Bernard Williams
1929-2003
Le philosophe anglais Bernard Bernard Williams est mort le 10 juin 2003.
Presse
Bibliographie,
Bibliographie détaillée
(ouvrages, coopération,
édition, préfaces,
introductions)
Bibliographie détaillée au format
rtf.
Presse:
- Pascal Engel: Bernard
Williams, philosophe analytique humaniste britannique (ou ici)
- The
Guardian: Professor Sir Bernard Williams
- Une sélection
de titres de Bernard Williams et sur Bernard W.
Utilitarianism, For and Against, by J. J. C. Smart and Bernard Williams, Cambridge University Press, 1990
Sur bernard Williams:
World, Mind and Ethics. Essays on the Ethical Philosophy of Bernard
Williams, Edited by J.E.J. Altham and Ross Harrison, Cambridge University
Press, 237 pages, 1995
Williams, Bernard Arthur Owen, Ethics and the limits of philosophy, London : Fontana press, 1985. 230 p. ISBN 0-00-197171-9
Williams, Bernard Arthur Owen, La fortune morale: moralité et autres essais, trad. de l'anglais par Jean Lelaidier. Paris : Presses universitaires de France, 1994. X-358 p. Note: Recueil d'articles publiés entre 1972 et 1990. ISBN 2-13-046269-3
Williams, Bernard Arthur Owen, La honte et la nécessité, trad. de l'anglais par Jean Lelaidier. Traduction de : Shame and necessity. Paris : Presses universitaires de France, 1997. 261 p. Note: Texte de conférences données à l'Université de Californie, Berkeley, au printemps 1989. ISBN 2-13-048173-6
Williams, Bernard Arthur Owen, L'Éthique et les limites de la philosophie, trad. de l'anglais par Marie-Anne Lescourret. Traduction de : Ethics and the limits of philosophy. Paris: Gallimard, 1990. XIX-243 p. NRF essais. ISBN 2-07-072134-5
Williams, Bernard Arthur Owen, Making sense of humanity and other philosophical papers: 1982-1993, Cambridge university press, cop. 1995. XII-251 p. ISBN 0-521-47279-2
Williams, Bernard Arthur Owen, Moral luck: philosophical papers, 1973-1980, Cambridge university press, 1981. XI-173 p. ISBN 0-521-24372-6
Williams, Bernard Arthur Owen, Morality: an introduction to ethics, Cambridge university press, 1993. 112 p. ISBN 0-521-29071-6
Williams, Bernard Arthur Owen, Platon: l'invention de la philosophie, trad. de l'anglais par Ghislain Chaufour. Traduction de : Plato, the invention of philosophy. Paris : Éd. du Seuil, 2000. 94 p. ISBN 2-02-037466-8
Williams, Bernard Arthur Owen, Problems of the self: philosophical papers, 1956-1972, Cambridge university press, 1991. VII-267 p. ISBN 0-521-29060-0
Williams, Bernard Arthur Owen, Shame and necessity, Berkeley : University of California press, 1993. 254 p. ISBN 0-520-08046-7
Williams, Bernard Arthur Owen, Truth & truthfulness: an
essay in genealogy, Princeton (N.J.) : Princeton university press,
cop. 2002. XI-328 p. ISBN 0-691-10276-7
Smart, John Jamieson Carswell et Williams, Bernard Arthur Owen, Utilitarismo: un confronto, J. J. C. Smart, Bernard Williams. Napoli : Bibliopolis, 1985. 168 p. ISBN 88-7088-115-6
Smart, John Jamieson Carswell et Williams, Bernard Arthur Owen,
Utilitarianism: for and against, J. J. C. Smart, Bernard Williams.
Cambridge university press, 1985. 155 p. ISBN 0-521-20297-3
Descartes, René, Meditations on first philosophy: with selections from the Objections and replies, transl. by John Cottingham ; with an introd. by Bernard Williams. Cambridge university press, 1989. XXIV-120 p. (trad. de : "Meditationes de prima philosophia", et d'extraits de : "Adjectae sunt variae objectiones-cum responsionibus authoris"). ISBN 0-521-32966-3 (rel.). ISBN 0-521-33857-3 (br.)
