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La revue Multitudes rend disponible la plupart des articles qu'elle a publiés (sauf ceux des 2 derniers numéros): http://www.samizdat.net/multitudes .
 



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Multitudes 12 Printemps 2003: Féminismes, queer, multitudes; Devenir-femme du travail et de la politique, Border, Act-Up et les devenirs minoritaires, Biotechnologies et biopouvoir (sommaire et résumé des articles).
 
 
 



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Sommaire du numéro 1, numéro 2, numéro 9, numéro 10
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Multitudes Numéro 11. hiver 2003


N° 10/ Octobre 2002
Capitalisme cognitif, développement, normativité/ Reflux des gauches en Europe: déclin ou redéfinition? /  Ilan Pappé/ Éloge du pillage .
En Tête. Sommaire. Résumés des articles.
 


La drôle de paix
Par Yann Moulier-Boutang

La Pax americana promise par Bush senior au sortir de la guerre du Golfe est-elle effective ? À en juger par la transformation de la guerre, cette paix est une drôle de paix. Après la rhétorique de la guerre totale contre la drogue, toujours à refaire, voilà un an que nous sommes dans « la guerre sans fin contre le terrorisme ». Qu'il soit chaotique, combattant ou les deux à la fois, l'ordre impérial est passablement instable, avec dans le rôle du chour tragique qui voit, commente tout et ne fait rien, l'Europe des vieilles Nations.
 Si Al Quaeda est toujours là dans le rôle du méchant, si l'Irak assis sur des barils de pétrole et quelques détonateurs nucléaires et sociaux (la question kurde, la question chiite) fait figure d'Etat voyou (il y a eu Cuba, la Syrie, la Libye.), c'est que le monde n'est pas plus pacifique depuis le 11 septembre. Business as usual: 15 millions de personnes paupérisées dans une Argentine vouée au sort du Brésil, Nigeria au bord de la cessation de paiement amusant sa galerie intérieure en lapidant les femmes adultères, gouvernement sud africain persistant dans son déni du virus du sida et son refus de développer un plan massif de prise en charge de la population séropositive par des programmes d'accès aux trithérapies et, à quelques encablures de l'Europe, des femmes bombes humaines du désespoir palestinien.

 Rien de nouveau sous le soleil ?
 Tout le monde n'est pas Keynes, mais la crise boursière et financière (la sixième au moins depuis 1985) redonne des couleurs à ceux qui voient le capitalisme aller dans le mur à l'échelle globale. Les partisans d'une « autre mondialisation » sortent des marges de la contestation. Après Georges Soros, le spéculateur qui fit tomber la livre sterling, devenu soudain très inquiet, c'est l'un des grands argentiers du sérail de la Banque Mondiale, Joseph Stiglitz, qui écrit un brûlot sur les conséquences économiques de la dette du Sud et des politiques du FMI. Dans nombre de têtes, et pas seulement chez les révolutionnaires romantiques, la messe du libéralisme est dite.
 Ceux qui voient l'écroulement au coin de la rue sous-estiment les capacités d' autocorrection du capitalisme, qui ne sont pas dues à on ne sait quelle loi naturelle » du marché, ou respect de grands principes intangibles défendus par les vestales de l'école de Chicago, mais à l'étendue des compromis qu'il est capable de passer avec la société quand cette dernière sait se défendre comme disait Foucault. Mais en même temps, ils appréhendent mieux les transformations en cours que ceux qui se contentent de leur certitude qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil de l'exploitation.
 Nous penchons méthodiquement, par plaisir et par souci éthique, du côté de ceux qui voient le changement dans les grains de sable. Trois raisons peut-être à ce parti pris. Tout d'abord l'hypothèse différentialiste (surtout en histoire où rien ne se répète jamais) est plus proche des savoirs dont nous avons besoin que le repérage des invariants qui conduit, lui, à un surplace pratique et à la paresse déguisée en érudition.. La deuxième raison est que le capitalisme se transforme en profondeur. S'il va dans le mur, c'est faute de se transformer, ce n'est pas la transformation qui l'y conduit. Le néolibéralisme n'est que l'habit usé de cette mutation du dragon. Ne jamais perdre de vue cette mutation.. L' article de Naxos dans ce numéro est une véritable leçon à l'usage des militants du XXI° siècle: quoi qu'on pense du boycott des produits israéliens, il est essentiel de comprendre comment l'économie de l'Etat hébreu s'est transformée en direction d'un capitalisme reposant sur la connaissance et sur l'anti-terrorisme. La troisième raison, plus générale encore, est le souci d'augmenter la puissance d'agir et non l'étendue du désespoir, si mauvais conseiller. La conjoncture que brasse ce numéro nous offre plusieurs occasions d'illustrer ce parti pris. Il définit un peu le style qui unit ces contributions qu'elles traitent de la crise du politique et de la représentation « républicaine » et « partidaire» après l' effondrement de la gauche plurielle française, du nationalisme en Afrique du Sud, de la monnaie « nationale » au Brésil et en Argentine, ou de la composition d'une trans-classe sociale inventant, consommant et fabriquant l'une des premières industries du monde, celle des logiciels de jeux électroniques.

