IADA 2004: Proposition d’un colloque sur le thème

Confidence / Dévoilement de soi dans l’interaction
Confiding/ Self-disclosing in interaction
Organisatrices/ Organizers: Catherine Kerbrat-Orecchioni, Véronique Traverso
Lieu/ Place: Lyon, University Lumière Lyon 2
Date: September 2004, 22-24
(format rtf)

Langues/ Languages: French, English, German, Spanish, Italian
Nombre desaprticipants/ Number of speakers: 40
Durée des interventions/ Lenght of lectures: 30 minutes
Dead-line for submitting abstracts (in English, about 200 words ): 15 december 2003
Droits d’inscription/ Conference fees: 30 euros
Descriptif/ Description of the project:

“Le moi est haïssable”: dans la perspective de l’analyse du discours, le mot fameux de Pascal peut s’interpréter comme renvoyant à l’idée que le discours “auto-centré” (le “narcissisme conversationnel”) est très généralement discrédité, voire stigmatisé dans nos sociétés. Parler de soi est en tout cas une activité “difficile” et à haut risque, cela pour de nombreuses raisons : risque de transgresser la “loi de modestie” ; risque surtout de “s’exposer” en se confiant, de se rendre vulnérable en “s’ouvrant” à autrui et en lui donnant accès à ses “réserves” (Goffman), ou même à ses secrets — et l’on parle alors de “confidence”, la confidence étant un cas particulier, et particulièrement délicat à mener à bien, de dévoilement de soi. La parole auto-centrée est pourtant une activité bien attestée dans la vie quotidienne (Derlega & al. : “Self-disclosure is a fundamental ingredient of human communication”). Elle est en particulier attendue dans les interactions entre intimes, et même obligatoire dans certains contextes institutionnels (confessionnal, cabinet du médecin ou du psychanalyste, entretien d’embauche, témoignage au tribunal, etc.). La question se pose donc de savoir où, quand, comment, pourquoi l’on s’engage dans une telle activité discursive ; quels sont les contextes favorables à son émergence, quels sont les mécanismes et les stratégies qui sont mis en œuvre pour “entrer en confidence”, pour “faire le confident”, et pour développer cette activité discursive ; quels sont enfin les fonctions et les effets de cette activité sur le déroulement de l’interaction et sur la construction de la relation interpersonnelle.
En novembre 1998, une rencontre s’est tenue à l’université René Descartes sur un thème similaire (“La vie en mots, se dire, parler de soi”), qui était envisagé surtout dans la perspective de la construction de l’identité du sujet à travers la production de récits autobiographiques. Tout en prolongeant la réflexion menée alors, le congrès de l'IADA envisagera le discours auto-centré  tel qu’il se déploie dans les interactions orales, c’est-à-dire comme une activité co-produite, et éventuellement “négociée” entre les différentes parties en présence. A partir de cette focalisation commune, les pistes explorées pourront être fort diverses, les formes que peut prendre cette activité conjointe se différenciant entre autres :
(1) Selon le contexte dans lequel elle s’insère : interactions médiatiques (comme les intimity shows, aujourd’hui à l’honneur à la télévision — voir par exemple le confessionnal du Loft), sites institutionnels divers (qui prévoient pour cette activité une place plus ou moins attitrée), ou situations informelles dans lesquelles le discours auto-centré “émerge” de façon plus imprévisible.
(2) Selon que l’on a affaire à des interactions “authentiques”, ou à des élaborations secondaires faisant interagir des personnages dans un cadre fictionnel : dans le roman, au théâtre, au cinéma, voire dans la bande dessinée ou à l’opéra, les confidences constituent de véritables “scènes de genre” obéissant à des codifications plus ou moins fortes (dans le roman d’amour, la confidence est un épisode obligé du “scénario prototypique” ; et le théâtre classique a même institué un rôle spécifique, celui de “confident”, qui permet de “vraisemblabiliser” la confidence, pour le plus grand bénéfice du spectateur qui peut ainsi être informé des pensées et sentiments cachés du personnage).
La confidence constitue donc un thème privilégié pour observer la façon dont une même activité discursive, à partir de caractéristiques stables, peut se moduler d’une part en fonction du contexte communicatif dans lequel elle trouve place, et d’autre part en fonction du système sémiotique qui lui donne forme.

“Le moi est haïssable” (“Self is detestable”): in the perspective of Discourse Analysis, Pascal’s famous saying can be seen as referring to the fact that self-centered discourse (“conversational narcissism”) is generally discredited and even stigmatized in our societies. For different reasons, self-disclosure is a difficult and risky activity. The risks are for example to contravene the “modesty maxim” (Leech), to “expose” oneself and thus become vulnerable by giving the other access to one’s “reserves” (Goffman) and “secrets”. This is the case in “confidences”, the activity of confiding being considered as a particular case of self-disclosing. However, self-centered talk is widespread in everyday life (Derlega & al. : “Self-disclosure is a fundamental ingredient of human communication”). It is an expected communicative activity between intimates, and even an obligatory one in certain institutional settings or situations (such as confessional, surgery, courtroom, job interview, etc.). So the questions are: where, when, how, and why do people engage in this discursive activity? Which contexts favour its emergence? Which mechanisms and strategies are displayed by the two parties in the exchange in order to start, carry on, and complete self-disclosure activity? What are the aims of this activity and its outcomes on the construction of the exchange and interpersonal relationships?
Five years ago, a symposium took place in Paris (René Descartes University) about a similar topic. The main focus was the construction of self-identity through the production of autobiographical discourse. The Lyon IADA conference will continue this investigation, with a central focus on self-centered talk in oral interactions, that is as a co-constructed activity, eventually “negotiated” between the participants. From this common point of view, the investigation will be led in different directions, given that self-disclosure is an activity which can take various forms according to:
(1) The context in which it takes place: programs on the media (such as “intimity shows”), institutional settings (where the script of the interaction allocates some place for self-centered talk), or informal situations (where it “emerges” in a more unforseeable manner).
(2) The fact that we are dealing with “authentic” interactions, or on the contrary, with fictional dialogue: in novels, plays, and maybe in other types of artistic productions, comic strips, etc.), “confiding” appears in sorts of “scenes de genre” which are codified to some degree (in love novels, “confidence” is a necessary episode of the prototypical scenario; and classical drama has instituted a specific character, the “confident”, whose role is to appeal for hero or heroin’s confidences and so, to get the audience informed of his/her hidden thoughts and feelings).
Self-disclosure is therefore particularly relevant in order to investigate how one and the same discursive activity can, from common characteristics, modulate according to the communicative context in which it takes place, and the semiotic system from which it is shaped.