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Introduction au Cours sur la nature de Merleau-Ponty
 Par Pascal Dupond1



Dans ses deux premiers livres, Merleau-Ponty a clairement montré que toute la philosophie moderne est fondée sur la séparation, en l'homme, de la pensée naturante (la raison ou la lumière naturelle de Descartes, l'ordre de la vérité) et de la pensée naturée (l'inclination naturelle selon la 6e méditation, l'ordre du fait, l'existence), et qu'en même temps tout son effort est de dépasser cette séparation. C'est pourquoi Merleau-Ponty porte un intérêt particulier à tous les aspects de la pensée classique où s'esquisse un tel dépassement. Ainsi son intérêt, déjà très actif dans SC2, pour la "géométrie naturelle" intervenant, selon la Dioptrique, dans la perception de la grandeur, de la distance et de la figure: cette perception relève à la fois d'"une action de la pensée"3, et d'une "institution de la nature". Ou bien pour l'inspectio mentis de la 2e Méditation, qui serait, non pas "une raison cacée derrière la nature", mais "une raison enracinée dans la nature" (Pénoménologie de la perception 52). D'où aussi son intérêt pour le jugement réfléchissant. Il est vrai que le criticisme sépare comme deux pôles irréductibles de la connaissance la réceptivité et la spontanéité, mais il n'en cherche pas moins, au-delà de leur coordination fonctionnelle dans le scématisme, leur enracinement dans une souche commune (1e Critique de la raison pure). Et surtout la 3e Critique aperçoit dans le jugement réfléchissant une "nature de l'esprit" spontanément conforme à la loi de l'entendement (Pénoménologie de la perception XII et 53).

 Selon Merleau-Ponty, la philosophie a jusqu'à présent échoué, malgré ses tentatives, à réconcilier ou à unir vraiment dans l'homme la pensée naturante et la pensée naturée. D'où l'opposition de l'analyse réflexive et du naturalisme. Le naturalisme naturalise la pensée en la réduisant à un événement d'univers que l'on pourrait comme tous les autres étudier objectivement: toute pensée est naturée, et par là soustraite à son effectuation: le pénomène de la vérité est incompréhensible. L'analyse réflexive conserve tout du naturalisme, et lui rappelle simplement que, s'il doit y avoir vérité, la pensée ne doit pas relever seulement de l'anthropologie ou de la psychologie empirique, mais aussi de la philosophie transcendantale: il n'existe de pensée naturée que devant une pensée naturante ou constituante ou transcendantale (ou qui s'effectue elle-même librement et soit ainsi de l'ordre de l'acte). Méconnaissant la signification transcendantale de la passivité, l'analyse réflexive superpose à la pensée passive une pensée purement active.

 Dans ses deux premiers livres, Merleau-Ponty reçoit sans véritable critique cette opposition de la pensée naturante et de la pensée naturée et il se propose seulement de découvrir, dans la catégorie de structure d'abord, puis dans la perception leur véritable suture, ou leur passage l'une dans l'autre. Il s'agit donc d'accomplir le projet de la philosophie moderne, là où celle-ci avait échoué.

 Puis, au fil des années 50, Merleau-Ponty radicalise sa critique du complexe ontologique cartésien et découvre que la Pénoménologie de la perception, la suture perceptive de la pensée naturante et de la pensée naturée reconduit la réduction objectiviste de la nature, dès lors que la nature est comprise comme l'autre de la liberté. Il va donc s'agir de libérer la nature de la liberté, de la considérer intrinsèquement et non comme le négatif de la liberté. En même temps, Merleau-Ponty revient à l'origine de la distinction entre naturant et naturé en montrant que ces notions sont apparues en philosophie lorsque l'idée d'infini, inspirée du judaïsme et du christianisme a produit une scission entre le naturant (=l'intériorité et de l'infinie productivité de la nature divine et le naturé (= la nature comme produit et pure extériorité).

Dès lors à la distinction de la nature et de la liberté ou de la nature et de l'esprit ou de la nature et de l'histoire se substitue la distinction du logos endiathetos et du logos prophorikos, et tandis que le rapport de l'esprit et de la nature est désigné par le terme "échappement", le rapport entre le Logos et la nature est désigné par les termes "métamorphose" et enfantement" (CN 180)4.
 