 Quelques mots sur la crise financière
 Nous devons nous réjouir de l'échec retentissant des grandes firmes de la communication dans leur tentative d'annexer purement et simplement les biens connaissances à la logique de l'accumulation marchande. La production de biens connaissances en réseau possède une vertu magique-diabolique, une sorte de légende de Midas à l'envers. Elle produit des merveilles, mais dès qu'on veut la transformer en or, le réseau se change en cendres. Contrairement à ce qu'ont prétendu les analystes financiers, prophètes a posteriori, les carnets d'adresse vendus aux ogres de la communication, n' étaient pas du vent; mais les réseaux de coopération gratuite ou désintéressée ne se changent pas impunément en listings pour le virus marketing. Les barons et grands ducs de la « bonne vieille économie » (tout aussi spéculative, prenez les pertes des compagnies aériennes, de la sidérurgie, de la construction automobile) pensent que la chute du Nasdaq est le triomphe du réalisme sur tout ce qu'il y avait d'utopique, et disons de libérateur, ou au moins de sympathique, dans la « nouvelle économie ». Ils croient à un retour de cette bonne vieille économie, avec des vrais et bons droits de propriété, des brevets, des droits d'auteurs enfin respectés. Mais il se pourrait que le dégonflement en cours de la bulle financière témoigne justement du contraire: d' une incapacité de l'économie capitaliste à avaler par le marché (la carotte) ou par la hiérarchie (le bâton) la puissance consolidée du travail immatériel, de l'innovation et de la coopération par réseau. C'est cette puissance qui empêche une marchandisation banale d'Internet.
 Cette défaite des méthodes soft d'absorption de la coopération explique que les méthodes dures pointent le nez (interventionnisme croissant de l'État dans l' Internet non pour consolider les aspects innovateurs des nouveaux biens publics, mais pour réaliser une accumulation primitive avec une idéologie de « sécurité » et d' « antiterrorisme »). Mais la répression de l' Internet et sa réduction à un pauvre intranet, mais le bridage des ordinateurs personnels et privés tuent la poule aux oeufs d'or.
 Si bien que la nouvelle équation du capitalisme, son grand dilemme est maintenant: ou bien on revient à la vieille économie, et c'est la stagnation, ou bien on choisit résolument la croissance et les nouveaux besoins cognitifs, et cela implique une libération vis-à-vis des vieux rapports de production (droits de propriété, structure du salariat du XIX° et XX° siècle). En ce sens, la défaite de l' e-economy liquide les espoirs de l'aile réformiste du capitalisme de passer de façon douce (et démocratique) au troisième capitalisme. Est en train de s' ouvrir une divergence, moins stratégique que tactique, entre l'aile conservatrice et l'aile marchante de l'accumulation.
 Aujourd'hui l'incapacité des marchés à s'accorder (à former une opinion commune) sur une estimation des principaux outils productifs (entreprises, réseaux, nouvelles technologies, normes comptables) correspond à une montée du risque global. Le terrorisme et le 11 septembre ne sont que la pâle représentation, le corrélat mineur du risque qui devient systémique, non seulement au niveau financier, mais surtout au niveau directement politique. La guerre fait partie de la gouvernance économique, car il semble apparemment plus facile de forger une opinion commune ou majoritaire autour du terrorisme qu'autour de la valeur d'Enron, de France Telecom, de Vivendi, d'AOL.com, etc...). Mais en apparence seulement, car sur la guerre banalisée, il n'y a plus systématiquement accord. En revanche, sur la guerre intérieure, l'accord est là: interdiction de Batasuna, projection d'une fantasmagorie antiterroriste sur des mouvements sociaux bien ciblés, extradition de Paolo Persichetti.

 Pour sa dixième livraison, Multitudes change de présentation. La précédente était due à Aris Papatheodorou qu'il faut saluer ici pour l'impulsion décisive qu'il sut donner à la fondation de la revue. Dès le numéro 5, comme il l'avait annoncé, Aris avait passé la main pour se consacrer à l'absorbante et indispensable tâche d'animation du collectif. Dès lors que son concepteur n'était plus impliqué directement dans la préparation de la revue, la maquette courait le risque de se figer.
 Entre-temps Ludovic Burel et Regular, artistes et graphistes avaient rejoint le comité de rédaction. Ils ont imaginé une nouvelle Icône, une nouvelle couverture et une nouvelle mise en page qui nous ont séduits. Le lecteur, lui, devrait y trouver une amélioration technique de la revue, une plus grande cohérence des thèmes abordés par les images, mais aussi et surtout la recherche évolutive d'une forme matérielle de Multitudes au diapason de son contenu.
 Dans ce numéro, Ludovic Burel et Regular ont voulu explorer visuellement et conceptuellement, tels les commissaires d'une petite exposition, une invitation à la recherche sur un thème éminemment présent dans la société de l'information et de l'informatique: celui du bug. Le bruit, le parasitage ou mitage des flux de données, l'incertain, l'indéfini dans l'univers numérique, les mythes et les histoires réelles que se sont construits autour du bug se trouvent suggérés sous des points de vue brouillés à leur tour. Le bug s'invite en couverture, désormais en rabat de la couverture, en quatrième, et un peu partout dans le numéro.


Sommaire

EN TETE . La drôle de paix (par Yann Moulier-Boutang)

 MAJEURE :  Capitalisme cognitif, développement, normativité.
- Carlo Vercellone : Les politiques de développement à l'heure du capitalisme cognitif
- Naxos  : La nouvelle économie d'Israël et l'Intifada.
- Nick Dyer-Witheford : Sur la contestation du capital cognitif. Composition de classe de l'industrie des jeux vidéo et sur  ordinateur
- Giuseppe Cocco : La monnaie d'Alice entre la crise argentine et la guerre brésilienne
- Thierry Brugvin : Effets de l'application des normes fondamentales de travail, sur les clauses sociales.
- Franco Barchiesi : L'éclatement de la nation sud-africaine minée par la mondialisation

INSERT
Ariel Kyrou : Éloge du pillage

MINEURE: Reflux des gauches en Europe: déclin  historique ou nouveaux agencements ?
- Yann Moulier Boutang : Crise du politique, destitution constituante.
- Entretien avec Alain Bertho par Maurizio Lazzarato : L'épuisement du communisme et de la forme parti
- Bernard Dreano :  Trois exigences, deux nécessités.
- Omar Munoz-Cremers : Pim Fortuyn , ou la persistance du rêve communautariste aux Pays-Bas (présentation de Noortje Marres et Patrice Riemens)
- Raùl Sanchez : Un printemps  de  conjonctions sociales  en Espagne.
- Giselle Donnard : Sur quelles subjectivités joue l'extrême droite ?
- Andrea Fumagalli : Histoire du mouvement antiglobalisation en Italie
- Antonella Corsani et Maurizio Lazzarato : Le revenu garanti comme processus constituant

HORS CHAMPS
Entretien d' Ilan Pappé avec Amaya el-Bacha: L'Université israélienne contre la liberté de penser.
 

