Séminaire
Sciences, techniques et démocratie
Cite des sciences et de l'industrie, Paris

Présentation, programme, détails des séances. Programme et détails disponibles en rtf.

Contacts
Chargées de programmation:
ANNICK AUDOIR: Tél.: 01 40 05 81 28; Fax: 01 40 05 72 20
TAOS AÏT SI SLIMANE : Tél. : 01 40 05 79 70 ; Fax : 01 40 05 72 20


Présentation
Traitement du sida, gestion des déchets radioactifs, « vache folle », organismes génétiquement modifiés, clonage, réchauffement climatique,… : à travers crises et controverses, la société civile s’inquiète, s’exprime, s’investit. La mise en œuvre de nouvelles techniques issues de la recherche fait apparaître des risques et des incertitudes, suscite des espérances et des craintes, appelle des choix dont on sent qu’ils engagent notre monde commun, notre vie, nos relations, notre milieu, et ceux que nous laisserons aux générations à venir. Du coup, émerge l’exigence de nouvelles relations entre les pouvoirs de décision, les experts et les simples citoyens. Pourquoi, aujourd'hui, les questions scientifiques et techniques appellent-elles de nouvelles formes de délibération ? En quoi faut-il enrichir les procédures démocratiques pour impliquer la société civile ? Telles sont les questions qu'abordera ce séminaire.

Séminaire placé sous la direction de :
- Daniel Boy, directeur de recherche au Centre d'étude de la vie politique française, Sciences Po, Paris
- Michel Callon, directeur de recherche à l’Ecole des Mines de Paris
- Dominique Donnet-Kamel, chargée de mission, direction de l'information scientifique et la communication, Inserm
Partenariat : INSERM, Res Publica

Calendrier
Mercredi 20 novembre à 18h 30 auditorium
1 - Faut-il tenir compte des profanes dans les décisions scientifiques et techniques ?
Avec
- Vololona RABEHARISOA, sociologue, maître de conférence à l’école des mines de Paris
- Pierre LASCOUMES, Directeur de recherche au CNRS, CEVIPOF
- Discutant : Michel CALLON

Mercredi 27 novembre à 18h 30 auditorium
2 – La place du débat public dans la vie démocratique en France
Avec
- Daniel BOY, directeur de recherche au Centre d'étude de la vie
politique française, Sciences Po, Paris
- Yves SINTOMER, maître de conférence à l’université Paris VIII
- Discutant : Dominique Donnet-Kamel

Mercredi 04 décembre à 18h 30 auditorium
3 – L'impact des délibérations sur les décisions : les expériences du Danemark et des Pays-Bas
Avec
- LARS KLUVER, directeur du Danish board of technology, Danemark
- KOOS VAN DER BRUGGEN, Rathenau Institut, Hollande
- Discutant : Dominique Donnet-Kamel

Mercredi 11 décembre à 18h 30 auditorium
4 - Sciences, techniques, politique : quels liens d'hier à aujourd'hui ?
avec
- AMY DAHAN, Chargée de recherche, CNRS, Centre Alexandre Koyré
- CHRISTOPHE BONNEUIL, Chargé de recherche, CNRS, Centre Alexandre Koyré
- Discutant : Michel CALLON

Mercredi 18 décembre à 18h 30 auditorium
5 - La participation des citoyens dans la décision : le point de vue des politiques
avec
- PATRICK BRAOUEZEC, député maire de Saint Denis
- JEAN -YVES LE DEAUT, député, vice-président de l'office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST)
- Discutant : Roland SCHAER

Mercredi 08 janvier à 18h 30 auditorium
6 - Les enjeux des démarches délibératives pour les entreprises
avec
- YVES LE BARS, Président du conseil d'administration l’ANDRA
- JEAN CLAUDE BOUILLET, Directeur fréquences et protection de Bouygues Telecom
- Discutant Daniel Boy

Mercredi 15 janvier à 18h 30 auditorium
7 - Où sont les nouvelles frontières de la démocratie ?
avec
- DANIEL BOY, directeur de recherche au Centre d'étude de la vie politique française, Sciences Po, Paris
- MICHEL CALLON, directeur de recherche à l'Ecole des Mines de Paris
 


Détails des séances, titre, introduction, résumé, bibliographie, biographie, liens
20 nov.: Faut-il tenir compte des profanes dans les décisions scientifiques et techniques ?
27 nov.: La place du débat public dans la vie démocratique en France
04 déc.: L'impact des délibérations sur les décisions : les expériences du Danemark et des Pays-Bas
11 déc.: Sciences, techniques, politique : quels liens d'hier à aujourd'hui ?
18 déc.: La participation des citoyens dans la décision : le point de vue des politiques
08 jan: Les enjeux des démarches délibératives pour les entreprises
15 jan: Où sont les nouvelles frontières de la démocratie ?

Séminaire
Sciences, techniques et démocratie
Traitement du sida, gestion des déchets radioactifs, « vache folle », organismes génétiquement modifiés, clonage, réchauffement climatique,… : à travers crises et controverses, la société civile s’inquiète, s’exprime, s’investit. La mise en œuvre de nouvelles techniques issues de la recherche fait apparaître des risques et des incertitudes, suscite des espérances et des craintes, appelle des choix dont on sent qu’ils engagent notre monde commun, notre vie, nos relations, notre milieu, et ceux que nous laisserons aux générations à venir. Du coup, émerge l’exigence de nouvelles relations entre les pouvoirs de décision, les experts et les simples citoyens. Pourquoi, aujourd'hui, les questions scientifiques et techniques appellent-elles de nouvelles formes de délibération ? En quoi faut-il enrichir les procédures démocratiques pour impliquer la société civile ? Telles sont les questions qu'abordera ce séminaire.