 

Chp. 1- la reconduction d'une ontologie objectiviste dans Structure du comportement et Pénoménologie de la perception
 
 

La Structure du comportement se propose de déterminer "les rapports de la conscience et de la nature, - organique, psychologique ou même sociale" (Structure du comportement V). L'ouvrage se donne comme point de départ le concept naturaliste et réaliste de nature (="une multiplicité d'événements extérieurs les uns aux autres et liés par des rapports de causalité"5), et montre que ce concept réaliste est incompatible, non seulement avec la "nature physique", telle qu'elle est comprise depuis le criticisme ("il n'y a pas de nature physique au sens que nous venons de donner à ce mot, rien dans le monde qui soit étranger à l'esprit" (Structure du comportement V), mais aussi avec les sciences biologique et sociale, qui montrent que leur objet est une structure, et non une pure chose, partes extra partes.

 Qu'est-ce qu'une forme ou structure?

Selon la Structure du comportement, "il y a forme partout où les propriétés d'un système se modifient pour tout changement apporté à une seule de ses parties et se conservent au contraire lorsqu'elles changent toutes en conservant entre elles le même rapport" (58-59). La forme est un tout qui excède ses parties considérées distributivement, car elle en est la disposition globale. Ce caractère de totalité implique selon Merleau-Ponty, qu'elle soit une idée ou une signification sensible ou perçue.

1/ une idée ou une signification: la forme n'est pas une chose, une réalité physique (Structure du comportement 193),un être de nature étalé dans l'espace, un "être en soi"; il appartient à son sens d'être d'exister pour une conscience: "la forme est donc, non pas une réalité physique, mais un objet de perception, sans lequel, d'ailleurs, la téorie physique n'aurait pas de sens, puisqu'elle est construite à propos de lui et pour le confirmer" (Structure du comportement 193); et, symétriquement, l'organisme "est un ensemble significatif pour une conscience qui le connaît" (Structure du comportement 215). Ainsi une forme est de l'ordre de l'idée, au sens où une signification se réalise en elle.

2/ sensible ou perçue: une forme n'est pas un concept au sens d'une syntèse intellectuelle: cette forme physique qu'est une bulle de savon, ce n'est pas nous qui la constituons par un acte d'entendement, à partir d'une matière brute de la sensation, la forme n'est pas construite, elle est "donnée", elle est une signification sensible ou perçue. Identiquement, la forme d'un organisme n'est pas constituée par une syntèse intellectuelle: la vie apparaîtau moment où "un morceau d'étendue" se met "à exprimer quelque choseet à manifester au dehors un être intérieur" (Structure du comportement 218). Mais en même temps cette expression ou cette manifestation ne sont pas de l'ordre de l'en soi: elles ne sont expression ou manifestation que pour et par une conscience qui les "recueille" et les comprend. Aussi Merleau-Ponty peut-il dire qu'il n'y a pas de vie sans conscience de la vie: "ce que nous avons désigné sous le nom de vie était déjà la conscience de la vie" (Structure du comportement 218).

 L'intérêt épistémologique et philosophique du concept de structure est de libérer le concept de nature de l'ontologie de la chose, en rendant à la nature une intériorité, ou de faire apparaître que le réel est tissé d'idéalité.

La Structure du comportement ébranle donc le concept classique de nature naturée, c'est-à-dire l'identification de la nature naturée à l'extériorité (partes extra partes)6: la forme, en tant que signification sensible, est une "conscience naturée". La nature naturée n'est pas étrangère à la conscience, elle possède une intériorité. Influence de la Gestalttheorie, mais aussi de Hegel (Structure du comportement 218: "l'esprit de la nature est un esprit cacé. Il ne se produit pas sous la forme même de l'esprit").

Merleau-Ponty a ainsi accompli une partie de son projet, qui était de surmonter la division moderne entre naturant et naturé. Il a accompli une moitié de son projet. Il a montré que la naturé n'est pas pure extériorité ou pur dehors, puisqu'il existe des formes qui sont des consciences naturées. Mais cette conscience naturée est encore saisie "du dehors", telle que l'étudie dans son fonctionnement objectif, la téorie scientifique (gestaltiste ou linguistique) et ainsi le concept idéaliste ou intellectualiste du naturant n'est pas encore remis en cause frontalement. Ce qui le montre bien, c'est que Merleau-Ponty se demande, dans Structure du comportement, quel est le rapport entre la conscience naturée, la forme, et la conscience intellectuelle devant laquelle le philosophe porte cette conscience naturée pour en expliciter la possibilité et le sens: "La structure est la vérité philosophique du naturalisme et du réalisme. Quels sont les rapports de cette conscience naturée et de la pure conscience de soi ? Peut-on penser la conscience perceptive sans la supprimer comme mode original, peut-on en maintenir la spécificité sans rendre impensable son rapport à la conscience intellectuelle ?" (Structure du comportement 304). Merleau-Ponty aperçoit donc que le travail critique opéré du côté du naturé devra être doublé d'un même travail critique du côté du naturant et que le concept intellectualiste de la conscience ou du cogito devra être profondément réformé. Mais cette réforme, dans Structure du comportement, n'est pas encore entreprise: si la nature est esprit, l'esprit n'est pas encore natureet conserve son intégrité idéaliste.