LIENS
- Alain Jugnon : Le temps, les films, la vie.
- Saverio Ansaldi : Avec Dante. Les Noms de la multitude (sur le livre de Giorgio Passerone)
 
 


Résumés


Naxos: La nouvelle économie d'Israël et l'Intifada
  - Dans les dernières années, le capitalisme israélien a accompli des changements fondamentaux. Une composition de classe entièrement nouvelle résulte de l' émigration soviétique des années 90. Les marchés pour les produits israéliens traditionnels se sont trouvés réduits. Internet a créé les conditions pour l' exportation de produits de haute valeur ajoutée mobilisant du travail immatériel qui est venue remplacer les précédents produits à basse valeur ajoutée et à coûts de transport élevés. La nature de cette économie de la connaissance ouvre de nouvelles possibilités pour l'insertion dans l'économie mondiale. Une nouvelle force de travail techniquement qualifiée se montre ainsi en capacité de créer les flux d'innovations qui constituent les prérequis à l'existence de grandes sociétés capitalistes actuelles ou de l'époque précédente (recherche et sélection de start-up prometteuses). Entre autres choses, les sociétés israéliennes sont particulièrement bien placées pour satisfaire la demande de produits biomédicaux.
 - In recent years the Israeli economy has undergone fundamental changes. An entirely new class composition was created by the ex-Soviet migrations of the 1990s. Markets for traditional Israeli produce became more restricted. The Internet created the conditions for transnational exports of high-value immaterial labour (knowledge) products to replace previous low-value products with high transit costs. And the nature of the new knowledge economies opened new interstitial possibilities for insertion. A new and technically skilled workforce proves capable of creating the flows of innovation that are the precondition for the survival of the large capitalist firms of this and the preceding era (head-hunting of promising new start-ups). Among other things, Israeli companies are particularly well-suited to meet the new demand for biomedical products.
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 Franco Barchiesi: L'éclatement de la nation sud-africaine minée par la Mondialisation
 - Cet article discute de la transformation de l'économie et de la société sud-africaine en relation avec l'insertion du pays dans l'Empire. La spécificité sud-africaine est largement due au rôle central joué par le prolétariat d'usine dans l'effondrement de l'apartheid. Le néolibéralisme et l'entrée dans l'Empire doivent être compris dans ce cas comme des réponses de l'état à une composition de classe qui s'est organisée sur le lieu de travail pour résister à l'imposition de la discipline salariale. La reformulation du discours nationaliste par l'ANC pour se plier aux exigences de la mondialisation capitaliste et l'adoption d'un agenda néolibéral ont entraîné l'abdication de la souveraineté de l'état comme véhicule du contrôle par la citoyenneté sociale. De nouveaux mouvements composés pour l'essentiel des exclus du travail salarié ont émergé pour contester les choix de l'ANC. Ces mouvements n'ont pas de programme souverainiste et ne veulent pas déléguer la résistance à l'état. Dans leur écart aux mythologies nationaliste et salariale, ils rendent claire la nature biopolitique des courants de contestation actuels et combinent les luttes à la base avec les capacités cognitives de réappropriation.
 - This article discusses changes in post-apartheid South Africa's economy and society in relation to the country's re-insertion in the Empire. South Africa's specificity in the African context is largely related to the crucial role played in this case by the factory proletariat in defining the collapse of apartheid. Therefore, neoliberalism and the entry in the Empire in this case have to be understood in terms of state responses to a class composition that starting from workplace organisation has expressed a resistance to the imposition of wage labour discipline. While the government of the African National Congress has successfully recodified its nationalist discourse to suit the requirements of capitalist globalisation and liberalization, this process has also been very contradictory. The adoption of a neoliberal agenda has, in particular, emphasized the ANC's abdication from state sovereignty as a vehicle of strategies of control based on social citizenship. New movements, largely made of multitudes left out of waged employment, have therefore emerged to challenge the ANC's pro-Empire choice. However, these movements are not based on a " souverainniste " agenda, or on delegation to the state of resistance to the Empire. Rather, in their conscious departure from nationalist and wage-based mythologies, they clarify the biopolitical nature of current processes of contestation and are able to combine grassroots struggles with cognitive abilities of reappropriation.
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 Nick Dyer-Whitheford:Composition de classe de l'industrie des jeux vidéo et sur Ordinateur
 - Si le capital cognitif constitue un régime mettant sur le marché des processus digitalisés fonctionnant en réseaux, les jeux vidéo et sur ordinateur sont parmi ses composantes les plus importantes. L'article traite de la constitution transnationale d'une industrie des jeux dans laquelle le logiciel joue un rôle central. La composition de classe formée de " travailleurs de la connaissance ", de " prosumers ", et du " nouveau prolétariat du Hard " est mise en évidence ainsi que les pratiques de lutte et de résistance du secteur. Il conclut sur les virtualités subversives et transformatrices des jeux.
 - If cognitive capital is a regime commodifying digitalized and networked processes, video and computer games are among its most important components. The article examines the transnational constitution of the game industry in which software plays a central role. The composition of the class formed by information workers, prosumers and the new proletariat of the hard-drive is explored, as well as the practices of struggle and resistance proper to this sector. The article concludes with the subversive and transformative virtualities of games.
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 Thierry Brugvin: Effet sur les clauses sociales de l'application des normes fondamentales de travail
 - On considère généralement que les droits fondamentaux des travailleurs sont bien respectés dans les pays industrialisés tandis qu'ils sont très souvent bafoués dans les pays du Sud. Dans la mesure où la réalité est autrement plus complexe, cette analyse, si elle ne résistait pas à la réalité, risque d'avoir des conséquences parfois inattendues lorsqu'il s'agira de lier l'application des normes sociales aux sanctions commerciales à travers des clauses sociales ou des codes de conduite. Nous procéderons à une comparaison de l'application des sept normes fondamentales du travail, afin d'évaluer les conséquences qui pourraient en résulter sur l'application des clauses ou des codes de conduite.
 - It is commonly assumed that whilst fundamental worker's rights are well respected in the industrialised countries, they are scorned in the developing world. In so far as the reality is really far more complex, this analysis, if it cannot stand up to reality, lays itself open to sometimes unintended consequences when it ties the application of social norms to commercial sanctions through social clauses or codes of practise. We move on to a comparison of the application of seven fundamental working standards in order to evaluate the consequences, which could result from the application of clauses or codes of conduct.
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 Giuseppe Cocco: La monnaie d'alice entre la crise Argentine et la guerre Brésilienne
 - Dans cet article, on discute de la crise de l'État et de la souveraineté qui traverse le sous-continent américain. L'instabilité de l'Argentine est comparée à l'apparente et précaire stabilité du Brésil. Au four et à mesure que la crise monétaire broye l'économie et la société argentines, le Brésil est secoué par une guerre civile non déclarée. La confiance qui manque à la monnaie en Argentine prend la forme d'un manque de société au Brésil, résultat d'une inégalité qui traverse les différentes phases de développement du pays. On analyse donc la spécificité de la forme de l'Etat développementiste qui se développe par un syncrétisme entre la tradition coloniale et le modernisme corporatiste et, dans cette perspective, les ambiguïtés théoriques et politiques de la gauche vis-à-vis d'un système de privilèges qui permet la perpétuation d'un système social inique.
 - This article examines the crisis of sovereignty currently sweeping South America. Argentina's instability is compared to Brazil's apparent and precarious stability. As the monetary crisis grinds the Argentine economy and society, Brazil is shaken by an undeclared civil war. The confidence lacking in the Argentine currency takes the form of an absence of society in Brazil, resulting in an inequality, which traverses the different phases of the country's development. We analyse here the specificity of the form of the developmentalist state, which develops itself out of a syncretism of the colonial tradition and corporatist modernism; and finally. the theoretical and political ambiguities of the left, vis-à-vis a system of privilege which permits the perpetuation of an iniquitous social system.

