L'intuition chez Bergson
par Céline Tarrade
Pour avancer sur la "terra incognita des pénomènes psychiques"1, l'aventurier Henri Bergson nous invite à ne pas trop nous apprêter: tout préparatif nous éloigne du départ et pose des obstacles qui se seraient levés si nous étions partis plus tôt.
En effet, les obstacles que signalerait une critique préalable de nos méthodes ne s'avéreront être que "des effets de mirage" lorsqu'on sera parvenu à "dilater notre pensée"2 : la méthode intuitive de Bergson permettra de lever les obstacles qui sont ceux de l'intelligence.
En revanche, il faut partir averti: ce parcours demande un effort pour se détourner de la méthode de notre intelligence. Bergson lui-même précise que le débutant pourra être tenté de préférer une philosophie déterministe simple et claire, mais, dit-il, il faut savoir si l'on préfère l'esprit ou la lettre!
Le résultat lui-même sera moins séduisant que ceux de l'intelligence: nous ne parviendrons pas à des définitions univoques et simples, comme celle des essences matématiques. Mais tel est le prix à payer pour atteindre le réel: nous ne donnerons que des fonctions et aspects variés du réel, nous en aurons une approche complexe, mais pleine et concrète, alors qu'il est aisé de fournir des définitions simples mais vides et abstraites. Cette méthode consiste à partir d'observations multiples et convergentes. En prenant un tel point de départ, il ne faut pas attendre des certitudes immédiates. Il faut savoir "prendre son temps", et dégager des probabilités, qui rapprocées les unes des autres, constitueront des faisceaux convergents et seront l'équivalent de quasi-certitudes. Une accumulation de probabilités mène sur la voie de la certitude. Puisque "une métaphysique vraiment intuitive (...) suivrait les ondulations du réel"3, l'unité pourra éventuellement être au terme de la recherche intuitive comme le résultat ultime, et non au point de départ comme principe, comme nous le proposent les philosophies systématiques d'un Descartes ou d'un Hegel, qui ne procèdent que par généralisations séduisantes mais vides d'après Bergson. Chaque acte d'intuition est au contraire une tension singulière pour rejoindre une réalité à chaque fois unique: l'intuition est brève, rare et partielle. Voilà qui est sans doute moins séduisant que la démarche simplificatrice et univoque des philosophies systématiques, mais cette méthode nous fait approcher davantage la complexité du réel.
A fortiori, nous ne parviendrons pas ici à donner une définition "simple et géométrique"4 de ce mode d'approche du réel qu'est l'intuition. Car on ne peut donner une idée de ce qui n'a pas été découpé par l'entendement et le langage qu'en en prenant des vues multiples et complémentaires.
Puisque cette méthode demande de nous détourner des habitudes de l'intelligence qui sont celles de la science mais aussi celles du sens commun, il nous faudra enfin le courage de braver les railleries5.
Ainsi avertis et armés de courage, allons tout droit au fait.
Voilà en quoi consiste le recours à l'intuition comme méthode
philosophique, voici la démarche que nous allons essayer de comprendre:
voyons comment Bergson rétablit la métaphysique en la transportant
sur le terrain de l'expérience, en nous invitant à nous approcher
de la perception pure, loin des habitudes du langage et de l'intelligence.
L'intuition comme "coïncidence", entre instinct et intelligence.
L'instinct est une conscience endormie: puisque chez Bergson l'essence de la vie est la conscience, l'instinct étant une caractéristique du vivant, l'être vivant doué d'instinct n'est pas inconscient au même titre que l'est une pierre, seulement sa conscience est virtuelle, endormie, puisque l'être ayant un instinct développé n'a pas besoin d'éveiller sa conscience pour vivre. Cet instinct comporte une connaissance des choses, au sens où par exemple le nouveau-né connaît instinctivement le sein de sa mère. C'est une connaissance pleine, mais qui ne s'applique qu'à un objet restreint.
