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Notule bibliographique
 

Lestel Dominique, Les origines animales de la culture, Ed. Flammarion, 2001.

Table:
Chap. I: Des animaux-machines aux animaux de culture.
Chap. II: Médiations de l’action chez l’animal.
Chap. III: Animal de culture(s).
Chap. IV: Est-ce que les animaux disent quelque chose à quelqu’un ?. Paradoxes et complexités des communications animales.
Chap. V: L’animal comme sujet.
Chap. VI: Vers une ethnographie des mondes animaux.

- "Dans la perspective évolutionniste que j’ai adoptée, le comportement culturel est le signe d’une complexité cognitive de niveau supérieur. La tradition philosophique ne s’y est d’ailleurs pas trompée, en considérant qu’un caractère distinctif de l’espèce humaine était précisément celui de la culture. Un objectif de ce livre est de montrer à la fois que cette idée n’est plus soutenable (les animaux ont des sociétés pour lesquelles une notion de culture peut s’appliquer) et que cette idée est fondamentalement problématique (les cultures animales ne sont pas des cultures humaines). La conséquence en est perturbante: nous devons accepter l’idée qu’il existe une pluralité de cultures, non quantitativement (ce à quoi on avait fini par s’habituer avec l’ethnologie), mais par nature porteuses de caractéristiques différentes. Une culture se distingue de la société par la complexité des phénomènes sociaux mis en jeu et par la transformation de l’animal impliqué en sujet. C’est là la thèse centrale du livre. Il n’y a pas de culture sans sujet (parce que la culture est précisément l’occasion de sociétés à sujets) et il y a des espèces de sujets chez les animaux. C’est la révolution de l’éthologie contemporaine. Qu’elle reste inaperçue, y compris chez la plupart des éthologues, est à verser sur le compte de l’ironie divine. Ou de L’Histoire. Cette thèse du sujet animal n’est pas triviale. Elle est potentiellement traumatisante. C’est la quatrième blessure narcissique apportée par la révolution invisible de l’éthologie contemporaine: après Copernic, Darwin et Freud, l’éthologie montre que nous vivons dans un monde dans lequel coexiste une pluralité de sujets, même si les sujets animaux ne sont pas superposables aux sujets humains. (...) Une deuxième idée centrale du livre est de montrer qu’il existe une petite minorité de penseurs et de philosophes de culture allemande et d’inspiration phénoménologique, ainsi que quelques biologistes (en particulier scandinaves, baltes et russes), qui ont commencé à fournir des outils et des directions de recherche pour penser l’idée selon laquelle certains animaux sont des sujets. Les travaux des éthologues sur les cultures animales sont empiriquement très riches, surtout depuis dix ans, et conceptuellement très pauvres ; ceux des philosophes sont conceptuellement fascinants et empiriquement inadéquats. Il est temps d’établir la jonction entre ces espaces. C’est l’ambition de ce livre ; je ne prétends pas y être parvenu. La tâche est immense et le travail à accomplir reste concidérable. Mais les enjeux sous-jacents sont énormes. Rien de moins que l’identité de l’homme comme humain, c’est-à-dire la question majeure du XXIe siècle."
Extrait: pp. 330-331.
 
 
 
 
 
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