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 Ariel Kyrou: Éloge du pillage: du sampling comme un jeu ou un acte artistique
- Oubliez la technique. Et posez-vous la question du geste de " sampler ". Pendant longtemps, à la façon d'un Mozart et de son " Don Giovanni ", toute citation supposait le jeu d'un instrument ou d'un orchestre. Puis sont arrivées les premières techniques d'enregistrement et la capacité d'utiliser magnétophones à bande ou platines analogiques. Mais sur le fond, le geste est le même: s' inspirer ouvertement d'une ouvre pour sa création. En soi, l'acte de piller n'est pas condamnable. Mieux, le détournement de la pub et d'artistes qui inondent nos oreilles comme Michael Jackson ne sont-ils pas d'indispensables actes de résistance et d'humour ? Auteur du livre Techno Rebelle, Un Siècle de musiques électroniques (Denoël, X-Trême), dont est tiré cet " éloge du pillage ", Ariel Kyrou préfère le recyclage décapant aux récitations du marché, l'emprunt qu'on dépasse par la rage et le talent à l'application des recettes du succès sans peine.
 - Forget the technology, and ask instead about the sampler's gesture. For a long time, like Mozart's " Don Giovanni ", all citation supposed an instrument, an orchestra. Then, with the first recording technology, came the possibility of using tape recorders or analog turntables. But ultimately, the gesture is the same: overtly drawing upon a work for its creation. In itself, the act of pillaging is not condemnable. Better, the détournement of advertising and of those artists like Michael Jackson who flood our ears are indispensable acts of resistance and humour. Ariel Kyrou - the author of Techno Rebelle, Un Siècle de musiques électroniques (Denoël, X-Trême), from which this " elegy to pillage " comes - prefers a scathing recycling to the recitals of the market, prefers the " loan " that one goes way beyond by rage and talent to the application of painless recipes for success.
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 MINEURE: REFLUX DES GAUCHES EN EUROPE: DECLIN HISTORIQUE OU NOUVEAUX AGENCEMENTS ?

 Bernard Dréano: Trois exigences, deux nécessités
 - Les résultats des élections françaises doivent être l'occasion pour les " progressistes " de poser quelques problèmes essentiels. Il ne suffit pas en effet de dire que la montée des populismes et la victoire des conservateurs sont l' effet des ravages de la mondialisation et de l'incapacité de la gauche traditionnelle à y faire face. Il faut se poser la question de la période historique actuelle, en quoi elle prolonge et en quoi elle se distingue des épisodes précédents, de l'évolution des formes d'oppression et donc de lutte de libération et des modes d'organisation du mouvement social et de son expression politique. Ce questionnement ne peut se faire qu'à la lumière des expériences en cours du nouveau mouvement citoyen qui se développe dans le monde.
 - The results of the French elections force the " progressive " forces to confront certain key questions. It will not suffice to say that the rise of populism and victory of the conservatives are the effects of the ravages of globalisation and the incapacity of the traditional left to face them. We must ask ourselves what the current historical period shares with, and what distinguishes it from, earlier periods; we must ask questions about the evolution of forms of oppression, and equally about the struggle for liberation, and the modes of organisation and political expression of the social movements. This questioning can only take place in the light of the current experiences of the new popular movement developing across the globe.