Séminaire placé sous la direction de :
- Daniel Boy, directeur de recherche au Centre d'étude de la vie politique française, Sciences Po, Paris
- Michel Callon, directeur de recherche à l’Ecole des Mines de Paris
- Dominique Donnet-Kamel, chargée de mission, direction de l'information scientifique et la communication, Inserm
Partenariat : INSERM, Res Publica

Mercredi 20 novembre à 18h 30 auditorium
1 - Faut-il tenir compte des profanes dans les décisions scientifiques et techniques ?
Avec
- Vololona RABEHARISOA, sociologue, maître de conférence à l’école des mines de Paris
- Pierre LASCOUMES, Directeur de recherche au CNRS, CEVIPOF
- Discutant: Michel CALLON

Dans cette première séance, il s'agit de montrer le rôle actif des profanes, ou plutôt des groupes concernés (et notamment des groupes concernés qui n'ont habituellement pas voix au chapitre) dans la production de savoirs, d'informations, ou plus largement dans l'investigation et l'exploration des problèmes, des solutions. Reconnaître l'engagement de groupes que l'on considère habituellement comme passifs du point de vue des savoirs est capital pour entamer une réflexion sur la démocratie technique. Quelques indications pourraient être fournies sur les raisons qui poussent à abandonner les distinctions habituelles entre pensée commune et pensée savante ainsi que sur les formes de coopération entre groupes concernés et professionnels.
Pierre LASCOUMES pourrait prendre des exemples du côté de l'environnement et montrer comment apparaissent des groupes concernés, comment ils peuvent jouer un r(le de mémoire - capitalisation des connaissances, de mise en circulation de ces connaissances, de re formulation des questions et problèmes, d'exploration d'options et même de conception de solutions.

Vololona RABEHARISOA se focaliserait plutôt sur les exemples liés a la santé en montrant qu'ils peuvent s'engager dans de véritables activités de chercheurs, de manière autonome, voire en opposition avec les professionnels, et comment ils peuvent également se mettre en position de décideurs politiques.

Résumé de Vololona Rabeharisoa: Faire science avec l’expérience: quelques exemples dans le domaine de la santé
Le domaine de la santé est un de ceux où l’implication des profanes dans la production de connaissances et dans l’élaboration de décisions relatives à leur situation, s’est considérablement accrue. On songe bien entendu au rôle crucial qu’ont joué, et continuent de jouer, les associations de lutte contre le sida dans la mise en place de nouveaux protocoles thérapeutiques (Barbot, 2002; Epstein, 1996), ou encore aux associations de malades atteints de maladies génétiques rares dans le développement de la recherche sur leurs pathologies (Heath et al., à paraître; Rabeharisoa et Callon, 1999). Ces cas, relativement récents, s’inscrivent dans une histoire au long cours qui a progressivement façonné la prise de conscience, aussi bien par les malades et les personnes souffrant d’une condition handicapante ou stigmatisante, que par les professionnels, de l’importance de l’expérience des personnes dans la compréhension et dans la recherche de solutions à leurs problèmes (Borkman, 1999; Rabeharisoa, 2001). Mais comment faire science avec l’expérience? Dans quelles conditions les experts et les profanes en viennent-ils à être de véritables partenaires? Qu’est-ce que cela change-t-il dans les rapports entre les autorités politiques et les simples citoyens?

Pour lancer le débat sur ces questions, je vais m’appuyer sur trois exemples issus de l’histoire du domaine de la santé. Le premier exemple est celui d’une étude scientifique sur l’homosexualité menée à New-York dans les années 1930, première de son genre à associer des chercheurs de disciplines différentes, et surtout à mobiliser des homosexuel(le)s hommes et femmes qui ont souhaité participer à l’étude (Terry, 1999). Je reviendrai sur le contexte et les objectifs de cette étude, dont l’un des intérêts majeurs pour notre débat est qu’elle met clairement en évidence les difficultés à faire science avec l’expérience singulière des personnes. Ces difficultés ne constituent pas un défi pour les seuls professionnels. Les personnes concernées sont elles aussi saisies par la même préoccupation dès lors qu’elles cherchent à rendre leurs expériences perceptibles et discutables. Certaines personnes se sont regroupées pour trouver ensemble les moyens de formaliser et capitaliser leurs expériences. C’est le cas des Alcooliques Anonymes, qui voient le jour aux Etats-Unis dans les années 1930, et qui constituera mon deuxième exemple (Borkman, op. cit.). Leur désormais célèbre 12-step / 12-tradition, conçu à l’origine comme un ensemble de règles de fonctionnement des groupes de parole, est devenu le premier modèle d’organisation mis au point par les profanes pour exprimer et mutualiser leurs expériences et en faire le point de départ de toute action thérapeutique. Les Alcooliques Anonymes ouvrent ainsi la voie à un long processus de révision des rapports entre les experts et les profanes, processus émaillé de nombreuses tensions, et parfois de fortes oppositions (Blume, 2000). Le troisième exemple que je développerai peut être considéré comme l’un des aboutissements actuels de ce processus. Il s’agit de l’intervention active d’associations de malades atteints de maladies génétiques rares, qui ont inventé des procédures leur permettant de formuler des questions de recherche à partir de leurs propres expériences, de participer à la production de connaissances sur leurs pathologies, de prendre des décisions concernant la mobilisation collective contre leurs maladies. Véritables experts d’expériences et décideurs, ils collaborent pleinement avec les autorités professionnelles et politiques (Heath et al., op. cit.; Rabeharisoa et Callon, op. cit.).