 La Pénoménologie de la perception réalise la seconde moitié du projet. Après avoir montré que le naturé est en vérité conscience naturée, Merleau-Ponty va montrer, en envisageant la forme cette fois de l'intérieur (mais en reconduisant, par la même, une certaine division de l'intérieur et de l'extérieur) qu'il n'y a pas de conscience naturée qui ne soit doublée d'une pensée naturante qui en est inséparable: dès lors il ne s'agit plus de faire comparaître la conscience naturée ou sensible devant une pensée naturante souveraine qui en détiendrait le sens, car il n'existe pas de pensée naturante souveraine, toute pensée naturante est aussi naturée. Et la perception nomme le lien originaire du naturant et du naturé.

 Mais à partir du moment où le naturant et le naturé sont compris comme inséparables dans la perception, que peuvent bien désigner ces termes?

 En prenant par anticipation une formule de CN, on pourrait dire qu'ils sont deux feuillets inséparables de l'existence.

 L'existence est naturée au sens où le sujet percevant est "incarné dans une nature" (Pénoménologie de la perception VII) ou "jeté dans une nature" (Pénoménologie de la perception 398) et cela de telle sorte que "la nature n'apparaît pas seulement hors de moi dans les objets sans histoire, elle est visible au centre de la subjectivité" (Pénoménologie de la perception 398). Nature en moi: je suis un "sujet naturel" (Pénoménologie de la perception 231), un "moi naturel" (Pénoménologie de la perception 502), une "nature pensante" (Pénoménologie de la perception 413, 414, 418), "donnée", remise à elle-même par la naissance7, anonyme8, vouée à "un flux de vie inépuisable, dont je ne puis penser ni le commencement ni la fin"9. Cette nature pensante est aussi une "affirmation de l'être10, une "foi originaire" envers le monde, une expérience constante d'une évidence du monde, etc. Autant de pénomènes qui désignent une passivité de la conscience (Pénoménologie de la perception 53: "le jugement naturel n'est autre chose que le pénomène de la passivité", 75, 171: "...la coutume présuppose la forme de passivité de la nature"), ou encore le poids du passé dans l'existence (VI 164: "le poids du monde naturel est déjà un poids de passé").

 L'existence est naturante au sens où elle est esprit, liberté, histoire, productivité, échappement, autant de termes qui désignent une création de sens: "L'"existence est indéterminée en soi à cause de sa structure fondamentale, en tant qu'elle est l'opération même par laquelle ce qui n'avait pas de sens prend un sens, ce qui n'avait qu'un sens sexuel prend une signification plus générale, le hasard se fait raison, en tant qu'elle est la reprise d'une situation de fait"11. C'est ainsi par "reprise" ou "échappement"12 ou invention de sens que l'évidence sensible passe en évidence rationnelle ou que la fonction sexuelle devient la conduite de l'amour ou une émission vocale une expression symbolique13.

 Ces deux feuillets ne sont pas séparables: aucun dieu ne pourrait "délimiter ce qui nous vient de la nature et ce qui nous vient de la liberté" (Pénoménologie de la perception 197). La nature n'est visible qu'à travers l'histoire: "ce qui est donné, ce n'est pas la chose seule, mais l'expérience de la chose, une transcendance dans un sillage de subjectivité, une nature qui transparaît à travers une histoire" (Pénoménologie de la perception 376). Ainsi,

 1/ il n'y a pas de nature en soi (la nébuleuse de Laplace "n'est pas derrière nous à notre origine, elle est devant nous dans le monde culturel" (Pénoménologie de la perception 494)

 2/ les deux régimes de l'existence sont dans une intersection perpétuelle. Il existe un "échange" entre corps et esprit, qui communiquent "par la médiation du temps"14, un "entrelacement entre l'existence personnelle et l'existence impersonnelle15, un passage16, un va et vient constant de l'une à l'autre -"tournant insensible", "virage" parfois aussi "fusion".