Inversement, l'intelligence n'est qu'un cadre, mais dans lequel pourront s'introduire de multiples objets: l'intelligence est une connaissance des rapports. Sa première signification est vitale : c'est une fonction d'adaptation permettant la survie. L'insuffisance naturelle des moyens dont l'homme dispose pour se défendre contre le froid, la faim, est "le congé que donne l'instinct à l'intelligence"6. De cette fonction pratique de l'intelligence découlent son objet principal et sa forme. L'objet auquel elle s'applique est la matière, qui offre un point d'appui à l'action. Quant à sa forme, elle est relative à sa fonction et à son objet. L'intelligence est avant tout la faculté d'établir des rapports et de les varier indéfiniment. Son opération principale consiste à produire du nouveau par le réarrangement d'éléments préexistants. Son cadre fondamental correspond à la propriété la plus générale de la matière, à savoir l'espace homogène infiniment divisible, décomposable et recomposable à volonté. Ses instruments par excellence sont les idées abstraites et générales qui permettent de relier entre elles des réalités par ailleurs différentes ainsi que de donner une apparence de fixité à ce qui, en fait, ne cesse de varier. Le langage dont la fonction est de communiquer, c'est-à-dire de transmettre ce qui est ou peut devenir commun, en est le produit et constitue, en même temps, un moyen qui en accuse les traits.
L'avantage de l'intelligence sur l'instinct est qu'elle n'est pas limitée à ce qui est utile, alors que par l'instinct l'être vivant ne connaît que ce qui l'intéresse pour vivre. C'est pourquoi un être intelligent porte en lui de quoi se dépasser lui-même. Mais l'intelligence ayant pour objet principal la matière, elle ne se représente clairement que l'immobile. Elle n'est donc pas faite pour penser l'évolution, c'est-à-dire la continuité d'un changement qui serait mobilité pure. Elle est donc caractérisée par une incompréhension naturelle de la vie7.
A contrario, l'instinct est tourné vers la vie, comme l'intelligence vers la matière. Il est de la nature de l'intuition, il serait intuition s'il était devenu désintéressé, conscient de lui-même et capable de réfléchir son objet. Une connaissance de la vie ne peut donc naître que d'une collaboration entre l'intelligence et l'intuition. L'intuition montre à l'intelligence qu'aucun de ses cadres ne convient parfaitement à la saisie du processus vital, mais l'éveil de l'intuition suppose les inquiétudes et interrogations de l'intelligence, et elle aura besoin de celle-ci pour expliciter ses résultats, les développer et les communiquer en concepts.
Sous sa forme achevée, cette intuition est un pouvoir propre à l'homme qui le rend capable d'une expérience pure: elle n'est pas une faculté de représentation, mais comme l'instinct, il s'agit d'un mouvement pour s'identifier à la réalité, elle consiste dans un mouvement hors de soi pour se transporter vers l'objet et y pénétrer8. Cette coïncidence sans distance se réalise par rejet des médiations du langage et de l'intelligence. En l'homme, la conscience a atteint le but de son effort évolutif, mais pour cela elle a du abandonner le chemin de l'intuition pour celui de l'intelligence: pour acquérir la matière, elle a du s'y adapter et se développer sous la forme de l'intelligence. Chez nous autres hommes, l'intuition est alors "une lampe presque éteinte" dont nous devons ranimer la flamme9.
Avec quoi coïncide la conscience par l'intuition ? Voyons
comment de degré en degré, on peut aller de plus en plus
loin dans ce contact du réel.
L'intuition est "d'abord conscience immédiate" : l'intuition
de la durée.
"Penser intuitivement est penser en durée"10et c'est par l'expérience intérieure qu'on peut acquérir une connaissance très concrète de la durée. Pour cela il s'agit de se détourner des habitudes de l'intelligence qui nous en éloignent. L'intelligence a pour objet de penser la matière, elle utilise des définitions stables, invariables. Mais il n'y a pas d'état d'âme stable, puisqu'il n'y a pas de conscience sans mémoire, pas de continuation d'un état sans l'addition au sentiment présent du souvenir des moments passés. L'intuition de la durée implique donc une conversion de l'esprit, une inversion des moyens d'approche de la réalité.
Cette intuition qui porte sur la durée est une "vision
intérieure de l'esprit par l'esprit"11,
c'est-à-dire sans rien d'interposé entre l'esprit et sa vision
(ni langage, ni espace séparateurs, comme pour la vision des corps).
