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Notule bibliographique
 

Phénoménologie : un siècle de philosophie, ouvrage dirigé par Pascal Dupond et Laurent Cournarie, Ellipses, 2002, coll. "Philo" dirigée par J.-P. Zarader, 256 p.

Présentation. Table des matières. Avant-propos (au format rtf, avec les notes).
 
 



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Avant-propos:
Les multiples visages de la phénoménologie

Pascal Dupond et Laurent Cournarie

«Quel est celui pour qui, dans sa vie de philosophe, la «philosophie» a jamais cessé d’être une énigme?» demande Husserl dans un appendice de la Crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale ? La question vaut aussi bien pour le phénoménologue à l’égard de la phénoménologie: quel est le phénoménologue pour qui la phénoménologie a jamais cessé d’être en question dans son effort récurrent pour se fonder et peut-être pour réaliser, par son inachèvement et donc son histoire ouverte, l’idée de philosophie ?

Parce que cette histoire de la phénoménologie couvre l’ensemble du 20e siècle, que la phénoménologie fait «époque» dans la philosophie contemporaine en contribuant largement à son renouvellement tant par la nouveauté de sa méthode que par la diversité de ses objets, il a semblé utile de procéder à un inventaire des acquis, de la fécondité et de la plasticité théoriques dont la phénoménologie a su faire preuve. Sans doute la philosophie continue-t-elle à côté et au-delà de la phénoménologie. Mais la philosophie peut-elle rompre définitivement avec la phénoménologie si celle-ci répond à l’étonnement devant l’apparaître  dont elle s’efforce de saisir l’essence et d’épeler les formes ?
 
 

Sous le titre «Phénoménologie et histoire», J. Taminiaux, après avoir rappelé les grandes approches philosophiques de l’histoire, chez Hegel et chez Nieztsche, s’attache à dégager ce que peuvent être, pour la phénoménologie - Husserl et Heidegger essentiellement - les conditions de possibilité de l’historicité. Si la praxis est bien le terrain phénoménal de l’historicisation, peut-être est-ce le dernier Husserl, avec le thème du Lebenswelt, que l’on peut trouver les fondations d’une phénoménologie de l’histoire.

Avant d’être phénoménologie de l’histoire, la phénoménologie est engagée dans sa propre histoire, et celle-ci n’a jamais cessé d’être un retour, fidèle et critique, à l’œuvre de son fondateur. Comment faire droit à l’œuvre de Husserl? B. Barsotti en souligne fortement la dimension rationaliste. Contre toutes ses réceptions, toutes «plus surdéterminées les unes que les autres», tant dans le champ de la phénoménologie que dans les traditions qui lui sont extérieures, comme la philosophie analytique par exemple, il faut relire Husserl en considérant que sa question directrice est celle de «l’advenir de la raison dans le temps». Et on se demandera alors si, après un siècle de multiples développements, la phénoménologie a vraiment répondu à la vocation que lui assignait Husserl.

Toute phénoménologie est sans doute un essai de refondation de la phénoménologie. Non seulement la phénoménologie assume en notre siècle, comme l’assure J.-L. Marion, «le rôle de la philosophie» , en tant qu’elle en entreprend un nouveau commencement, mais l’histoire même de la phénoménologie se présente comme une répétition, de son commencement. La phénoménologie n’est ni une école ni une doctrine philosophique mais une nouvelle méthode pour philosopher, riche de multiples possibilités originales. L’histoire de la phénoménologie contient aussi bien les voies empruntées et délaissées par Husserl lui-même que les «hérésies issues de Husserl» . Parmi ces «hérésies», J. Greish parcourt quatre figures, dominantes dans l’université française, et qui sont autant de refondations de la phénoménologie: la greffe herméneutique de P. Ricœur, la phénoménologie matérielle de M. Henry, la phénoménologie génétique de M. Richir, et enfin la phénoménologie de la donation de J.-L. Marion.

La philosophie d’E. Lévinas est-elle à mettre au compte de ces refondations  ? Il se pourrait que l’expérience du regard d’autrui engage une redéfinition radicale de l’intentionalité, un affranchissement par rapport au paradigme de l’intentionalitéobjectivante et du «voir phénoménologique» ? L’article de F. Guibal se demande quel peut être le statut de la subjectivité dans cette esquisse d’une phénoménologie de l’archi-éthique telle que la philosophie de Lévinas, à la jointure «de l’élection et la loi, du singulier et de l’universel», entre Kant et Kierkegaard.