3/ la pensée naturée de la perception est aussi naturante en ce qu'elle fait apparaître le temps historique dans le temps naturel: le corps percevant est "ce lieu de nature où pour la première fois les événements, au lieu de se pousser l'un l'autre dans l'être, projettent autour du présent un double horizon de passé et d'avenir"17, ce qui est le virage du temps naturel au temps historique, exactement comme la pensée naturante est aussi naturée

 4/ la pensée naturante, c'est-à-dire la vérité ou la lumière est naturée en ce qu'elle ne peut jamais s'élever jusqu'à l'évidence absolue: le sujet connaissant ne peut jamais porter à une transparence complète toutes les raisons de son acquiescement à telle ou telle vérité car l'évidence enveloppe en l'actualité de son présent l'opacité d'un passé sédimenté. Même si la réflexion relève de la dimension personnelle et libre de l'existence, elle "est toujours donnée à elle-même dans une expérience au sens du mot qui sera le sens kantien, elle jaillit toujours sans savoir elle-même d'où elle jaillit et s'offre toujours à moi comme un don de nature" (Pénoménologie de la perception 53)18. Toute évidence est évidence de fait, évidence "pour une certaine nature pensante dont je jouis, et que je continue, mais qui reste contingente et donnée à elle-même"19.

 Et cependant, même s'il cherche à penser une véritable réciprocité du naturant et du naturé, Merleau-Ponty réitère leur opposition, c'est-à-dire l'opposition de la nature et de l'esprit, et cela dans la mesure où il pense la nature du point de vue de l'esprit, de la liberté ou de l'histoire, et non l'esprit, la liberté ou l'histoire du point de vue de la nature. La raison de cette situation est que nature et esprit n'ont pas la même valeur ou la même dignité.

 1/ la pensée (ou l'existence) naturée est de l'ordre du donné, de la passivité, de l'anonymité, du "on", du passé, et la pensée (ou l'existence) naturante (la liberté ou l'histoire) est de l'ordre de l'agir et de l'existence personnelle, du projet, de l'invention de sens. La perception est à la frontière du naturé et du naturant, elle est leur indivision, mais elle est aussi, avec le virage du temps naturel en temps historique, un premier échappement à la nature. La perception serait donc la nature qui s'échappe à elle-même, qui invente un régime du sens qui conduit la nature au-delà de la nature. Elle élève à la conscience de soi cette "puissance ouverte et indéfinie de signifier"20, qui est déjà présente et opérante dans la nature, mais qui reste, dans la nature, cacée à elle-même. Et au moment où cette puissance entre ainsi dans la conscience de soi commence un au-delà de la nature, histoire, esprit ou liberté. L'existence est naturante (ou libre) en s'affranchissant de l'existence naturée

 De cette situation, il résulte que

1/ la nature n'est pas intrinsèquement visible. Elle est dans notre dos, l'esprit ne l'aperçoit qu'en se retournant vers son origine, à travers les sédiments de son histoire. Ainsi la nature est toujours déjà recouverte et dissimulée21. En outre, éclairée au jour d'un projet de liberté, elle apparaît comme "captivité" Le corps est esprit captif22. Mon corps est "la figure figée"23 ou la "structure stabilisée"24 de l'existence.

 2/ la nature est ambivalente, car elle est à la fois le fondement porteur de l'existence et le fond où elle s'engloutit. Elle soutient la coésion du monde, de la subjectivité et de l'intersubjectivité25, mais elle est aussi l'abîme de l'existence, là où la coésion d'une vie se défait dans la dispersion du temps naturel26.

On peut résumer ces rapports entre nature et esprit en disant qu'ils sont liées par une relation de Fundierung: la nature est le fondement de la liberté, au sens où elle en est le socle, et l'esprit est le fondement de la nature au sens où il en est le sens conscient de soi et, d'une certaine façon, l'acèvement. Non seulement la nature n'apparaît jamais que dans un sillage d'historicité (Pénoménologie de la perception p. 376), non seulement elle n'apparaît que par récurrence et comme une présupposition de l'esprit (Pénoménologie de la perception 147), mais elle n'est visible que là l'existence perd son énergie de transcendance27 (ou se détend et retombe à la dispersion du temps naturel), c'est-à-dire là où la toile du tableau réapparaît sous les couleurs. En d'autres termes, la nature est l'autre ou le négatif de l'esprit.

 Voilà précisément ce que va refuser le cours sur la nature.
 
 

1 Professeur de Première supérieure au lycée Saint-Sernin (Toulouse).

2 Structure du comportement 267, note 6.

3 "...qui n'étant qu'une imagination toute simple, ne laisse pas d'envelopper en soi un raisonnement"

4 " ...Ce qui est donné, c'est la métamorphose de l'être brut, c'est l'enfantement".