De ces trois exemples, quelques pistes de réflexion seront suggérées sur les transformations actuelles des compétences et des prérogatives des experts et des profanes (Rabeharisoa, à paraître).

Bibliographie
- Barbot, J. (2002). Les malades en mouvements. La médecine et la science à l’épreuve du sida. Paris, Balland.
- Blume, S. (2000). Land of hope and glory. Exploring cochlear implantation in the Netherlands. Science, Technology & Human Values 25 (2), 139-166.
- Bonnet, D., Callon, M., de Pouvourville, G., Rabeharisoa, V. (coord.). (1998). Les Associations de malades: entre le marché, la science et la médecine. Sciences Sociales et Santé 16 (3). Numéro spécial.
- Borkman, T.J. (1999). Understanding self-help / mutual aid. Experiential learning in the Commons. New Brunswick, New Jersey, and London. Rutgers University Press.
- Dresser, D. (2001). When science offers salvation. Patient advocacy and ethics. Oxford University Press.
- Epstein, S. (1996). Impure science. AIDS, activism, and the politics of knowledge. Berkeley, California. University Press of California.
- Heath, D., Rapp, R., Taussig, K.S. (à paraître). Genetic citizenship. In Nugent, D., Vincent, J. (eds.). Companion of the Handbook of Political Anthropology. Blackwell.
- Rabeharisoa, V. (2001). Un nouveau modèle de relation entre les malades et la recherche médicale: le cas de l’Association Française contre les Myopathies (AFM). Natures, Sciences, Sociétés 9 (4), 27-35.
- Rabeharisoa, V. (à paraître). Les formes de mobilisation de la recherche par les associations de malades. In Mustar, P., Penan, H. Encyclopédie de l’innovation. Paris, Economica.
- Rabeharisoa, V., Callon, M. (1999). Le Pouvoir des malades. L’Association française contre les myopathies et la Recherche. Paris, Les Presses de l’Ecole des mines de Paris.
- Terry, J. (1999). An American obsession. Science, medicine and homosexuality in modern society. Chicago and London. The University of Chicago Press.

Biographie
Vololona Rabeharisoa est maître de conférences à l’Ecole des mines de Paris et chercheur au Centre de sociologie de l’innovation. Ses recherches portent sur l’analyse du développement de nouvelles technologies et pratiques biomédicales, dans le champ notamment de la génomique et de la post-génomique. Elle porte un intérêt tout particulier au rôle des associations de malades dans ce processus, et plus largement, à l’émergence progressive d’une figure de malade actif et citoyen qui participe aux activités et aux débats sur la recherche sur ses maladies. De façon symétrique, elle s’intéresse aux nouveaux collectifs qui articulent recherche, clinique et développement industriel dans le domaine de la génétique. Elle a publié, avec Michel Callon, un ouvrage intitulé Le Pouvoir des malades. L’Association française contre les myopathies et la Recherche, aux Presses de l’Ecole des mines de Paris.

Vololona Rabeharisoa est engagée dans de nombreuses activités et réseaux internationaux dans son domaine de recherche. Elle est coordinatrice principale, avec Madeleine Akrich (Ecole des mines de Paris), du réseau thématique européen ITEMS (Identifying Trends in European Medical Space). Ce réseau regroupe 23 laboratoires de recherche en sciences sociales de 10 pays européens, dont l’objectif est de favoriser l’analyse comparative des nouvelles technologies biomédicales et de leurs usages. Elle est Research Associate de Innovia Foundation for Medicine, Technology, and Society. Innovia est une fondation hollandaise qui regroupe des chercheurs en sciences sociales et des institutionnels du monde de la santé de différents pays, dont l’objectif est de favoriser l’intégration de l’expérience des malades, des usagers et des citoyens, dans l’élaboration des politiques de santé. Elle est membre élue (2000-2002) de la 4S Council. La 4S (Society for Social Studies of Science) est une association professionnelle américaine, qui regroupe près de 800 chercheurs en sciences sociales du monde entier, spécialisés dans l’analyse des sciences et des techniques. Elle est membre des comités de rédaction de Sciences Sociales et Santé et de Handicap.

Mercredi 27 novembre à 18h 30 auditorium
2 – La place du débat public dans la vie démocratique en France
Avec
- Daniel BOY, directeur de recherche au Centre d'étude de la vie
politique française, Sciences Po, Paris
- Yves SINTOMER, maître de conférence à l’université Paris VIII
- Discutant: Dominique Donnet-Kamel

L'objectif de cette seconde séance est de retracer l'évolution de ce que l'on peut appeler la démocratie délibérative en France au cours des dernières décennies: sur quels thèmes, quelles procédures, avec quels arguments.
Yves SINTOMER pourrait centrer son intervention sur le cadre général et Daniel Boy montrer comment les débats sur les sciences et les techniques se sont situés par rapport a la question plus générale de la démocratie délibérative (Spécificité? Transferts et emprunts de procédures?)

Biographie:
Yves Sintomer est Professeur de sociologie dans le département de science politique de l’Université de Paris 8 et chercheur au Centre Marc Bloch de Berlin. Docteur en science politique et sociale de l’Institut Universitaire Européen de Florence, il a été chercheur invité dans les Universités de Francfort-sur-le-Main et Harvard. Il a travaillé sur la théorie de la démocratie, notamment allemande. Il dirige actuellement une recherche comparative sur la démocratie participative et la démocratie de proximité en France, en Allemagne, au Brésil et aux Etats-Unis.