 Alain Bertho: L'épuisement de la forme parti
 - Le 21 Avril marque la fin d'un cycle politique ou la gauche s' identifiait au mouvement ouvrier. Il y a épuisement du communisme et de la forme parti qui devient un rouage de l'état. Le fossé s'est accru entre les nouveaux mouvements sociaux et les secteurs traditionnels de la classe ouvrière. Le parti ne peut plus ramener à lui une multiplicité de politisations. La crise de la représentation vient de ce que l'on ignore les nouvelles manières de construire le commun. Il faut reprendre la constitution politique du peuple qui corresponde aux nouvelles subjectivités. La refondation du communisme exige à la fois la définition d'un projet spécifique et politique d'union.
 - April 21 marked the end of a political cycle in which the Left was identified with the workers' movement. Communism and the party-form which became integrated into the state are now exhausted. The divide between the new social movements and the traditional sectors of the working class has widened. A party can no longer gather into itself the multiplicity of forms of politicization. This crisis of representation is a result of an ignorance of the new ways of constructing the common. It is necessary to pose the question of a political constitution of the people that would correspond to the new forms of subjectivity. The refoundation of communism necessitates both the definition of a specific project and a politics of unity.
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 Omar Munoz-Cremers: Pim Fortuyn, ou la persistance du rêve communautariste aux Pays-Bas
 - Précédé d'une introduction de Noortje Marres et de Patrice Riemens qui mettent l'accent sur la reconstitution, lors des élections, d'un communautarisme national
; l'article analyse les évènements que constituent l'assassinat de Pim Fortyn et la montée d'un populisme d'extrême droite aux Pays-Bas. Il s'appuie sur une analyse des médias et de la relative cécité des néerlandais à l'égard de la question technologique. Pour l'auteur, Pim Fortyn est essentiellement un phénomène médiatique qui s'est nourri de sa complicité avec les journalistes télé. Le leader populiste a mis en évidence la crise de la démocratie aux Pays-Bas et l'inadaptation des politiciens traditionnels, mais avec un projet qui fait régresser la politique et qui dualise la société
 - Preceded by an introduction by Noortje Marres and Patrice Riemens that stresses the reconstitution of a national communitarianism around the elections, the article analyses the assassination of Pim Fortyn and the rise of a populism of the extreme-right. It is based upon an analysis of the media and of the relative backwardness of Dutch society with regard to the question of technology. According to the author, Pim Fortyn is essentially a media phenomenon made possible through the complicity of TV journalists. The populist demonstrated the crisis of democracy and how out of touch traditional politicians are in the Netherlands, but with a project that brought about political regression and social division.
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 Raul Sanchez: Espagne. Un printemps de conjonctions sociales
 - L'importance de la grève générale du 20 juin dernier en Espagne réside moins dans sa signification propre que dans les effets de redondance, de condensation et de prolifération d'une multiplicité de conflits et de subjectivités qu'elle a contribué à renforcer et dont la composition n'entre vraiment pas dans le cadre travailliste et corporatiste des grands syndicats. Par contre, cette coïncidence d'acteurs hétérogènes qui a vu se réunir, pendant des semaines, des batailles et des initiatives diverses, a peut-être marqué le début d'un changement de couleur, d'une modification réelle des opportunités de lutte constituante des multitudes en Espagne et en Europe.
 - The true significance of the general strike in Spain last June 20th lies more in the effects of redundancy, condensation and proliferation of a multiplicity of struggles and subjectivities which it strengthened, and whose composition is not really part of the workerist and corporatist framework of the main trade unions, and less in the meaning of the strike itself. On the contrary, the coincidence of heterogeneous actors and struggles seen to emerge during those weeks of diverse battles and initiatives allows us to glimpse perhaps the beginning of a real change in the fortunes and opportunities for the constituent struggle of the multitudes in Spain and throughout Europe.
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 Andrea Fumagalli: Histoire des mouvements anti-globalisation en Italie
 - À Seattle comme à Gênes et à Porto Alegre, la composante italienne du mouvement No-Global est importante. Andrea Fumagalli reconstruit la genèse du mouvement des mouvements en Italie en analysant trois éléments fondamentaux: les centres Sociaux Occupés Autogérés, les revues critiques nées dans les années 1990, le développement de la musique underground. Après Gênes et New York, et face à l' offensive du gouvernement Berlusconi, le mouvement en Italie semble être traversé par une crise profonde, mais la manifestation du 20 juillet 2002, précise clairement la nature de la crise comme un hiatus entre multitudes et représentation-organisation des mouvements antagonistes.
 - At Seattle, as at both Genoa and Porto Allegre, the Italian component of the Anti-globalisation movement was significant. Andrea Fumagalli reconstructs the genesis of the movement in Italy through an analysis of three of its fundamental elements: the network of Social Centres; the critical reviews born in the 1990s; the development of underground music. After Genoa and New York, and faced by the Berlusconi government's offensive, the Italian movement seemed to be riven by a profound crisis, but the demonstration of 20 July 2002, clarified the nature of the crisis as a gap between the multitudes and the representation-organisation of the antagonistic movements.
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 Maurizio Lazzarato et Antonella Corsani: Le revenu garanti comme processus Constituant
 - Dix ans de politiques de l'emploi ont bien mis en évidence deux déconnexions fondamentales: un emploi n'est plus une garantie d'un revenu satisfaisant, la croissance n'est plus la garante de la création d'emplois. En proposant un déplacement (nécessaire) de l'angle d'approche des dynamiques de la globalisation libérale, de la relation capital / travail à l'antagonisme capital / vie, l'article soutient la revendication d'un revenu garanti: le revenu garanti comme processus constituant, c'est-à-dire, pour ouvrir une phase constituante au niveau des institutions économiques et sociales.
 - Ten years of employment policies have demonstrated two fundamental discrepancies: a job is not a guarantee of a satisfactory income and growth does not guarantee the creation of jobs. In proposing a necessary displacement of the angle of approach to the dynamics of liberal globalization, and of the relation of capital/labor to the antagonism of capital/life, the article supports the demand for a guaranteed income: guaranteed income as a constituent process, that is, in order to open a constituent phase at the level of social and economic institutions.
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 HORS CHAMP

 Ilan Pappé: L'Université israélienne contre la liberté de penser
 - Appartenant à l'école israélienne des nouveaux historiens, Ilan Pappé réponds aux questions de Amaya el Bacha sur les raisons qui ont motivé son incrimination disciplinaire par les autorités de l'université Haïfa. Essentiellement parce qu' il a appelé à la réprobation morale du milieu académique israélien pour son manque d'indépendance et aussi à cause de son intervention scientifique dans la " Nakba " et le massacre de Tantura, opération dépuration ethnique d'un village palestinien au moment de la fondation de l'Etat d'Israël. Le milieu universitaire israélien se caractérise par son conformisme et sa pusillanimité. Le travail de mise à jour effectué par les nouveaux historiens est de moins en moins toléré par les autorités israéliennes. ------

 - Ilan Pappe, one of the New Historians in Israel, answers Amaya el Bacha's questions concerning the disciplinary proceedings initiated against him by the administration of the University of Haifa. Pappe argues that the measures taken against him were the result of his critique of Israeli academia for its lack of independence, as well as of his scholarly work on the " Nakba " and, in particular, the ethnic cleansing of the Palestinian village of Tantura at the founding of the state of Israel. In an academic milieu characterized by conformism and cowardice, the work of the New Historians is less and less tolerated by the Israeli authorities.


