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Bernard Williams
1929-2003

Le philosophe anglais Bernard Bernard Williams est mort le 10 juin 2003.

Presse
Bibliographie,
Bibliographie détaillée (ouvrages, coopération, édition, préfaces, introductions)
Bibliographie détaillée au format rtf.
 



Presse:
- Pascal Engel: Bernard Williams, philosophe analytique humaniste britannique (ou ici)
- The Guardian: Professor Sir Bernard Williams
- Une sélection de titres de Bernard Williams et sur Bernard W.




Bibliography (partielle):
Truth and Truthfulness. An Essay in Genealogy, Princeton University Press, 336 pages, September 2002
Plato: The Invention of Philosophy (Routledge, 1998, 1999)
Making Sense of Humanity. And Other Philosophical Essays 1982-1993. Cambridge University Press, 263 pages, 1995
Shame and Necessity, University of California Press 1994.
Ethics and the Limits of Philosophy (Harvard University Press 1986; 1993)
Moral Luck. Philosophical Papers 1973-1980, Cambridge University Press, 192 pages, 1982
Descartes: The Project of Pure Enquiry (1978)
Problems of the Self . Philosophical Papers, 1956-1972, Cambridge University Press, 274 pages, 1973 (1994)
Morality: An Introduction to Ethic, Cambridge University Press, 120 pages, 1972 (1993)
Protest, Reform and Revolution (1969)

Utilitarianism, For and Against, by J. J. C. Smart and Bernard Williams, Cambridge University Press, 1990

Sur bernard Williams:
World, Mind and Ethics. Essays on the Ethical Philosophy of Bernard Williams, Edited by J.E.J. Altham and Ross Harrison, Cambridge University Press, 237 pages, 1995




Bibliographie détaillée
Ouvrages
En coopération
Édition, préfaces, introductions




Bernard Williams, philosophe analytique humaniste britannique
LE MONDE 17.06.03

Peut-on à la fois être un philosophe analytique et écrire avec profondeur sur Homère, Nietzsche, l'opéra, la politique et la littérature ? Pratiquer la dialectique la plus acérée tout en prêtant la plus grande attention aux sentiments et à l'histoire ? Bernard Williams, qui est mort mardi 10 juin à l'âge de 73 ans, combinait de façon rare toutes ces qualités.

 
Il n'était pas seulement la figure la plus importante de la philosophie morale britannique et l'un des plus grands penseurs de ce temps. Il était aussi un humaniste et un intellectuel profondément engagé dans la vie publique, comme lorsqu'il dirigea en 1976 le Comité sur l'obscénité et la censure. "Je m'occupais, dira-t-il plus tard avec humour, de tous les vices majeurs - le jeu, la drogue, la pornographie et les public schools."

PUR PRODUIT D'OXFORD

Né le 21 septembre 1929, Bernard Williams était un pur produit de l'éducation d'Oxford. Une solide culture classique et la fréquentation des maîtres de la philosophie du langage ordinaire, John Austin et Gilbert Ryle, en firent l'un des plus brillants représentants de cette école à la fin des années 1950. Ryle disait de lui qu'avant même que son interlocuteur ait pu dire un mot, il avait vu toutes les objections possibles et toutes les réponses possibles à ces objections.

Professeur à Londres, puis à Cambridge et Oxford - qu'il quitta un temps, lassé du thatchérisme, pour Berkeley -, Bernard Williams eut une carrière académique brillante. Dès son premier livre, Morality (1971), il prit ses distances avec le style abstrait de la philosophie morale analytique. Aux grandes questions méta-éthiques (comme celle du sens des énoncés moraux ou de l'existence des valeurs) il préférait l'examen de cas concrets et d'expériences de pensée comme dans Problems of the Self (1973) qui contient des essais classiques sur la "décision de croire" et sur l'identité personnelle.

Son remarquable Descartes (1978) parut un peu trop analytique à nos historiens français de la philosophie, mais il fut à l'origine du renouveau des études cartésiennes dans les pays de langue anglaise. Comme Rawls, Williams fut un critique sévère de l'utilitarisme, mais à la différence de celui-ci, il n'avait aucune sympathie pour l'éthique kantienne.

Son livre le plus célèbre, L'Ethique et les limites de la philosophie (1985, Gallimard 1990), attaque toutes les formes d'objectivisme en éthique. En psychologie morale, sa critique des théories qui favorisent des raisons d'agir "externes" à l'agent (il n'y a que des raisons "internes") le rapproche de Hume. L'accent qu'il met sur le "Comment vivre ?" socratique plutôt que sur le "Que dois-je faire ?" kantien est en partie responsable du regain d'intérêt pour l'éthique de la vertu et pour ce qu'il appelait les concepts "épais" (comme "courageux" ou "traître") plutôt que "fins" (comme "bon" ou "juste").

Si Williams pouvait être impitoyable pour ses adversaires, il n'entendait pas défendre lui-même un système, et soutenait, comme dans La Fortune morale (1981, PUF 1994), que la justesse d'une action peut dépendre des circonstances et même du hasard. Il développe cette conception dans La Honte et la Nécessité (1993, PUF 1997), qui oppose le thème de la honte chez les anciens aux morales modernes de la culpabilité, et replace les émotions au centre de la vie pratique.

MAUVAIS NIETZSCHÉENS

Cet amour des Grecs, qui ne l'avait jamais quitté, et ce souci d'aborder l'éthique sous un angle historique le rapprochèrent de Nietzsche, en particulier dans Truth and Truthfulness (2002, à paraître chez Gallimard), qui élabore une "généalogie" des "vertus de vérité" (sincérité, exactitude). Il y montre, contre les mauvais nietzschéens, qu'on peut critiquer l'idée de connaissance morale sans tomber dans le relativisme et le mépris pour la valeur de vérité, et que l'opposition au scientisme en philosophie n'implique pas la renonciation aux idéaux de la raison.

Jamais aussi bien que dans ce dernier livre, peut-être son plus grand, Bernard Williams n'a montré comment la philosophie rigoureuse et claire peut faire pièce avec un sens profond de ce qu'Isaiah Berlin, un penseur avec lequel il avait de nombreuses affinités, appelait "le bois noueux de l'humanité".

Pascal Engel