Note d’intention d’Yves Sintomer:
Un changement idéologique d’ampleur accompagne les transformations des modes de décision dans les démocraties contemporaines. Il passe par la valorisation systématique de certains thèmes: la discussion, la concertation, la participation, le partenariat… Des dispositifs nouveaux sont mis en place qui semblent permettre à ces motifs de prendre corps dans les pratiques. Parallèlement, les philosophies de la démocratie délibérative connaissent un succès croissant. Ces phénomènes attestent-ils de l’émergence d’un «nouvel esprit» de l’action publique et de la légitimité démocratique? Pour tenter de répondre à cette question, il faut éviter à la fois de prendre pour argent comptant des modèles normatifs qui plaquent souvent leurs désirs sur des pratiques sociales fort complexes, et de réduire ces discours à une simple légitimation idéologique de nouveaux modes de domination. On analysera donc les logiques et les contraintes propres à cette nouvelle grammaire de la politique, et on s’interrogera pour savoir si l’impératif délibératif qui émerge aujourd’hui est véritablement mis à l’épreuve dans les pratiques démocratiques.

Bibliographie:
- Porto Alegre, l’espoir d’une autre démocratie, en coll. avec M. Gret, La Découverte, Paris, 2002.
- La démocratie impossible? Politique et modernité chez Weber et Habermas, La Découverte, Paris, 1999.
- Démocratie et délibération, édité en coll. avec L. Blondiaux, Politix, Paris, printemps 2002.
- Les jurys citoyens de Berlin, en coll. avec E. Koehl, DIV-Cenre Marc Bloch, août 2002.
Site internet:
www.budget-participatif.org

Mercredi 04 décembre à 18h 30 auditorium
3 - L'impact des délibérations sur les décisions: les expériences du Danemark et des Pays-Bas
Avec
- LARS KLUVER, directeur du Danish board of technology, Danemark
- KOOS VAN DER BRUGGEN, Rathenau Institut, Hollande
- Discutant: Dominique Donnet-Kamel

Cette séance sera consacrée aux expériences danoises et néerlandaises de participation de profanes ou de groupes concernés de la population à l'évaluation d'enjeux scientifiques et technologiques. Le Danemark, puis les Pays Bas se sont révélés deux pays particulièrement créatifs et fondateurs de différentes méthodes de délibération qui ont essaimé dans le monde entier. Tous deux disposent de structures qui ont un double objectif, l'aide a la décision et la diffusion du débat dans la société. Au vu de leurs dix ans, et plus, d'expériences il s'agira de mieux comprendre les mécanismes en œuvre en amont de ces démarches participatives et l'évaluation de leurs impacts sur les décisions politiques, tant parlementaires que publiques.

Short Biography:
Dr. Koos van der Bruggen is a political scientist. and ethicist. He is working as a program coordinator for projects on biomedical technology at Rathenau Institute in The Hague. Rathenau Institute is the Dutch parliamentary TA organisation. Its task is to organise public debates and to support the political decision making on scientific and technological developments. Rathenau Institute organised projects and public debates on issues as cloning, transplantation medicine and genetics.

Courte biographie
Dr Koos van der Bruggen est un spécialiste de sciences politiques et d’éthique. Il coordonne les programmes des projets de technologie biomédicale au Rathenau Institute à la Hague. Cet institut est chargé de l’évaluation des technologies pour le parlement néerlandais. Sa mission est d’organiser les débats publics et de soutenir le processus de décision politique dans le domaine du développement scientifique et technologique. L’Institut Rathenau organisait des projets et des débats publics sur des enjeux comme le clonage, la transplantation dans le domaine de la médecine et la génétique.
Summary presentation

The presentation will focus on some concrete examples of debates that were organised by Rathenau Institute: a debate on cloning and (participatory) projects on replacement medicine and on procreation technologies (as IVF). An overview will be given of the content, the process and the results of these activities.

The following points for discussion will be presented:
First: even when debates have finished formally, in practice they often still continue. A societal debate does not start or stop on command, if only because new technologies in this field will inevitably come. One remarkable new development in the newspapers, and the debate starts all over again.

Second, it was clear that a debate on technologies as cloning cannot be seen isolated from other debates on biotechnological developments (such as genetic modification). This can also be seen in the points of most concern which different parties brought in debate: anxiety about the development of science, the effects for economic development, and concern for animal health. In that way the debates organised by Rathenau Institute were a continuation of earlier debates and will be followed by future discussions.

Third: When is a societal debate a success?
A conclusion that is often heard, is that these societal debates are not societal debates at all, but a series of meetings between a rather limited number of persons (scientists, ethicists, stakeholders, politicians, civil servants and some lay people). In other words: the public at large is not reached at all. There is some truth in this comment. Rathenau Institute puts a lot of energy in involving as many as possible participants in their debates. But we also acknowledge that issues as cloning will not be taken up by society as a whole. We have targeted on people, who are potentially interested. Directly or indirectly we have tried to reach these groups and I think in general we succeeded rather well. But I admit it could always be better. Perhaps some more co-operation with organisations on science communication will help.