N° 9 : Mai /Juin 2002
Philosophie politique des Multitudes/Wittgenstein

En-tête :Yann- Moulier Boutang : D'un séisme l'autre.Quel pouvoir constituant des multitudes ?

Majeure : Philosophie politique des multitudes

- Yoschihiko Ichida , Maurizio Lazzarato, Francois Matheron, Yann Moulier-Boutang : La politique des Multitudes.

-Peter Pal Pelbart : Pouvoir sur la vie, puissance de la vie
En partant du texte de Kafka sur l´Empire chinois et les nomades, nous dressons un tableau de la logique "schizo" de la multitude face aux nouvelles formes du contrôle. L'expropriation économique des réseaux de vie et de sens montre que les formes de vie impliquées ne constituent jamais une masse inerte et passive à la merci du capital, mais un ensemble vivant de stratégies. Dans les cas d´exclusion violente, de survie et de résistance extrême, quand la vie est le seul capital qui reste, elle constitue néanmoins un vecteur d'existencialisation et d'autovalorisation commune. Aux pouvoirs "sur" la vie, répond la puissance "de" la vie, redéfinie à partir d´un hybride tout à la fois : sémiotique et machinique, moléculaire et collectif, affectif et économique. Il faut donc repenser le thème de la résistance en partant de la bio-puissance de la multitude et de sa force d'invention.

-Toni Negri : Pour une définition ontologique de la multitude
Contre tous les avatars de la transcendance du pouvoir souverain (et notamment celui du « peuple souverain »), le concept de multitude est celui d'une immanence : celui d'un monstre révolutionnaire de singularités non représentables ; il part de l'idée que tout corps est déjà une multitude, et donc expression et coopération. C'est également un concept de classe, sujet de production et objet d'exploitation, celle ci étant définie comme exploitation de la coopération des singularités ; un dispositif matérialiste de la multitude ne pourra que partir d'une prise en compte prioritaire du corps et de la lutte contre son exploitation. C'est enfin le concept d'une puissance : la chair de la multitude veut se transformer en corps du General Intellect ; le discours doit donc porter sur la métamorphose des corps : la cause des métamorphoses qui investissent la multitude comme ensemble, et les singularités comme multitude, ce n'est pas autre chose que les luttes, les mouvements et les désirs de
transformation. La puissance ontologique de la multitude peut aujourd'hui éliminer la relation de souveraineté

-Yoshihiko Ichida : Sur quelques vides ontologiques .
L'ontologie de Toni Negri, comme philosophie politique de la multitude, suppose un rapport très particulier entre philosophie et politique, déterminé par la non-différence des deux, tout en refusant de les faire dériver l'une de l'autre, ou de les médiatiser et de les faire fusionner par une tierce nécessité. Elles ne s'unissent là que par l'univocité de la liberté qui enregistre l'indécidabilité politico-philosophique. D'où la difficulté d'en tirer un programme politique, d ' « organiser » la multitude comme sujet politique. Mais la notion de vide, concomitante à cette univocité et définie comme la possibilité même de tout changement qualitatif, établit la particularité philosophico-politique de l'ontologie négrienne par rapport 1.au fondement
déconstructionniste du politique et de la démocratie, et 2.à l'ontologie d'Alain Badiou.

- Question de Bruno Karsenti à Étienne Balibar Une philosophie politique de la différence anthropologique.
Répondant à une question de B. Karsenti sur la relation entre ontologie et politique, E. Balibar réaffirme le caractère irréductible de la politique jusque dans les objets les plus philosophiques. Entre les deux pôles ontologique et transcendantal du politique, il convient d'articuler le politique et l'anthropologique. Les rapports sociaux qui fonctionnent en posant des différences au sein de l'espèce sont constitutifs de la question de la violence qui est au cour de l'irréductibilité du politique.

- François Matheron : Winstanley et les Diggers. Des Multitudes constituantes au XVIIème siècle .
L'appropriation par les Diggers, ou encore " Vrais Niveleurs ", des communaux de la colline St George, près de Londres, peut être considérée, au cour de la révolution anglaise, comme la proclamation d'un pouvoir constituant en acte. Théoricien de cette aventure, Gerrard Winstantley nous a laissé une ouvre singulière dans la constellation des " communismes bibliques ". Animée de vives tensions internes, travaillée par un archaïsme indissociable de sa modernité, elle est à la fois un aboutissement, une impasse absolue et, peut-être, un point de départ : elle peut aussi bien déboucher sur Spinoza que sur le "
communisme réel ".

- Question d'Eric Alliez à Jacques Rancière : Peuple ou multitudes ?
Répondant à une question d'Eric Alliez sur l'usage qu'il fait du concept de peuple et sur l'intérêt qu'il y aurait à lui substituer le concept de multitude, Jacques Rancière rappelle que le concept de peuple est effectivement constitutif du politique car il est le nom générique de l'ensemble des processus de subjectivation qui mettent en litige les représentations de l'égalité La politique est toujours un peuple contre un autre. La pensée des multitudes par la phobie qu'elle manifeste à l'égard d'une politique qui se définirait négativement, rejette le négatif. Le concept de multitudes oppose à celui de peuple la requête que la politique ne soit plus une sphère séparée. Les sujets politiques devraient exprimer le multiple qui serait la Loi de l'être. De fait le concept de multitudes s'inscrit dans l'élargissement de celui de forces productives. Mais la pensée des multitudes n'échappe pas aux alternatives que rencontre en général la pensée des sujets politiques.