Si la phénoménologie n’a d’autre exigence que son effacement devant le phénomène dont elle est le logos, on peut se demander ce qui est pour elle proprement phénomène, phénomène «en un sens insigne». Commentant le Séminaire de Zähringen de Heidegger, en chemin vers l’«extrême phénoménologie», la «phénoménologie de l’inapparent», G. Guest affronte cette question: la possibilité de la phénoménologie se porte à son extrême, parvient au comble du voir phénoménologique, au moment où elle cherche à penser ce qui, demeurant en retrait, requiert, en tant qu’inapparent, la phénoménologie .

Quel sens et quel rôle doit-on attribuer à la subjectivité dans l’apparaître des phénomènes? R. Barbaras présente  la phénoménologie «asubjective» de Patocka en montrant que dans une phénoménologie du mouvement, la subjectivité inhérente à la structure de l’apparaîtredoit être comprise comme une subjectivité finie, non constituante mais co-déterminante de la phénoménalité, incarnée, immanente au monde. Dans le mouvement vivant, l’être et l’apparaître coïncident absolument: si l’apparaître est l’apparaître d’un monde, le sujet auquel le monde apparaît est action et non pensée. Le moi est l’être-auprès-de-soi du mouvement.

La phénoménologie, en quête d’une pensée du sujet, d’une figure de l’ego en-deçà du sujet connaissant qui domine la tradition métaphysique, est ainsi conduite à approfondir le sens de l’action: si la réduction phénoménologique a su affirmer l’irréductibilité de l’être de l’ego à l’objectivité, l’exploration de sa vie transcendantale doit renoncer à la problématique de l’intentionalité. A l’instar de Patocka, M. Henry recherche dans la «théorie ontologique de l’action» de Maine de Biran, la voie d’une pensée originaire de l’ipséité, c’est-à-dire finalement, comme l’explique J. Soulès d’une refondation de la phénoménologie dans une philosophie qui fait de la conscience non la condition de la manifestation mais la manifestation originaire. La phénoménologie est à recommencer comme phénoménologie de l’essence de la manifestation: phénoménologie de la manifestation immanente, c’est-à-dire phénoménologie de la vie.

On voit ainsi qu’on ne peut s’interroger sur la phénoménologie sans s’interroger sur son origine, sur l’origine qu’elle est en permanence. En effet, pour Maldiney, comme le souligne S. Brunel, la phénoménologie répète à sa façon la première parole de la philosophie et, avant elle, du mythe, pour dire l’entrelacement invisible du logos et des choses, du fondement et du fond dont  la compréhension est irréductiblement sensible et pathique.

La phénoménologie a trouvé un terrain propice à son renouvellement dans le champ esthétique. H. Escoubas développe ainsi l’hypothèse que la peinture, notamment la peinture abstraite, est la mise en œuvre «du faire-monde du monde, de l’apparaître de ce qui apparaît» et que, par cette fonction de manifestation, elle est identique à la tâche de la phénoménologie. La peinture, en demandant à l’expérience elle-même son propre sens , est une phénoménologie en acte.

On comprend ainsi l’importance de Cézanne dans la méditation de Merleau-Ponty. Comme le montre P. Leconte, le nom de Cézanne est le «nom d’un style dont l’œuvre est le corps», la célébration de la co-naissance du sujet et du monde par l’effort inchoatif de rendre visible la vision elle-même, d’accomplir «la visibilité du visible».

Déjà Husserl indiquait la parenté entre le «voir phénoménologie» et l’intuition esthétique . H. Arendt développe ce thème en dégageant l’entre-appartenance, au sein de la culture, de l’art et du monde. L’œuvre d’art est un objet qui n’existe que pour apparaître au monde et se maintenir au monde en appelant les hommes à l’exercice d’un sens commun. Par là, il atteste de la possibilité d’une communauté humaine. Autrement dit, comme le montre D. Lories, une phénoménologie de l’art est éminemment une phénoménologie politique.

On reconnaîtra enfin que, si l’art est une expérience phénoménologique privilégiée, c’est parce qu’en maintenant l’apparaître dans le plus propre de son ouverture, il a le pouvoir de célébrer la facticité originaire de l’être au monde, l’affinité inengendrable du sujet humain et du monde. M. Saison explique ainsi comment chez M. Dufrenne, l’art est l’occasion pour l’homme de participer à la puissance poétique de la «nature naturante». Au-delà de l’art, la phénoménologie est reconduite à une philosophie de la nature.
 