Another conclusion is especially aimed at the role of Citizens Panels. How can Rathenau Institute delegate the formulation of its conclusions to a panel of emotional lay people? This last conclusion is refuted most easily. First, more formally, the conclusions of the Citizens Panel do not coincide with those of Rathenau Institute. And second, Citizens Panels are perhaps driven by emotional feelings, but in the way they work out their conclusions, arguments prevail. Citizens panels exist of lay people, but it is a paradox that they become experts themselves, and they realise that. But in spite of their knowledge they keep on acting and reacting as citizens with emotions and feelings. And let it be clear that emotions and feelings are not by definition a wrong starting point for discussions about ethical aspects of new technological developments. Academically spoken emotivism and intuitionalism are even traditional currents in ethics. Besides it can be shown that proponents of new technologies too do not always argue by rational arguments alone.
Résumé de la présentation

Ma présentation se focalisera sur certains exemples concrets de débats qui ont été organisés par l’Institut Rathenau: le débat sur le clonage et le projet participatif sur la médecine de substitution et sur les technologies de procréation. Une vue générale sera donnée sur le contenu, le processus et les résultats de ces activités.

J’aborderai les quatre points suivants:
Premièrement: même lorsque les débats sont formellement terminés, dans la pratique, ils se poursuivent souvent. Un débat de société ne démarre ni ne s’arrête sur commande, ne serait ce que parce que de nouvelles technologies ne cessent d’apparaître. Il suffit que l’une d’entre elles soit remarquée et reprise par les médias pour que le débat redémarre à nouveau.

Deuxièmement, il est clair qu’un débat sur les technologies comme celui sur le clonage ne peut être analysé isolement d’autres débats concernant le développement biotechnologique (comme la modification génétique). Il en est de même d’enjeux importants pour la société qui font émerger différentes sensibilités: l’anxiété concernant le développement de la science, les effets sur le développement économique et l’intérêt pour la santé animale. Dans ce sens, les débats organisés par l’Institut Rathenau étaient dans la continuité de débats antérieurs et seront suivis de discussions futures.

Troisièmement: quand peut-on dire qu’un débat de société est un succès?
Une conclusion souvent entendue, est que ces débats de société ne sont pas du tout des débats de société, mais une série de congrès entre un nombre de personnes très limité (scientifiques, éthiciens, porteurs d’intérêt, politiques, fonctionnaires et quelques profanes). En d’autres termes, le public dans son ensemble n’est pas concerné. Il y a un peu de vérité dans ce commentaire. Nous avons à l’institut Rathenau mis beaucoup d’énergie à entraîner le maximum de participants possible dans nos débats. Mais nous savons aussi que les enjeux comme le clonage ne concernent pas la société dans son ensemble. Nous avons ciblé certaines personnes, qui sont potentiellement intéressées. Directement ou indirectement nous avons essayé de les impliquer et je pense que nous avons en général bien réussi. Mais j’admets que cela pourrait être mieux. Peut-être devrions nous travailler plus en coopération avec des organisations spécialisées en communication scientifique?

Dans ma conclusion j’aborderai plus particulièrement le rôle des panels de citoyens. Comment l’Institut Rathenau peut-il déléguer la formulation de ses conclusions à un panel de personnes profanes et donc «émotionnelles»? Cette dernière remarque me semble pouvoir être réfutée facilement. Tout d’abord, les conclusions d’un panel de citoyens ne coïncident pas avec celles de l’Institut Rathenau. Deuxièmement, les panels de citoyens sont parfois conduits par leurs émotions, mais en général, dans leur façon de travailler, c’est la démarche d’argumentation qui prévaut. Les panels de citoyens sont composés de profanes, le paradoxe est qu’ils deviennent experts eux-mêmes, et en sont conscients. Mais en dépit de cette connaissance acquise, ils continuent d’agir et de réagir comme des citoyens avec leurs émotions et leurs sentiments. Et soyons clairs, les émotions et les sentiments ne sont pas, par définition, un mauvais point de départ pour discuter des aspects éthiques liés aux nouveaux développements technologiques. D’un point de vue académique, l’émotivité et l’intuition sont même des courants traditionnels en éthique. Toutefois, on peut démontrer que les partisans de nouvelles technologies ne se font pas toujours avec des arguments rationnels.

Relevant publicationsof Rathenau Institute on public debate
- Eijndhoven, Josee C.M. van. The unbearable lightness of the debate: the contribution of technology assessment to the debate about science and technology. (1997
- Cloning surrounded by concern: conclusions of the societal debate. June 1999;
- The Citizens’ Panel on Cloning seeks boundaries: final declaration. (1999),
- Biesboer, F. (et al.). Clones and cloning: the Dutch debate. (1999)

Short Biography:
Lars Klüver is since 1995 director of the Danish Board of Technology - the Danish parliamentary technology assessment institution. His has been at the Board since 1987, when he was project manager on the first consensus conference in which laypeople served as jury. He has a master on environmental biology and ecology from Copenhagen University (1984).

Biographie
Lars Klüver est directeur du Board of Technology danois – institution d’évaluation des technologies du parlement danois - depuis 1995. Il est membre de cette institution depuis 1987 date à laquelle il organisa en tant que chef de projet la première conférence de consensus dans laquelle des profanes furent recrutés comme jury.
Il est titulaire d’un master de biologie environnementale et d’écologie de l’université de Copenhague (1984).

Summary presentation:
Since its establishment in 1985, the Danish Board of Technology has had a focus on methodology development in technology assessment (TA). This has resulted in a broad toolbox, including innovations such as the laypeople consensus conference, the scenario workshop, the perspective workshop and a model for parliamentary hearings.

