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Notule bibliographique
 

Caroline Guendouz « La philosophie de la sensation de Maurice Pradines. Espace et genèse de l’esprit ». Olms
 

Retraçant son itinéraire philosophique dans Beau Voyage, quelques mois avant sa mort, Maurice Pradines (1874-1958), résume sa philosophie de la sensation par cet adage : « Nihil est in sensu quod non prius fuerit in intellectu ». Pour l’auteur de la Philosophie de la sensation, la sensation est, en effet, originairement intelligente : elle n’a de légitimité biologique qu’en tant qu’elle donne quelque chose à comprendre. Renvoyant dos-à-dos le sensualisme (qui construit l’intelligence sur une sensation dénuée d’esprit) et le rationalisme (qui prétend trouver l’esprit dans une raison transcendante ), Pradines inscrit l’intentionnalité au cœur de la physiologie de la sensation. Percevoir, pour un vivant, c’est d’abord percevoir quelque chose qui intéresse la vie, à savoir un danger à écarter ou un objet à conquérir. Aussi n’est-il guère surprenant que le sens ultime de la sensation soit l’espace : elle est le signe d’une distance à déployer ou, au contraire, à réduire. Les phénomènes psychiques ne peuvent être des données immédiates puisqu’ils font sens dans la stricte mesure où l’espace les élabore en même temps qu’il se construit. Les fondements d’une psychologie conséquente peuvent, dès lors, être posés. Elle consistera à saisir la genèse de l’esprit à partir du sens biologique de la sensation, c’est-à-dire d’une spatialité pensée elle-même comme « genèse première ».

 Relating his philosophical itinerary, in Beau Voyage, a few months before his death, Maurice Pradines (1874-1958) summarises his philosophy of sensation by this adage : “Nihil est in sensu quod non prius fuerit in intellectu”. According to the author of Philosophie de la sensation, sensation is actually originally intelligent : it has biological legitimacy to the extend that it gives something to understand. While he dismisses both sensualism (which builds intelligence on a sensation devoid of mind) and rationalism (which claims to find the mind in a transcendent reason), Pradines places intentionality at the heart of the physiology of sensation. For a living-being, perceiving is mainly to perceive something which is significant for life, that is to say a danger to avoid or an object to appropriate. Therefore, it is scarcely surprising that the ultimate meaning of sensation is space. Sensation is the sign of a distance which has to be increased or, on the contrary, has to be reduced. Psychic phenomena cannot be immediate data since they have meaning only if space elaborates them while it constructs itself. Then the foundations of a consistent psychology can be laid. This psychology will consist of grasping the mind’s genesis from the biological meaning of sensation, that is to say a spatiality which should be conceived as a “primary genesis”.
 

– Notule de l’éditeur
 
 
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