Par cette intuition la conscience saisit la continuité indivisible
du flux de la vie intérieure, le premier degré d'intuition
est donc une intuition de soi par soi, une coïncidence du sujet avec
lui-même dans une saisie de son propre élan. Il s'agit d'une
"conscience immédiate, vision qui se distingue à peine de
l'objet vu, connaissance qui est contact et même coïncidence"12.
L'intuition est ensuite conscience élargie : " endosmose psychologique".
L'intuition peut aller plus loin que l'intuition de nous-mêmes
et nous faire rencontrer les autres consciences. Bergson utilise aussi
le terme de télépathie, pour désigner le fait que
"des consciences puissent communiquer sans intermédiaire visible"13,
ce qui est possible au prix d'un "désintéressement à
la vie"14, car nous percevons virtuellement beaucoup
plus de choses que nous n'en percevons actuellement15,
et nous ne percevons actuellement que ce qui nous est utile: si cette communication
des consciences existe, la nature l'empêche car elle n'est pas utile
dans la vie quotidienne. A contresens du mouvement de l'adaptation qui
nous fait percevoir l'utile, l'intuition nous permet d'atteindre ce qui
est non-conscient et résiste à la méthode cognitive.
Contre ces résistances, l'intuition demande un effort qui ne permet
qu'un éclairage bref et discontinu de la conscience, "des alternances
rapides d'obscurité et de lumière"16.
L'expérience psychologique ne se limite donc pas à la saisie
de ma propre conscience. La sympathie, qu'il faut entendre au sens étymologique
de sentir ensemble, est un moment d'interpénétration des
consciences dans un partage de la durée, comme le permet le sentiment
estétique17. L'intuition qui se coule dans
la durée peut pénétrer par ce sentiment les autres
consciences humaines.
Etudions un exemple de pénétration d'une autre conscience
: l'intuition philosophique, qui consiste à "saisir" en une image
toute la philosophie d'un auteur. Si l'on parvient à l'intuition
simple d'une philosophie, alors on s'affranchit des écueils des
histoires de la philosophie en voyant comment la doctrine philosophique
s'affranchit elle-même de son époque, qui n'est rien d'autre
que le moyen d'expression et non l'élément constitutif de
cette doctrine18. L'époque dans laquelle
s'inscrit une philosophie semble être à cette philosophie
ce qu'est la matière à la vie: s'il n'y a en effet pas plus
d'être vivant immatériel que de philosophie sans histoire,
cette histoire n'est cependant pas plus essentielle à la doctrine
que la matière n'est l'essence de la vie. Certes, la vie doit s'insérer
dans la matière pour se réaliser, elle subit ses lois. Mais
cette soumission aux lois de la nécessité lui est inessentielle,
l'essence de la vie étant au contraire l'imprévisibilité.
De même, la vision ou "contact" du monde que constitue une philosophie19
ne se rend visible à nos yeux que par ce qu'elle a ramassé
sur sa route, par son inscription dans une histoire de la philosophie.
Cependant cette historicité est accidentelle par rapport à
ce que la philosophie exprime ou plus exactement touche20.
Saisir une philosophie par l'intuition, ce serait atteindre l'âme
d'une doctrine par une "image médiatrice" qui serait comme une traduction
de l'intuition originelle de l'auteur que nous n'avons pas. Pour comprendre
ce qu'est cette image, voyons d'abord ce qu'elle n'est pas: il ne s'agit
pas d'un assemblage de doctrines, on ne ferait ainsi qu'une "salade"21,
mais au contraire d'une conception de la philosophie d'un auteur comme
organisme22. Bergson nous dit par exemple avoir
saisi l'esprit de la philosophie de Berkeley en une image: "Berkeley aperçoit
la matière comme une mince pellicule transparente située
entre l'homme et Dieu "23, qui devient opaque
quand le sens commun et les philosophes s'en mêlent, la recouvrant
des notions abstraites de substances, force, étendue, etc.24
Mais formuler ainsi l'intuition la rend banale, voilà toute la difficulté:
l'intuition s'intuitionne, elle ne se dit pas ou ne se dit que mal, par
le concept ou l'image, deux moyens impropres car empruntés au langage.