The complex nature of technological issues in the political and public terrain, and the resulting multitude of problem situations that technology assessment has to be able to handle, makes up the background for the need for a differentiated toolbox. But the toolbox cannot stand alone. A conscious institutional praxis around the analysis of the problem situation and freedom to take the necessary means into use are some of the institutional factors behind a comprehensive mode of work in TA.
The ability, freedom and, courage, to make use of participation in TA is an issue of special interest. Modern advisory functions, like TA, have to include an interactive approach in which the actors and stakeholders have the possibility to exchange knowledge, views and values, and to find pragmatic solutions together. In a sense, the era when the dogma was that experts only knew, and politicians only ruled is over. The lack of expert answers to important scientific, technical, as well as normative and political questions, places the expert in a role as only one contributor out of many to the finding of broadly accepted solutions to societal challenges. Anyone, who can contribute to the understanding and solution of such issues, becomes at the same time a target group and an important actor of TA. If TA accepts the new situation for policy analysis and advisory institutions, the use of participation is a direct consequence. However, the national political reality and the political culture make up important motivating or inhibiting background conditions for such a practise. In that respect, the institutionalisation of TA (or other policy analysis institutions) in itself is an important factor for innovation in public discourse on common political issues.

The turn from expert advise to management of process of dialogue and public negotiation means a change in the function of TA. Instead of making up its own recommendations, the TA unit begins to invite others to make their conclusions together. The way to look at the success of such an institution and its activities is changed accordingly. Instead of the having an “impact”, having a “role” begins to get more important.

The Danish Board of Technology is established as a self-governing institution, established by law, and connected to the Ministry of Science. The political culture of the Danish society in a way seems to have been a good environment for the development of a coherent methodology for Danish parliamentary technology assessment, and the institutional settings of the board might have furthered this development even more. However, there is growing evidence that the new methodological wave in policy analysis can be implemented in most democratic cultures. One obvious challenge for the future in Europe is to find means for the introduction of broader societal engagement in cross-border and transnational policymaking - to build up competencies, experience and confidence with participation that goes beyond the usual suspects.

Résumé de Lars Klüver
Depuis sa mise en place en 1985, le «Board of technology» danois s’est concentré sur le développement des méthodologies pour évaluer les technologies (en anglais, technology assessment ou TA). Ceci s’est traduit par la création d’une large «boite à outils», comprenant des innovations telles les conférences de consensus avec des panels de profanes, les scenario-workshops ou ateliers de scénario, les ateliers de perspective et un modèle particulier d’auditions parlementaires.
La nature complexe des enjeux technologiques dans le domaine politique et public ainsi que la multitude des situations que l’évaluation technologique doit pouvoir appréhender, expliquent fondamentalement le besoin de disposer d’une «boite à outils» très variée. Mais la «boite à outil» seule ne suffit pas. Une pratique institutionnelle et consciente de l’analyse des problèmes, ainsi que la liberté de choisir les moyens nécessaires à mettre en oeuvre sont les facteurs institutionnels clés qui sous tendent l’ensemble des modes de travail de l’évaluation des technologies.

La capacité, la liberté et le courage d’intégrer la participation des publics (en anglais, participative technology assessment ou pTA) dans le domaine de l’évaluation représente un enjeu d’intérêt particulier. Les fonctions modernes de nature consultative, comme l’évaluation des technologies, doivent introduire une approche interactive dans laquelle les acteurs et les porteurs d’intérêt ont la possibilité d’échanger de la connaissance, des points de vue et des valeurs, et de trouver ensemble des solutions pragmatiques. En un sens, l’époque où le dogme était que les experts savaient, et les politiques légiféraient, est terminé. Le fait qu’il y ait une absence de réponse des experts aux questions importantes, tant scientifiques, techniques que normatives et politiques, placent ceux ci dans un simple rôle de participant, parmi d’autres, à la définition de solutions largement acceptées, pour répondre à des enjeux de société. Quel que soit la personne, dès lors qu’elle peut contribuer à la compréhension ou à la résolution de tels enjeux, elle devient à la fois une cible et un acteur important de l’évaluation. Si l’évaluation des technologies (TA) admet cette situation nouvelle qui s’applique à l’analyse des politiques et aux institutions consultatives, la démarche de participation est une conséquence directe. Toutefois, la réalité politique nationale, et la culture politique font qu’il existe un terrain favorable ou au contraire, inhibiteur pour de telles pratiques. Dans cette optique, l’institutionnalisation de la TA (ou d’autres institutions chargées de l’analyse politique) en soi est un important facteur pour l’innovation dans le discours politique sur des enjeux courants de politique.

Le tournant de l’évaluation, partant de l’avis d’experts pour aller vers la conduite de processus de dialogue et de négociations publiques, exprime un changement dans la fonction même de l’évaluation. Au lieu de faire ses propres recommandations, la TA commence par encourager les groupes d’acteurs à produire, dans un processus collectif, leurs propres conclusions. La façon d’analyser le succès des institutions chargées de la TA et de leurs activités change également. Au lieu d’avoir un impact, c’est d’avoir un rôle qui tend à devenir plus important.

Le Board of technology danois a été mise en place comme une institution autonome, «self-governing», défini par la loi, et rattaché au ministère de la science. La culture politique au Danemark semble avoir été un bon environnement pour le développement de méthodologies cohérentes pour l’évaluation des technologies du parlement danois, et, en retour, les différentes innovations institutionnelles que le Board a développé ont certainement fait progresser encore plus ce développement. Toutefois, il existe une évidence grandissante que la vague méthodologique liée à la participation dans l’analyse des politiques peut également être implantée dans la plupart des cultures démocratiques. Le défi pour l’avenir européen est de trouver des moyens pour introduire un engagement élargi de la société dans des pratiques politiques transnationales et trans-frontières, de construire des compétences dans cette démarche de participation, une expérience et une confiance qui permettront de dépasser les suspicions habituelles.