- Miguel Vatter : La politique comme guerre : Formule pour une démocratie radicale?
Depuis le commencement, le libéralisme s'est pensé lui-même comme étant en guerre avec « la guerre ». La guerre étant considérée comme la pire menace pour la société civile dont le but essentiel est l'autonomie des individus. Le
libéralisme identifie deux sources principales de la « guerre » : d'une part l'orthodoxie, d'autre part la démocratie. Dans la modernité actuelle, il n'est pas inhabituel, de trouver des alliances répétées entre les deux, indiquant peut être que la « guerre » contre laquelle le libéralisme combat n'est pas tant anti-politique, mais plutôt exprime une compréhension de la politique comme guerre. La formule de « la politique comme guerre » est centrale dans la pensée de deux importants critiques du libéralisme qui ne sont pas habituellement considérés ensemble : Michel Foucault et Carl Schmitt. Dans cet article, je les utiliserai pour souligner deux apories concernant la présupposition de la règle de droit et de l'individualisme que la
compréhension libérale de la politique rencontre constamment, et qui requiert de repenser ces deux termes

- Laurent Bove : Vauvenargues ou le séditieux .Connaître par sentiment et force productive du singulier.
C'est du point de vue de la force productive des « singularités » et de l'affirmation de la multiplicité des vertus et des talents, que le jeune penseur se révolte contre une raison qui discute, justifie et n'invente point. En posant la misère comme une des données premières de l'expérience philosophique du monde, V. fait de la connaissance par sentiment la force qui arrache la pensée moderne au temps de la méditation sur la mort, pour réinscrire la parole philosophique dans la dynamique puissante de la « génération perpétuelle » de l'être-temps du « désir sans objet ». Et cet effort, riche de toute l'expérience coopérative du monde, est politique. C'est celui d'une âme « capable de se multiplier » qui, stratégiquement, décide de l'avenir. Dans ce
devenir-plusieurs du prince « populaire et accessible », c'est alors l'idée d'une refonte radicale de la conception même de l'État, corrélative de la refonte philosophique du rapport de la raison et des passions, qui est clairement posée.

- Questions de Yoshihiko Ichida à François Zourabichvili Les deux pensées de Deleuze et de Negri : Une richesse et une chance.
Répondant à deux questions de Y. Ichida relatives à la conception de la politique chez Deleuze et sur sa relation avec le concept de multitudes, François Zourabichvili est amené à préciser la conception in-volontariste qu'avait de la politique Gilles Deleuze, et ce qui la distingue de la pensée de Toni Negri. Le concept de multitudes n'est pas deleuzien.. L' « institution »
chez Deleuze ne rencontrant pas le « constituant » chez Negri. Là où Negri propose une théorie globale Deleuze procède par escarmouches locales, allant d'un front local à un autre, d'une position d'instabilité à une autre. L'opposition de l' « in volontarisme » deleuzien au « volontarisme » négrien indique un différend sur le schème d'actualisation.

- Noortje Marres : Pourquoi prendre des chemins de traverse ? De quelques déplacements politiques sur le Web.
Étant donné la multiplicité des agencements politiques issus du social, rencontrés sur le Web, ce média apparaît ramener à son origine le point de transformation de la politique, au-delà d'arrangements possibles entre représentants et parties prenantes. Ainsi, la signification sociale et politique du Web résiderait dans son action de sape des procédures conventionnelles de
démocratisation. Cependant, ayant établi la trace des mouvements protestataires par-delà le Web, nous remarquons que les trajectoires de la politisation sur le Web ont un caractère tout à fait spécifique.Tout en résistant à une interprétation de la particularité des lignes protestataires comme le signe du retour d'une politique transformée vers le centre :étant donné la
transformation de la politique, nous demandons pourquoi faire ce détour par des sites et des problèmes spécifiques ?

- Question de Maurizio Lazzarato à Paolo Virno : Multitude et classe ouvrière
Répondant à une question de M. Lazaratto sur le rapport entre le concept de multitude et celui de classe ouvrière P. Virno relève des analogies et des différences entre le concept de multitude étudié par les philosophes du 17éme siècle, et qui suppose un droit de résistance et les multitudes contemporaines qui font émerger des formes de démocratie non-représentatives mettant en cause les mécanismes de la souveraineté. Les multitudes contemporaines ne marquent
pas la fin de la classe ouvrière : la notion de multitude s'oppose à celle de peuple, pas à celle de classe ouvrière. Être multitudes n'exclut pas de produire de la plus-value. On peut d'ailleurs retrouver chez Marx des formes de classe
ouvrière qui sont également multitudes sur le plan politique.

- Nicolas Israel : La sécurité et les droits de l'homme.
Les droits de l'homme se sont historiquement constitués en référence à un droit naturel à la sécurité. Il semble donc difficile de limiter la puissance souveraine en s'appuyant sur le droit naturel qui l'institue. Nous sommes alors asservis aux différentes formes de protections juridiques que l'ordre politique accorde au désir de sécurité qu'il exploite en nous.

- François Matheron : Un pouvoir constituant ... pour libres professeurs.
Le livre de Jean Fabien Spitz, John Locke et les fondements de la liberté moderne, nous montre que, loin de l'image un peu fade associée à son nom, Locke est un grand innovateur politique, peut-être le premier adversaire moderne conséquent de l'idée de Souveraineté. Par-delà tous les pouvoirs constitués, il existerait quelque chose comme un peuple constituant qui, parce que virtuel, ne saurait être souverain. Comme tant d'autres cependant, cette affirmation d'un pouvoir constituant est immédiatement assortie de telles restrictions qu'elle semble n'être affirmée que pour être rendue inopérante
 

Icones Gianni Motti : Hacking social

Insert : autour du livre de Jacques Sapir : « Les trous noirs de la science économique ».

- Ghislain Deleplace : « Les trous noirs » : De l'équilibre général à la "nouvelle économie ".
Selon Ghislain Deleplace Jacques Sapir reproche à la science économique un manque de cohérence interne dû à la  domination de la théorie de l'équilibre général qui ne prend pas compte de la réalité économique et en particulier le comportement des acteurs économiques individuels, ce qui constitue le  programme de recherche de la nouvelle économie.