Cette intuition seulement formulée devient si abstraite qu'elle
est vide. On comprend au contraire sa plénitude quand on peut saisir
à notre tour toute une philosophie en une image: l'intuition philosophique
est "le point où se resserrerait en tension tout ce qui était
donné en extension dans la doctrine"25,
ce lieu d'origine, ce "centre de force" duquel est partie l'impulsion de
toute une philosophie est plus simple que la philosophie formulée,
et cette philosophie est plus simple que la syntèse des précédentes,
voilà ce que doit nous faire saisir l'intuition26.
L'intuition du vital et de l'univers matériel.
Ce faisant, l’intuition nous introduit dans « la conscience en général »27, donc elle n'ouvre pas seulement la possibilité d'une rencontre d'une autre conscience humaine, mais aussi elle offre une "intuition du vital", puisque la conscience est coextensive à la vie en droit28, et puisque tout ce qui est vivant dure, évolue, et donc est accessible en tant que tel à la conscience. On ressaisira ainsi "l'élan de vie qui est en nous", la cause profonde de l'organisation de la vie.
L'intuition ouvre à la conscience le champ de l'au-delà.
"Le changement pur, la durée réelle, est chose spirituelle ou imprégnée de spiritualité. L'intuition est ce qui atteint l'esprit, la durée, le changement pur"32: nous faisons partie du monde et le monde est en nous, par l'intuition la conscience humaine saisit qu'elle est "apparentée à une conscience plus vaste et plus haute"33. Cet élargissement par degré du champ de l'intuition signifie que par elle nous sentons "les forces qui travaillent en toutes choses"34, car nous participons de l'essence de tout ce qui est. Dès Matière et mémoire, Bergson identifie le réel à ce qu'en serait la " perception pure", entendons par-là une perception directe, complète, universelle et impersonnelle. Par référence à cette perception idéale qui n'existe qu'en droit, l'univers peut être assimilé à une espèce de conscience latente, impersonnelle et sans sujet: la perception pure nous ferait percevoir la matière en elle et non en nous.
C'est donc une supra conscience qu'il convient de placer à
l'origine de la vie et de son évolution, car la conscience humaine
individuelle, telle que nous l'expérimentons ordinairement, n'en
est qu'une manifestation particulière, limitée dans son ampleur
et sa profondeur. C'est d'ailleurs le "mélange d'humanité
" à la spiritualité qui fait les disparités de résultats
des différentes philosophies. Notre conscience entièrement
épurée et spiritualisée, c'est-à-dire une intuition
qui serait capable de ne rien mêler d'humain à son transport,
saisirait dans les choses "la divinité"35.
Par l'intuition de la durée comme donnée immédiate
de la conscience, on peut remonter au principe divin qui se crée
lui-même en créant le monde: en l'intuition se découvre
l'élan d'une durée créatrice.
Ainsi Bergson, en élaborant une méthode de connaissance absolument nouvelle, par intuition et non plus par concept, pense pouvoir atteindre l'absolu36. L'intuition se présente à la fois comme l'expérience la plus singulière et l'ouverture à ce qui est le plus universel. La subjectivité est première, et c'est par elle qu'on peut saisir la durée, transcender le moi et rejoindre le monde, alors que l'objectivité est dégradation et retournement par rapport à cette subjectivité première. Il faut pour parvenir à cette expérience ne pas oublier "ce qu'il y a d'essentiellement spontané dans la pensée philosophique"37. L'intuition est une saisie par le dedans de ce qui dure, et permet une connaissance profonde du monde. Elle ne se substitue pas pour autant à la science, dont l'objet est la matière inerte. La science s'attache dans les pénomènes vitaux à ce qui est matériel, physico-chimique. La réalité est matière et esprit. Il revient au savant d'étudier la matière, au philosophe d'étudier l'esprit38.