Some interesting references:
1) Vig and Paschen (2000): Parliaments and technology. State University of New York Press.
2) Klüver et al.: EUROPTA report. http://www.tekno.dk/europta
3) Science and Public Policy, October 1999, Vol. 26, No. 5. Special issue on public participation, edited by Simon Joss.

Mercredi 11 décembre à 18h 30 auditorium
4 - Sciences, techniques, politique: quels liens d'hier à aujourd'hui?
avec
- AMY DAHAN, Chargée de recherche, CNRS, Centre Alexandre Koyré
- CHRISTOPHE BONNEUIL, Chargé de recherche, CNRS, Centre Alexandre Koyré
- Discutant: Michel CALLON
Cette séance permet d'aborder la question plus générale des rapports entre science et politique (et éventuellement économie) en France au cours des dernières décennies. Possible contraste avec d'autres pays Le but est de montrer une éventuelle continuité, discontinuité. Y a-t-il ou non un nouveau régime, de nouveaux acteurs, de nouvelles exigences. Si oui pourquoi? Les orateurs peuvent ne pas être d'accord.

Biographie
Amy Dahan Dalmedico est directeur de Recherche au CNRS, Directeur-adjoint du Centre Alexandre Koyré. Elle a été Maître de Conférence à l’Ecole polytechnique en Histoire et Philosophie des sciences, de 1988 à 2002.
Ses principaux thèmes de recherche sont:
- Savoirs et communautés mathématiques, XIXè- XXè siècles;
- Mathématiques appliquées et interactions avec d'autres champs;
- La science du chaos;
- Les mathématiques dans les représentations de la scientificité.
Depuis quelques années, elle s’est orientée dans l’étude des pratiques nouvelles de modélisations. Elle anime en particulier un programme de recherche sur «Modélisations, simulations et gestion des systèmes complexes»

Résumé d’Amy Dahan (Centre Alexandre Koyré)
De nombreux auteurs soulignent le caractère radicalement nouveau des modes de production et d’insertion des savoirs scientifiques et techniques dans les sociétés contemporaines. Je tenterai de mettre en perspective historique cette question. Mon exposé s’articulera autour de trois parties, résumées chacune par une thèse:

1) La science a toujours été “impure”: depuis l’époque moderne, au moins, elle a entretenu des rapports complexes, intimes et multiples tant au marché qu’au politique et les hommes de sciences ont été insérés dans des réseaux sociaux larges touchant les mondes du pouvoir et de l’économie. La notion de science "pure" (versus science appliquée ou finalisée) est d'ailleurs une notion qui n'apparaît qu'après la Révolution française et se construit progressivement au cours du XIXè siècle, en partie comme une auto-représentation de la communauté savante. En prenant quelques exemples choisis à l'âge de Galilée, de la Révolution française, de l'expansion coloniale ou de la deuxième guerre et les années 1950, nous illustrerons comment ces ancrages de la science dans leur contexte social, culturel, politique et économique donnèrent à la science des méthodes, des procédures de preuve, des objets, des concepts et des frontières très variables et historiquement situés.

2)La science est encore plus “impure”, depuis deux décennies.
Pour autant, cela ne signifie pas que d'importantes transformations des rapports entre science et société ne se sont pas produites dans les dernières décennies. Quatre mutations nous semblent marquantes dans la science contemporaine:
- du point de vue des objets et des problèmes: globalité, complexité, interdisciplinarité, régression du réductionnisme; importance des outils techniques (ordinateur) et méthodes de simulations qui permettent de les appréhender.
- Un pilotage plus direct de la production des savoirs par le marché et le développement de marchés privés et de brevets sur des méthodes de recherche et des connaissances fondamentales
- Si la co-construction de domaines scientifiques avec l’émergence d’une demande socio-politique d'expertise n’est pas nouvelle, on assiste aujourd’hui de plus en plus fréquemment au développement d’objets ayant d’emblée un caractère scientifico-politique et construits pour être mobilisés dans des négociations politiques (exemples de modèles dans les questions d’environnement)
- La mise en débat des savoirs, le désenclavement des institutions scientifiques et l’investissement des «profanes» dans des arènes de négociation de l'innovation autrefois réservées aux chercheurs, aux décideurs politiques et aux responsables économiques (cas des associations de malades et de victimes, du débat OGM, etc.)

3)Le problème de la gouvernance ne s'en pose que de manière plus aiguë
Ce mouvement de désenclavement et d'irruption des profanes ne signifie pas pour autant que les sciences soient désormais entrées en démocratie. D'une part, car bien des domaines restent ésotériques et opaques donc rétifs à une appropriation large (exemple: le modèle RAINS des pollutions atmosphériques). Au delà de quelques exemples encourageants, la “coproduction” des savoirs par les profanes se heurte à la question de l'asymétrie des capacités de recherche et d'expertise entre les différents acteurs. Enfin, il faudra souvent veiller à ce que certaines formes de "démocratisation" de la science ne conduisent à une "scientisation" de la démocratie.

