Séminaire-groupe de travail " Gilles Châtelet "



Avec ses diagrammes physico-mathématiques suggestifs et grâce à son style littéraire recherché le philosophe-mathématicien Gilles Châtelet nous a permis d'appréhender et d'entendre la préoccupation fondamentale qui le saisissait ;il l'appelait : l'exigence du virtuel. Cette exigence est encore vivante dans les travaux écrits de Gilles Châtelet, mais sa mort décidée nous laisse sans voix. Sans résonance, cette quête du virtuel risque de retourner se dissimuler dans le silence de l'Etre, et l'oeuvre de Gilles Châtelet risque de rester sans autre voix que celle qui l'animait de l'intérieur. Nous voudrions reprendre et prolonger ses analyses ciselées, répondre encore aux virtualités problématiques qu'implique l'ontologie du "virtuel-intensif". Nous voudrions continuer l'élaboration de ce plan ontologique novateur en mathématiques, méconnu ou négligé par des épistémologies plus classiques.. En guise d'aperçu, voici quelques traits spéculatifs qui nous paraissent essentiels.

Le plan du virtuel-intensif est par essence ouvert, en ce sens que les virtualités qui le peuplent impliquent nécessairement d'autres virtualités. Elles sont impliquantes et impliquées, écrivait Deleuze. Ce côté allusif des virtualités, dont la manière d'être pour la pensée est le problématique, appelle l'invention de dispositifs expressifs particuliers dont l'objectif n'est pas de fixer une identité mais avant tout de s'ajuster aux manières d'être des virtualités. Pour cela il convient préalablement de devenir le sujet pré-établi d'expériences de pensée en lesquelles se présente l'intensité proximale de la virtualité s'actualisant (saisie de virtualité par imagino-motricité). Car toute virtualité, étant hors du temps qui passe, toujours déjà au passé (passé pur du virtuel), conditionne a-symétriquement une actualisation. Chaque prise expressive impliquera un palier d'homogénéité précaire sous lequel gronde la virtualité donatrice, qui ne peut être que sentie. Les dispositifs, diagrammes mais aussi écrits poétisés et autres, devront donc sous et avec le palier actuel exprimé (articulation), faire sentir le virtuel latent affirmé par son intensité d'actualisation. Comme si le dispositif reproduisait le mouvement, au passage. " Le mouvement est une manière d'intriquer l'acte et la puissance […] Le potentiel est ce qui, dans le mouvement, permet de nouer un " déjà " et un " pas encore " ; il donne de la réserve à l'acte, il est ce qui fait que l'acte n'épuise pas le mouvement et, en donnant du champ à la saisie du mouvement, il respecte et exalte les latences lovées dans les corps…. " écrivait Gilles Châtelet.

Nous ne prétendons pas bien sûr, développer dans ces quelques lignes tout ce que nous inspire le plan du virtuel-intensif. On voit qu'en tout cas, ce plan est aussi d'emblée physique (manières d'être) et philosophique ( recherche sur la nature du plan) et qu'à ce titre son déploiement dépasse le cadre strict des mathématiques. Bref, il nous intéresse de fédérer mathématiciens, philosophes, physiciens et autres, autour de réflexions, de productions, autant actives que minutieuses sur ce plan ontologique déjà arpenté par Gilles Châtelet. Nous proposons pour cela:

- d'échanger des réflexions autour de textes, de thèmes, renouvelés .

- de mettre à disposition nos écrits.

-d'organiser des journées d'interventions.

Nous commencerions par un séminaire en Novembre 2004 à Besançon, si vous voulez intervenir (exposé) ou y assister, faîtes nous le savoir. Mais avant tout nous restons à disposition pour tout autre renseignement et pour de premiers échanges.

Maryvonne Menez-Hallez (enseignante-chercheuse en mathématiques) philodonon@wanadoo.fr

Philippe Roy (formateur en mathématiques ,physique, philosophie) phi.roy@laposte.net

Joël Merker (chercheur en mathématiques) merker@cmi..univ-mrs.fr