Institute of education (Londres), Education and values: the Richard Peters lectures, delivered at the Institute of Education, University of London, Spring term, 1985 ; Alasdair MacIntyre, Anthony Quinton, Bernard Williams ; ed. and with an introd. by Graham Haydon ; foreward by Paul H. Hirst. London : Institute of education, 1987. IX-65 p. ISBN 0-85473-272-1
Krebs, Angelika, Ethics of nature: a map, Angelika Krebs ; with a foreword by Bernard Williams. Berlin ; New York : W. de Gruyter, 1999. XII-162 p. ISBN 3-11-015829-9
Smart, John Jamieson Carswell, Utilitarisme: le pour et le contre, J.J.C. Smart et Bernard Williams ; trad. Hugues Poltier ; avant-propos de Mark Hunyadi. Traduction de : Utilitarianism, for & against. Genève : Labor et Fides, 1997. VII-141 p. ISBN 2-8309-0825-2
Utilitarianism and beyond, ed. by Amartya Sen and Bernard Williams. Cambridge university press ; Paris : Ed. de la Maison des sciences de l'homme, 1991. VII-290 p. ISBN 0-521-28771-5
Peut-on à la fois être un philosophe analytique et écrire avec profondeur sur Homère, Nietzsche, l'opéra, la politique et la littérature ? Pratiquer la dialectique la plus acérée tout en prêtant la plus grande attention aux sentiments et à l'histoire ? Bernard Williams, qui est mort mardi 10 juin à l'âge de 73 ans, combinait de façon rare toutes ces qualités.
PUR PRODUIT D'OXFORD
Né le 21 septembre 1929, Bernard Williams était un pur produit de l'éducation d'Oxford. Une solide culture classique et la fréquentation des maîtres de la philosophie du langage ordinaire, John Austin et Gilbert Ryle, en firent l'un des plus brillants représentants de cette école à la fin des années 1950. Ryle disait de lui qu'avant même que son interlocuteur ait pu dire un mot, il avait vu toutes les objections possibles et toutes les réponses possibles à ces objections.
Professeur à Londres, puis à Cambridge et Oxford - qu'il quitta un temps, lassé du thatchérisme, pour Berkeley -, Bernard Williams eut une carrière académique brillante. Dès son premier livre, Morality (1971), il prit ses distances avec le style abstrait de la philosophie morale analytique. Aux grandes questions méta-éthiques (comme celle du sens des énoncés moraux ou de l'existence des valeurs) il préférait l'examen de cas concrets et d'expériences de pensée comme dans Problems of the Self (1973) qui contient des essais classiques sur la "décision de croire" et sur l'identité personnelle.
Son remarquable Descartes (1978) parut un peu trop analytique à nos historiens français de la philosophie, mais il fut à l'origine du renouveau des études cartésiennes dans les pays de langue anglaise. Comme Rawls, Williams fut un critique sévère de l'utilitarisme, mais à la différence de celui-ci, il n'avait aucune sympathie pour l'éthique kantienne.
Son livre le plus célèbre, L'Ethique et les limites de la philosophie (1985, Gallimard 1990), attaque toutes les formes d'objectivisme en éthique. En psychologie morale, sa critique des théories qui favorisent des raisons d'agir "externes" à l'agent (il n'y a que des raisons "internes") le rapproche de Hume. L'accent qu'il met sur le "Comment vivre ?" socratique plutôt que sur le "Que dois-je faire ?" kantien est en partie responsable du regain d'intérêt pour l'éthique de la vertu et pour ce qu'il appelait les concepts "épais" (comme "courageux" ou "traître") plutôt que "fins" (comme "bon" ou "juste").
Si Williams pouvait être impitoyable pour ses adversaires, il n'entendait pas défendre lui-même un système, et soutenait, comme dans La Fortune morale (1981, PUF 1994), que la justesse d'une action peut dépendre des circonstances et même du hasard. Il développe cette conception dans La Honte et la Nécessité (1993, PUF 1997), qui oppose le thème de la honte chez les anciens aux morales modernes de la culpabilité, et replace les émotions au centre de la vie pratique.
MAUVAIS NIETZSCHÉENS
Cet amour des Grecs, qui ne l'avait jamais quitté, et ce souci d'aborder l'éthique sous un angle historique le rapprochèrent de Nietzsche, en particulier dans Truth and Truthfulness (2002, à paraître chez Gallimard), qui élabore une "généalogie" des "vertus de vérité" (sincérité, exactitude). Il y montre, contre les mauvais nietzschéens, qu'on peut critiquer l'idée de connaissance morale sans tomber dans le relativisme et le mépris pour la valeur de vérité, et que l'opposition au scientisme en philosophie n'implique pas la renonciation aux idéaux de la raison.
Jamais aussi bien que dans ce dernier livre, peut-être son plus grand, Bernard Williams n'a montré comment la philosophie rigoureuse et claire peut faire pièce avec un sens profond de ce qu'Isaiah Berlin, un penseur avec lequel il avait de nombreuses affinités, appelait "le bois noueux de l'humanité".
Pascal Engel