
II )
Du travail comme non-valeur philosophique? Les années 1740-1780
entre éthique corporative et pensée sociale.
Kant assignait à l’anthropologie d’analyser «ce que l’homme,
comme être agissant par liberté fait ou peut et doit faire
de lui-même», «question dont l’actualité est marquée
par le fait qu’il s’agit d’une part de considérer l’homme en tant
qu’il cherche à avoir l’image du monde et en tant qu’il peut être
considéré comme citoyen du monde», rappelait Romain
Laufer dans le préambule de la première année de ce
séminaire consacré à la valeur aux approches philosophiques
de la technique, de l’échange et de l’organisation. Dans ce cadre
d’analyse, je me suis attachée à montrer en quoi la valeur
donnée au geste et à l’organisation productive relevait de
l’anthropologie, et qu’historiquement, s’est greffé dans le rapport
occidental à l’objet, quelque chose de l’obligation humaine de dire
le monde, de lui donner sens à mesure qu’il le modifiait,
en déréglait l’agencement par ses actions, comment aussi
cette poétique de la production, implicite autant qu’elle était
socialement structurante, n’a pas trouvé place dans l’écriture
philosophique de la technique au XVIIIe siècle.
Se rapportant au travail, le projet encyclopédique est connu:
dire l’artisan au travail pour tuer la routineproductive ; effacer le secret
pour élargir la carte des savoirs et conférer à la
science, pensée inventive par définition, de nouveaux
champs d’application.
Je souhaiterais, dans ce second temps de l’approche, revenir sur ces
trente années décisives, sur ce moment où l’on décida
de donner une définition de la valeur des actes et des choses qui
fût non seulement explicite, mais scientifiquement référée.
Je considérerai de ce point de vue, deux lieux complémentaires
et distincts, de l’évolution historique, les corps de métier
d’une part, les théoriciens d’autre part. Côté corps
de métiers, j’étudierai en m’appuyant sur un exemple précis
(la lente reconstitution des communautés de métier à
Rennes après le grand incendie de 1720) la manière dont la
valeur donnée au travail, le chef d’œuvre explicitement posé
comme le témoignage d’une aptitude à produire avec le bornage
de la qualité par l’éthique, s’est usée et progressivement
épuisée. Il me semble important de mesurer dans la
durée les conséquences de cette dévaluation au sein
de la pratique corporative et ses effets sur la perception des administrateurs.
L’écho, en aura-t-il été, côté théoriciens,
la difficulté à n’envisager la valeur que sous l’angle du
valoir? Ainsi, Turgot, qui pourtant définissait clairement la valeur
comme relevant à la fois de l’interprétation et de la mesure,
donnait pour seule valeur du travail, celle de sa reproduction. Est-ce
seulement au nom du mesurable, que l’éthique en tant que valeur
citoyenne, se serait déportée de la manière de produire
l’objet à la manière de le faire circuler?
Pierre Guillet de Monthoux (Université de Stokholm)
Valeurs esthétiques et jugement organisationnel
Armand Hatchuel ( C.G.S. , Ecole des Mines de Paris)
Valeur et action collective dans les mondes de conception (2)
L’an dernier nous avons esquissé une anthropo-logique des mondes
de conception. Il s’agissait de mieux cerner le mode d’existence, si énigmatique,
des sociétés modernes (ou post-modernes). Non des sociétés
où les grands récits auraient disparu; mais où la
narration s’exerce comme parure du monde (aux sens technique et esthétique
de ce terme). Ou encore, comme partition expansive des êtres et des
valeurs, c'est-à-dire, comme procés de conception de nouveaux
mondes. Ce procés s’effectue simultanèment comme ontophanie
et axiophanie du monde, l’une étant à la fois cause et conséquence
de l’autre. Dans de tels mondes, la critique classique (littéraire,
sociale ou scientifique) ne remet pas en cause la nature, mais les formes
de l’ordre collectif. Elle intensifie le travail de conception: la critique
du progrès est une demande de progrès; la critique du libéralisme
est une demande de libéralisme; la critique des valeurs est une
demande de valeurs. Cette année, on s’interrogera, sur les
conditions d’une action émancipatrice et légitime dans de
tels mondes. On montrera la nécessité d’une épistémologiede
l’action collective: discipline critique propre aux mondes de conception
et extension de l’épistémologie traditionnelle de la connaissance
forgée pour d’autres fins. On examinera alors, en quoi cette épistémologie
permet de penser un registre du politique, mieux approprié aux mondes
de conception.
Romain Laufer ( Groupe H.E.C. )
Anthropologie de la différence public privé(suite) : la
question de la crise des valeurs , analyse comparative des cas de la France
et des Etats-Unis
L’analyse de l’année dernière a permis de comparer la
structure des systèmes de légitimité français
et américains et la façon dont ils conduisaient à
une construction radicalement différente de l’opposition public/privé
. Cette différence s’exprime en particulier dans la place occupée
par le religieux dans chacun de ces systèmes. Mais au delà
des différences structurelles il a été
possible de mettre en évidence le fait que l’histoire
des systèmes de légitimités de ces deux pays
( et en particulier l’histoire de l’opposition public/privé )
peut être décrite comme suivant deux cours parallèles,
cette histoire conduisant dans un cas comme dans l’autre à une situation
de crise de légitimité . Cette année il s’agira de
reprendre et de poursuivre cette analyse en s’interrogeant
sur le fait de savoir s’il est possible de penser la notion de crise de
légitimité , et la crise des valeurs qui l’accompagne nécessairement,
de la même façon et dans les même termes aux Etats-Unis
et en France. La question est de savoir si la forme de
pragmatisme qui est en général considérée comme
la caractéristique propre du système américain permet
à celui-ci d’échapper à la notion
de crise au sens radical du terme qu’il semble
pouvoir prendre dans le contexte français . Cette analyse
sera conduite à travers une analyse des histoires parallèles
et articulées de la religion, de la philosophie et des théories
du marché aux Etats-Unis.
Hélène Vérin ( CNRS-Centre A. Koyré )
Calculer la valeur à l’époque moderne (II)
Je propose de poursuivre mon enquête sur le concept de valeur.
Dans mon précédent exposé, j’ai essayé de montrer
comment la question de la valeur s’inscrit, à l’époque moderne,
dans le renouvellement profond des rapport de l’homme à soi et au
monde qu’implique la physique mécanique et son application au champ
des actions de l’homme, dans la société d’Ancien Régime.
Je me suis appuyée sur une analyse de l’Esprit des Lois pour montrer
en quoi l’ouvrage de Montesquieu est de part en part réglé
par une mécanique et quels sont les effets produits sur sa conception
de la valeur noble: l’honneur.
Mon projet est de mettre à l’épreuve cette lecture de
l’Esprit des Lois en examinant la teneur des débats qui ont suivis
sa parution, l’une des dimensions de ce débat étant celui
de la noblesse commerçante. Il s’agirait d’examiner comment, dans
ce débat et dans les travaux des économistes qui ont suivi,
sont articulés les rapports entre les deux formes de la valeur:
celle, fondamentale, qui exprime un rapport de soi à soi, et celle
qui implique une extériorité réciproque des évaluations
et qui seule produit des grandeurs calculables. En quoi, comment, ces deux
modes d’existence de la valeur sont-ils argumentés? Quel rôle
joue le recours aux notion empruntées à la mécanique
dans ces argumentations? comment s’y articulent les approches économiques
et politiques? Peut-on déceler des déplacements, voire des
redéfinitions des principes de référence?