 

Le lecteur peut constater la diversité et l’originalité des prolongements de l’œuvre de Husserl au 20e siècle: plus grande est une pensée, plus grand l’impensé qu’elle lègue à la postérité pour une reprise créatrice.



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4 ème de couverture

«Quel est celui pour qui, dans sa vie de philosophe, la «philosophie» a jamais cessé d’être une énigme?» demande Husserl dans un appendice de la Crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale? La question vaut aussi bien pour le phénoménologue à l’égard de la phénoménologie: quel est le phénoménologue pour qui la phénoménologie a jamais cessé d’être en question dans son effort récurrent pour se fonder et peut-être pour réaliser, par son inachèvement et donc son histoire ouverte, l’idée de philosophie?

A travers les études réunies dans le présent ouvrage, consacrées à E. Husserl, M. Heidegger, J. Patocka, M. Merleau-Ponty, E. Lévinas, H. Arendt, H. Maldiney, M. Dufrenne, M. Henry, sans oublier  P. Ricœur, M. Richir ou J.-L. Marion, le lecteur est invité à découvrir la diversité et l’originalité de la phénoménologie qui a largement inspirée la pensée philosophique du XXè siècle. Cette nouvelle manière de philosopher se trouve ainsi présentée dans son histoire fondatrice et les multiples visages de son œuvre présente.
 
 




Tables des matières
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Avant-propos: Les multiples visages de la phénoménologie
P. Dupond et L. Cournarie 3

Phénoménologie et histoire
J. Taminiaux 7
I. Hegel d’abord
II. Nietzsche 12
III. Conclusion 17

Le rationalisme husserlien
B. Barsotti 21
I. Les trois controverses 21
II. Raison et intentionalité 23
III. Raison et langage 32
IV. En quel sens ne sommes-nous pas husserliens? 43
 

Les yeux de Husserl en France: Les tentatives de refondation
de la phénoménologie dans la deuxième moitié du XXe siècle
J. Greisch 45
I. Introduction 45
II. «Les yeux de Husserl» 46
III. Le nouveau paysage de la phénoménologie française 49
IV. Les entreprises de refondation 55
V. Conclusion 71
VI. Bibliographie générale 73

Entre Kant et Kierkegaard: Le sens de la subjectivité selon E. Levinas
F. Guibal 75
I. L’éthique comme philosophie première 76
II. Loi du Même, loi de l’Autre 80
III. Unicité et élection 84
IV. Le harcèlement de l’amour 90
V. Autrement Dit 96

Aux confins del'inapparent (L'extrême phénoménologie de Heidegger)
G. Guest 99

La phénominologie du mouvement chez Patocka
R. Barbaras 129

L'ouvert interieur.
Manifestation originaire et pensee de l’être chez Michel Henry
J. Soulès 139
I. La question perdue : Qu'est-ce que l'homme ? 139
II. La voie d'une pensee de 1'«Originaire », ipséité 146
III. La voie obturée 149
IV. La voie ouverte 155
V. « La doctrine mère » 159

La question de l'origine : Henri Maldiney et la phénoménologie
S. Brunel 177
I. La dimension ontologique de la phénoménologie 178
II. Le dire phénoménologique 182
III. Le sens du pathique 183

Essai d'une phénoménologie de l'espace pictural
E. Escoubas 187
I. Le tableau n'est pas une portion d'espace, mais un mode de l'apparaître 188
II. Le tableau abstrait : le rythme comme entrelacs de formes tectoniques 190
et de formes energétiques

Cézanne chez Merleau-Ponty
P. Leconte 195
I. L' experience de voir 196
II. Le peintre apporte son corps 200
III. La profondeur 206

Pour une phénoménologie politique de l'art.
L'œuvre et le monde chez Arendt
D. Lories 217
I. Du monde a l'essence de l'art 217
II. Au sein du monde : l’œuvre 223
III. L'édification d'un monde 223
IV. L’art et le sens commun 227
V. Le goût et le monde de la culture 229

Le matérialisme poétique et la puissance du fond :
La philosophie de la nature selon Mikel Dufrenne
M. Saison 233
I. Portrait d’un exote 233
II. La parrt du risque 234
III. Principaux livres publiés par Mikel Dufrenne 247

Index Nominum 249
 

Ont participé à cet ouvrage:  R. Barbaras, B. Barsotti, S. Brunel, H. Escoubas, J. Greish, G. Guest, F. Guibal, P. Leconte, D. Lories, M. Saison, J. Soulès,  J. Taminiaux.

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