- André Orléan: Essentialisme monétaire et relativisme méthodologique.
Pour André Orléan, ce qui caractérise les impasses de la Science économique pour Jacques Sapir, c'est la volonté affirmée par le courant orthodoxe de rompre radicalement avec les sciences sociales pour constituer la science économique autonome, André Orléan relève également que Jacques Sapir reproche à son ouvrage « La violence de la monnaie » une forme d'essentialisme monétaire qui ferait de la monnaie un rapport social essentiel et contradictoire.
- Jacques Sapir: :Réponse à Deleplace et Orléan.
En réponse à G. Deleplace ; J. Sapir précise qu'il défend une position méthodologique « holiste-subjectiviste » pour laquelle les comportements individuels sont influencés par des contextes collectifs, et qui constitue une alternative à la Théorie de l'Équilibre Général En réponse à A. Orléan. .il confirme son opposition à une vision qui fait de la monnaie l'institution économique ou le rapport social central. La crise monétaire qui s'exprime par un retour au troc et la fragmentation de l'espace
monétaire subsistant ne trouve une issue que par l'émergence ex-post d'une nouvelle forme et non par une totalité préexistante ex-ante.

Hors champs :
- Sandra Laugier : Wittgenstein : Anthropologie, scepticisme et politique
L'article porte sur la possibilité d'une lecture "wittgensteinienne" du politique : on utilise souvent Wittgenstein dans un sens conservateur, notamment à cause de se conception de la communauté, de la règle et de la "forme de vie". Mais dans une autre lecture (celle de Cavell), la communauté et son rapport au sujet sont à envisager de façon radicalement sceptique : une telle approche permet alors de penser la règle dans des termes nouveaux et d'en éviter les usages "conformistes", afin de montrer le lien entre communauté et revendication.

Icônes
Peter Fletcher : Plomb

Liens
- Eric Thébault Notes rapides sur le Réel : La parole et les silences d'un ami.
- Jean- François Gava: Machiavel, ultra-moderne, solitaire
- Madeleine Hersent : Porto Alegre : La place des femmes
 
 




N° 2, mai 2000

NOUVELLE ÉCONOMIE POLITIQUE
ACTIONNISME VIENNOIS

Numéro 2 - Mai 2000
224 pages - Format 145x210 - 100 FF.
Couverture : Günter Brus

L’interrogation qui se fait jour désormais porte sur le système d’ensemble de l’économie. Ne sommes-nous pas en train de changer de paradigme avec la Net-economy ? Quel est aujourd’hui le moteur de la création de valeur, après deux siècles d’interpénétration entre l’état et la grande entreprise, entre la société civile et la petite et moyenne entreprise ? Pour la théorie économique la plus récente, les vrais lieux de création de valeur sont le territoire productif, la communication, la société dans son ensemble, la coopération, les formes d’organisation qui hybrident marché, entreprise et société.
 
 

Éclats d’économie et bruits de luttes, Par Yann Moulier Boutang
NOUVELLE ÉCONOMIE POLITIQUE
La révolution dérivée, Par Christian Marazzi
Nouvelle économie et nouvelle régulation, Par Michel Aglietta
De la sidérurgie à la nouvelle économie, Par Anne Querrien et François Rosso
Le capitalisme cognitif : du déjà-vu ?, Par Enzo Rullani
Production de connaissance et valeur dans le postfordisme, Entretien avec Enzo Rullani par Pascal Jollivet et Antonella Corsani
La multiplicité dans la dynamique économique, Par Maurizio Lazzarato 

 

Actionnisme viennois - Théâtre des Orgies et des Mystères, Par Hubert Klocker
Chroniques de l’école en lutte, Par Pascale et Mick Miel

 

SPINOZA
La production de sens contre les portails de la "New economy", Par Pierangelo Rosati et Ludovic Prieur
ZeligConf 2000, Par Samizdat.net et Sherwood.it
mach, Par mach (Autriche)

 




N° 1, BIOPOLITIQUE ET BIOPOUVOIR
LE LOGICIEL LIBRE

Numéro 1 - Mars 2000
224 pages - Format 145x210 - 100 FF.
Couverture : Gérard Fromanger

Revue culturelle et politique, Multitudes fera sienne à titre d’exergue une formule de Michel Foucault, largement présent dans ce numéro d’ouverture. Le philosophe du biopouvoir caractérisait ainsi son projet en 1984 : "J’essaie […] en dehors de toute totalisation, à la fois abstraite et limitative, d’ouvrir des problèmes aussi concrets et généraux que possible, des problèmes qui prennent la politique de revers, traversent les sociétés en diagonale et sont tout à la fois constituantes de notre histoire et constitués par elle." "Prendre la politique de revers", c’est là précisément la charge subversive des mouvements de la société, que Multitudes entend illustrer comme pratique théorique, comme ontologie, comme matérialisme dans la pensée.
 
 
 

Politique des multitudes
Par Eric Alliez, Yann Moulier Boutang

 

BIOPOLITIQUE ET BIOPOUVOIR
Du biopouvoir à la biopolitique, Par Maurizio Lazzarato
Sur le droit et la vie, Par Paolo Napoli
Vivre chaud et penser froid, Entretien Peter Sloterdijk - Eric Alliez
Biopolitique ou politique?, Par Jacques Rancière
Biopouvoir et vie publique, Par Bruno Latour
Si la vie devient résistance..., Par Isabelle Stengers 
Comment nous avons bloqué l'OMC, Par Starhawk
La spirale du pouvoir et de la résistance, Par Mathieu Potte Bonneville
Biopirates ou biocorsaires ?, Richard Stallman
Si vous n'aimez pas la peinture, n'en dégoutez pas les autres, Par Gérard Fromanger
L'Empire et la traite des esclaves, Par Giuseppe Cocco
LE MOUVEMENT DU LOGICIEL LIBRE
Otto Mühl, artiste actionniste autrichien, Entretien Otto Mühl - Jacques Donguy
Badiou/Deleuze, Par Eric Alliez
Un, multiple, multiplicité(s), Par Alain Badiou 
La couleur et l'histoire, Par Yann Moulier-Boutang
Nettime, le temps du Net, Par Aris Papathéodorou

 
 
 
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