5 Ibid.

6 Ce concept classique de nature naturée comme extériorité est celui du naturalisme, mais aussi, en partie du moins, celui de Kant. La matière est, chez Kant, pure extériorité.

7 "C'est ce fond d'existence donnée que constate le cogito. ". Un être qui est "né" est un être qui "a été donné à lui-même comme quelque chose à comprendre"

8 Et même doublement anonyme, puisque Merleau-Ponty distingue "un anonyme au sens de l'individualité absolue et un anonyme au sens de la généralité absolue" (Phénoménologie de la perception 512 [abrégé ensuite en PP]) ou bien "l'anonymat de l'On et l'anonymat de la conscience" (PP 514). L'anonyme au sens de l'individualité absolue, la subjectivité "indéclinable" ne relève de pas moins de la nature pensante que les fonctions sensorielles : ce "fond inhumain par où, selon le mot de Rimbaud, nous ne sommes pas au monde" (PP 466) est aussi "le fond de notre nature pensante" (PP 414).

9 PP 413

10 PP 413-414 et PP 516 : "Nous sommes toujours dans le plein, dans l'être...". Voir aussi VI 144.

11 PP 197 : "Nous appelons transcendance ce mouvement par lequel l'existence reprend à son compte et transforme une situation de fait".

12 PP 395.

13 PP 226 : "Le langage à son tour ne pose pas d'autre problème : une contraction de la gorge, une émission d'air sifflante entre la langue et les dents, une certaine manière de jouer de notre corps se laisse soudain investir d'un sens figuré et le signifient hors de nous".

14 PP 93, note 2.

15 PP 104

16 PP 100.: "sublimation de l'existence biologique en existence personnelle"

17 PP 277.

18 Voir aussi PP 74 : "Si donc nous voulons que la réflexion maintienne à l'objet sur lequel elle porte ses caractères descriptifs et le comprenne vraiment, nous ne devons pas la considérer comme le simple retour à une raison universelle, la réaliser d'avance dans l'irréfléchi, nous devons la considérer comme une opération créatrice qui participe de la facticité de l'irréfléchi".

19 PP 454.

20 PP 226.

21 Lettre à Martial Guéroult, in Revue de métaphysique et de morale, no 4, 1962, p. 403 : "Il nous faut redécouvrir la figure du monde perçu par un travail comparable à celui de l'archéologue, car elle est ensevelie sous les sédiments des connaissances ultérieures".

22 PP 294.

23 PP 270.

24 PP 369.

25 PP 515. : "Ce qui est donné, ce n'est pas un fragment de temps puis un autre, un flux individuel puis un autre, c'est la reprise de chaque subjectivité par elle-même et des subjectivités l'une par l'autre dans la généralité d'une nature, la cohésion d'une vie intersubjective et d'un monde

26 PP 192 : "Pour le malade, il 'arrive plus rien, rien ne prend sens et forme dans sa vie – ou plus exactement il n'arrive que des "maintenant" toujours semblables, la vie reflue sur elle-même et l'histoire se dissout dans le temps naturel", et PP 327 : "si le monde se pulvérise ou se disloque, c'est parce que le corps propre a cessé d'être corps connaissant, d'envelopper tous les objets en une prise unique et cette dégradation du corps en organisme doit être elle-même rapportée à l'affaissement du temps qui ne se lève plus vers un avenir et retombe sur lui-même".

27 Merleau-Ponty parle ainsi du "mouvement qui nous porte au-delà de la subjectivité, qui nous installe dans le monde avant toute science et toute vérification" (PP 395) ou bien du "mouvement gratuit et infatigable par lequel nous cherchons à nous ancrer et à nous transcender dans les choses (PP 328). Ce mouvement est-il vraiment infatigable ? Dans la schizophrénie, note Merleau-Ponty, "le mouvement de l'existence vers les choses n'a plus son énergie, […] il s'apparaît dans sa contingence…". Certains textes évoquent une mystérieuse fatigue qui peut interrompre le développement d'une œuvre. Et si "notre perception pressent sous le tableau la présence prochaine de la toile, sous le monument celle du ciment qui s'effrite, sous le personnage celle de l'acteur qui se fatigue" (PP 33), cette fatigue a un sens ontologique. Elle est le revers du mouvement de transcendance, la diastole qui est inséparable de la systole, le repli qui est inséparable de l'éclatement. Et la subjectivité n'apparaît à vrai dire que dans ce repli (voir aussi PP 328 : "Dans le sommeil, je me retourne vers les sources subjectives de mon existence…").