L'individualisme moral, consacré par les grandes théories de la justice, repose sur un ensemble de présupposés qui convergent vers la définition d'une position de neutralité sans laquelle il n'est pas de procédures légitimes permettant l'élaboration des normes et des règles, en morale comme en politique.
Cette position de neutralité, bien peu souvent discutée, suppose une économie particulière des rapports entre « affects», « sensibilité», et « raison ». Les paradigmes des sciences humaines se sont constitués, historiquement, sur l'éviction progressive de la dimension affective des objets et méthodes scientifiques.
Eviction dont le refoulé se fait toujours sentir : par exemple, en sociologie, avec les discours sur la méthode des entretiens et de l'inévitable retour des affects, que des conceptions positivistes ont toujours cherché à neutraliser.
La neutralité, l'impartialité, l'objectivité des « points de vue » d'observation, d'évaluation, de jugement, reposent donc sur une économie particulière des affects qu'il est temps d'interroger.
L'idée de ces journées d'étude, qui réunissent des spécialistes de science politique, philosophie, sociologie, est de poser quelques problèmes permettant d'avancer dans cette voie, en revenant simplement au «sentiment d'injustice » pour penser la justice.
Une telle approche devrait conduire, entre autres, à poser la question des raisons anthropologiques, politiques et morales du primat accordé à l'impartialité, à la neutralité. On pourra ainsi mettre au jour les raisons de la disqualification des approches fondées sur l'affectivité : théories émotivistes en éthique, théories féministes du « care », et de poser les jalons d'une théorie de la justice qui prenne réellement en compte le sentiment d'injustice.
On discutera particulièrement le récent ouvrage d'Emmanuel
Renault: L'expérience de l'injustice. Reconnaissance et clinique
de l'injustice, Paris, La Découverte.
Jeudi 17 mars
Faculté de philosophie, sciences humaines et sociales, Campus
Universitaire, Chemin du Thil, Amiens, salle E 110
9h45
Ouverture : Claude Gautier, Sandra Laugier
I. Approches des théories de la justice
10h Christian Ansperger (Université catholique de Louvain, Chaire Hoover d'éthique économique et sociale) : Rawls, la justice et l'utopie réaliste
10h30 Emmanuel Picavet (Université Paris I ): Sentiments et stabilité de la société politique : aspects de la réhabilitation de la notion de compromis
11h
Bertrand Guillarme (Université Paris 8, Institut Universitaire
de France) : La question de la réparation des injustices
11h30
Discussion
II. Expériences de l'injustice ;
Reconnaissance et critique des théories de la justice
14h
Emmanuel Renault (ENS-LSH) : Reconnaissance et clinique de l'injustice
14h30-16h30 :
Estelle Ferrarese (ENS-LSH): Le débat Honneth/Fraser ; le risque
de la psychologisation
Olivier Tinland (Paris I) : La méconnaissance de la reconnaissance
Pierre Zaoui (Paris): Justice et revendication
Laurent Bove (UPJV) : Résistance et identité. L'expérience
de l'injustice au regard du spinozisme
17h Discussion avec E. Renault autour de son livre, *L'expérience
de
l'injustice. Reconnaissance et clinique de l'injustice*
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Vendredi 18 mars
Pôle Cathédrale, Faculté de Droit et Science
Politique, Amphi Carré de Malberg, 10 placette Lafleur, Amiens
III. Affects et impartialité
9h-10h30
Claude Gautier (UPJV, CURAPP) : Sympathie et impartialité :
aspects d'une comparaison Smith/Hume
Sandra Laugier (UPJV, EHSBM) : Sensibilité et connaissance morales : Nussbaum, Cavell, Diamond
Discussion
10h30-12h30
Patricia Paperman (GSPM-CNRS) : La crise du Care
Pascale Molinier (CNAM) : Le Care à l'épreuve du travail : vulnérabilités croisées et savoir faire discret
Elsa Dorlin (ENS-LSH) : Dark Care : de la servitude à la sollicitude
Discussion
IV. Représentations et critique de l'injustice
14h30
Sophie Richardot (UPJV, SASO) : Représentations de l'injustice
chez les enfants en milieu scolaire
15h00
Julien Méresse (UPJV, CURAPP): Fonction politique de la critique
et sentiment d'injustice
15h30
Marlène Jouan (ENS-LSH): La dénégation en épistémologie
des sciences humaines
Discussion
16h30
Stéphane Haber (Université de Besançon)
Marx et la représentation morale de l'injustice
17h00 : Discussion
Conclusions par C. Gautier, S. Laugier