Bibliographie:
Sur la première partie:
- M.Biagioli Galileo courtier, J.Bennett, B. Belhoste, A.Dahan Dalmedico, D. Pestre & A. Picon (eds.), La France des X, Paris, Dunod, 1995.
- B. Belhoste, A. Dahan-Dalmedico, A.Picon (eds), La formation polytechnicienne (1794-1994), Paris, Dunod, 1994, 476 p.
- B.Belhoste La formation d’une technocratie; l’Ecole polytechnique et ses élèves, de la Révolution au Second Empire, Paris, Belin, à paraître
- A.Dahan & D.Pestre Les sciences dans et pour la guerre, 1940-1960. Presses de l’EHESS, à paraître.
Sur la seconde partie
- D. Pestre La science, le pouvoir et l’argent. Essai sur les sciences, l’économique et le politique aujourd’hui, à paraître
- A.Dahan & M.Armatte, Modèles et modélisations, 1950-2000: nouvelles pratiques, nouveaux enjeux, Revue d’Histoire des Sciences, à paraître, 2003.
- M. Gibbons & al. The new production of knowledge, London, Sage, 1994.
Sur la troisième partie
- U.Becq La société du risque ed.fr. Paris, Flammarion, 2001
- M.Callon, P.Lascoumes &Y.Barthes, Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique, Paris, Seuil, 2001.

Résumé de Christophe Bonneuil
En France, comme ailleurs, les dernières décennies ont connu d'importantes transformations des rapports entre science et société.
D'une part, l'Etat «entrepreneur de science» des trente glorieuses, soutien de la recherche "fondamentale" pratiquée par des communautés savantes fonctionnarisées en expansion, tend à s'essouffler, tandis que s'affirme un pilotage plus direct de la production des savoirs par le marché. S'est alors déréglé un contrat tacite entre science et société qui prenait sens dans un compromis social plus large marqué par la prééminence d'un Etat interventionniste, redistributeur, nucléarisé et moderniste.
D'autre part, la période récente est marquée par une distanciation de la société par rapport au «progrès», par l'irruption des questions de risque dans l'espace public, par une demande de maîtrise sociale de la technoscience, et par l'investissement des «profanes» dans des arènes de gouvernance de la recherche autrefois réservées au triangle chercheur-décideur public-entrepreneur. On verra à travers plusieurs exemples pris dans le domaine de la santé où des biotechnologies agricoles, qu'ont émergé dans la société civile de nouvelles formes d'appropriation et de production des savoirs, face aux structures étatiques ou privées de recherche, d'innovation et d'expertise,
Cette double intrusion des «marchands» et des «profanes» dans la science peut conduire certains à la nostalgie d'un âge d'or passé. Elle représente surtout un formidable défi pour l'avenir: inventer un nouveau contrat entre science et société.

Bibliographie
- BOY (Daniel), Le progrès en procès, Paris, Presses de la Renaissance, 1999.
- CALLON (Michel), LASCOUMES (Pierre) et BARTHES (Yannick), Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique, Paris, Seuil, 2001.
- DODIER (Nicolas), Comment saisir les transformations en cours dans la gestion des risques collectifs? Une approche sociologique issue de l'épidémie de sida, Actes de la 18e séance du séminaire du GIS Risques Collectifs et situations de crise, Paris, Cnrs, 2002
- JOLY (Pierre-Benoît), ASSOULINE (Gérald), KRÉZIAK (Dominique), LEMARIÉ (Juliette), MARRIS (Claire) et ROY (Alexis), L’Innovation controversée: le débat public sur les OGM en France, Rapport de recherche, Paris, Inra, 2000.
- NOWOTNY Helga et. al. (2001), Re-thinking Science. Knowledge and the Public in an Age of Uncertainty, Cambridge UK, Polity Press.
- PESTRE (Dominique), La science, le pouvoir et l'argent. Essai sur les sciences, l’économique et le politique aujourd’hui, à paraître

Biographie
Christophe Bonneuil est historien, chargé de recherche au Centre Koyré d'histoire des sciences et des techniques (CNRS). Après dix années de recherche sur les questions "science, nature, colonialisme", il travaille actuellement en collaboration avec des sociologues sur la dynamique de la controverse publique sur les Organismes Génétiquement Modifiés depuis 1974, en particulier sur la façon dont les mobilisations sociales s'articulent avec des réorganisations dans le champ de la recherche et des changements de cadrage de l'expertise.

Pour plus de renseignements:
- http://www.ehess.fr/centres/koyre/personnes/bonneuil.htm
- http://penserlessciences.free.fr

Mercredi 18 décembre à 18h 30 auditorium
5 - La participation des citoyens dans la décision: le point de vue des politiques
avec
- PATRICK BRAOUEZEC, député maire de Saint Denis
- JEAN-YVES LE DEAUT, député, vice-président de l'office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST)
- Discutant: Roland SCHAER

Lors de cette séance, deux hommes politiques français, Jean Yves LE DÉAUT et Patrick BRAOUZEC, impliqués à des titres divers dans la gestion de dossiers ou de controverses technologiques au plan national ou local, vont analyser les lignes de tension qui sont apparues dans leurs expériences respectives de débats et de participation des citoyens. Ils seront invités a évaluer du point de vue de leur mandat électif ce que ces expériences apportent a la vie démocratique ou, au contraire, les risques qu'elles lui font courir. Quels sont les impacts de ces différentes démarches sur la prise de décision elle même.

Mercredi 08 janvier à 18h 30 auditorium
6 - Les enjeux des démarches délibératives pour les entreprises
avec
- YVES LE BARS, Président du conseil d'administration l’ANDRA
- JEAN CLAUDE BOUILLET, Directeur fréquences et protection de Bouygues Telecom
- Discutant Daniel Boy

Mercredi 15 janvier à 18h 30 auditorium
7 - Où sont les nouvelles frontières de la démocratie?
avec
- DANIEL BOY, directeur de recherche au Centre d'étude de la vie politique française, Sciences Po, Paris
- MICHEL CALLON, directeur de recherche à l'Ecole des Mines