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Notule bibliographique

Asensio Juan, Essai sur l'oeuvre de George Steiner. La parole souffle sur notre poussière, L’Harmattan, 2001. ISBN: 2-7475-0751-3.

La table des matières. L'auteur. Recension.

Présentation:

Nous avons tenté, en faisant dialoguer l'œuvre de Steiner avec d'autres œuvres qu'il admire (celles de Benjamin, de Kraus, de Kierkegaard) ou qu'il passe étrangement sous silence (comme celles de Bernanos ou de Bloy), de la placer sous un éclairage inhabituel : à nos yeux, l'auteur de Réelles présences est moins l'évident critique à l'intransigeante plume que l'exceptionnel sondeur du Mal. Car le siècle passé, qui a été le siècle de l'horreur absolue, n'a peut-être pas fini de nous livrer son noir secret: le Mal, le visage sordide et défiguré du Mal, que l'Occident depuis des siècles s'est complu à revêtir des masques les plus divers, est d'abord une bouche, n'est peut-être même qu'une bouche, prolixe et enjôleuse, de laquelle sort le flot noir du mensonge. C'est ainsi que Karl Kraus pouvait prétendre de façon paradoxale que le premier conflit mondial, avec ses millions de morts, était pourtant peu de chose si on le comparait à la destruction du langage opérée par le mensonge de la propagande. Steiner lui-même est dans ces pages l'héritier de ces auteurs qu'il a nommés pour s'en éloigner : logocrates, Pierre Boutang dont il était l'ami, Martin Heidegger ou Joseph de Maistre. Ceux-ci ont tenté de penser la question d'une détérioration du langage par la banalité et le mensonge, agissant comme une maladie, un cancer. Cette question est, dans l'œuvre de George Steiner, première, séminale ; non pas seulement le goût et le respect pour la culture classique ; non pas seulement le déchirant dialogue avec un christianisme beaucoup trop proche pour ne pas se ficher, dans la chair du penseur, comme une écharde de plus en plus pointue et blessante ; non pas même enfin la terrible question de Dieu. J'irais jusqu'à dire que la blessure que constitue, pour tout Juif, le mystère dévorant de la Shoah, n'est qu'une conséquence extrême du Mal, de ces paroles néfastes délivrées par la bouche de A. H., ce fantôme malfaisant, cet homme creux croupissant sur une terre dévastée.
Placée sous un tel éclairage, nous donnons à l'œuvre de ce penseur respecté mais bien souvent décrié sa place véritable, rien moins que vitale pour notre siècle : en sondant les ténèbres, nul doute que George Steiner nous enseigne de quelle réelle présence la réflexion contemporaine doit se charger si elle veut ne pas s'enfoncer piteusement dans la tourbière de la futilité et du bavardage.


Recension

Recension dans le Figaro Littéraire du 7 février par Sébastien Lapque:

« Dans un bel essai consacré à l’auteur de Passions impunies, Juan Asensio s’attarde […] sur les « relations compliquées, profondes, à la fois sombres et par moments festives », qu'entretient le christianisme avec la survivance juive et dont témoigne la belle et mystérieuse amitié entre Boutang et Steiner : « Cette rencontre entre Boutang et Steiner ne peut-être que la préfiguration redoutable - car une espèce de présence dangereuse rôde autour de ces deux hommes lorsqu’ils dialoguent, comme un ange terrible qui les oblige à dénuder leur vérité commune et pourtant indéracinablement autre - de la rencontre entre le Judaïsme et le Christianisme, appelés l’un et l’autre, tous deux appelés, non pas à nouer de plus inextricables liens que
ceux qui les unissent depuis deux millénaires […], mais à éclaircir ces derniers. » Nous sommes loin des catégories racornies d’un œcuménisme bêtifiant : certains agents de la circulation idéologique s’en effraieront. N’importe. »


L'auteur

L'auteur, Juan Asensio, a mené des études de littérature et de philosophie. Son objet de recherche, qu'il n'a jamais cru devoir séparer d'une exigence personnelle d'écriture, concerne la question du Mal, sa représentation dans les œuvres d'auteurs tels que Trakl, Conrad, Faulkner, Bernanos ou encore Sabato.
Il collabore à la revue Dialectique.


Table des matières

Avant-propos

Première partie — Le miroir infini du langage

 Chapitre 1 — Au commencement...
 ... était, est et sera : l'Infini
 Vexilla regis prodeunt inferni
 Incausto tinguit Mors inimica suo
 L'Infini dévoilé

 Chapitre 2 — Le mystère de la destitution
 Première rencontre avec le Démon ?
 Le mystère du langage

 Chapitre 3 — L'ombre portée du secret
 Les plus anciens rêves du langage
 Oeil d'or de l'origine, patience obscure de la fin, dit Trakl
 

Deuxième partie — Nous sommes tout près, Seigneur...

 Chapitre 1 — La lecture appelle et invoque : Dieu ?
 La lecture comme transparence de l'amitié
 Dieu à la lettre ?

 Chapitre 2 — Dieu encore une fois, sa présence voilée au creux de l'art
 Steiner, fou de Dieu
 Tête-à-tête sombre et limpide, dit Baudelaire...

 Chapitre 3 — Réelle présence est-elle l'absence de Dieu ?
 George Steiner et la voie négative
 Le long samedi de l'Occident comme épiphanie de l'insignifiance ?
 

Troisième partie — Ce que dit la bouche d'ombre ou la face noire du langage

Chapitre 1 — Portrait défiguré du Mal ; de l'artiste et de son face à face envoûté avec l'horreur ; enfin, de notre siècle
 Préambule.
 I am in blood, stepped in so far...
 Identification du démoniaque selon George Steiner

Chapitre 2 — La bouche d'ombre ou la corruption du langage
 Au siècle naissant, chemine l'ombre de l'effroi
 Le langage dans le bourbier de la Grande Guerre

Chapitre 3 — La mise à mort du Verbe
 La monotone ondée du sous-langage, pâture de l'homme médiocre
Sur Le Transport de A. H. Sur Monsieur Ouine. Sur la littérature considérée comme un trou noir
 Le Mal est une bouche, sa parole est de feu
 De l'Antichrist, d'Adolf Hitler, de la langue juive
La tentation de donner visage au Mal. Une “hypothèse de travail” séduisante : la Chute
 

Quatrième partie — Auschwitz et le Golgotha

Chapitre 1 — Auschwitz et la fin de la Raison
 Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit...
Impatience messianique et refus du Christ
L'aporie d'Auschwitz ou le triomphe de la Machine
L'aporie d'Auschwitz : l'image de l'Enfer
Auschwitz : le Golgotha en creux ? Un réquisitoire ambigu contre le christianisme

 Chapitre 2 — Israël face aux Nations
 Une haine surnaturelle récompensant un crime qui l'est aussi
 Le reste d'Israël, peuple hors-la-terre

Conclusion - Le secret de George Steiner
 
 
 
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