Mais soulignons la difficulté qui demeure posée par l'incommensurabilité de la simplicité de l'intuition et des moyens dont nous disposons pour l'exprimer, forcément impropres: puisque le langage est par essence séparateur, il empêche l'expression de l'immédiateté de l'intuition. Cette difficulté nous excusera peut-être auprès du lecteur qui aura peiné à nous lire. Nous invitons en revanche vivement à la lecture de Bergson, qui a su lever cet obstacle en nous montrant l'indicible par la force de ses images, qui le rend si original et plaisant à lire.
Céline Tarrade
1 Henri Bergson, lors d'une conférence faite le 28 mai 1913 intitulée "Fantômes de vivants" et "Recherche psychique", in L'énergie spirituelle, éditions PUF, collection Quadrige page 61.
2 "Je ne vois qu'un seul moyen de savoir jusqu'où on peut aller: c'est de se mettre en route et de marcher.Si la connaissance que nous cherchons est réellement instructive, si elle doit nous permettre de dilater notre pensée, toute analyse préalable du mécanisme de la pensée ne pourrait que nous montrer l'impossibilité d'aller aussi loin, puisque nous aurions étudié notre pensée avant la dilatation qu'il s'agit d'obtenir d'elle", La consc
3 La Pensée et le mouvant, p.26.
4 Deuxième partie de l'introduction de La Pensée et le mouvant, page 30.
5 Prévient Bergson au début de la conférence Fantômes de vivants, Energie Spirituelle p.61.
7 Bergson résume cette différence dans l'Evolution créatrice: " il y a des choses que l'intelligence seule est capable de chercher, mais que, par elle-même elle ne trouvera jamais. Ces choses, l'instinct seul les trouverait, mais il ne les cherchera jamais."
8 La Pensée et le mouvant: "nous appelons ici intuition la sympathie par laquelle on se transporte à l'intérieur d'un objet pour coïncider avec ce qu'il a d'unique".
9 La conscience et la vie, in L'Energie spirituelle page 21.
10 La Pensée et le mouvant, page 30.
13 "Fantômes de vivants" et "Recherche psychique", in L'Energie spirituelle p.64.
15 En disant cela, Bergson affirme aller moins loin que Leibniz pour qui chaque monade porte en elle la représentation de la totalité du réel.
16 La Pensée et le mouvant, page 28
17 Le rythme de la mélodie qui s'écoule par exemple permet un partage de la durée dans lequel se glisse la sympathie, cette idée est présente dès l'Essai sur les données immédiates de la conscience.
18 L'intuition philosophique, in La pensée et le mouvant, page 121.
19 Ibid. p.123, une philosophie est un "contact", dans la mesure où "un philosophe digne de ce nom n'a jamais dit qu'une seule chose".
20 Une image illustre bien cette insertion de la vie dans la matière et me semble-t-il de l'intuition philosophique dans l'histoire de la philosophie, dans l'article La conscience et la vie, in L'Energie spirituelle, page 20: il faut bien suivre les rails du train avant de pouvoir le faire prendre une autre voie, la vie s'insère dans la matière, la philosophie dans l'histoire des idées, "telle, l'aiguille de la voie ferrée se colle le long du rail dont elle veut déta
21 Je vous invite à la lecture de L'intuition philosophique p.126: Bergson nous présente une image très amusante de la salade qu'on peut faire pour résumer par exemple la philosophie de Berkeley en quatre thèses fondamentales (idéalisme, nominalisme, spiritualisme et théisme) qui pourtant existent déjà avant lui et ne disent donc rien de l'originalité de sa philosophie.
22 Pour garder l'exemple de Berkeley, chacune des quatre thèses est "grosse des trois autres", elles s'entrepénètrent.
24 Il est intéressant de noter combien cette image qui n'est pas donnée par Berkeley lui-même est éclairante, sinon sur l'esprit de la philosophie de Berkeley, à tout le moins sur ce que Bergson en retient et peut reprendre à son compte. On trouve cependant chez Berkeley la transposition auditive de cette image donnée par Bergson: "la matière serait une langue que Dieu nous parle".
25 L'intuition philosophique page 132.
26 Le sens est toujours plus simple que les mots qui le formulent, car "au-dessus du mot et de la phrase il y a quelque chose de beaucoup plus simple qu'une phrase et même qu'un mot: le sens, qui est moins une chose pensée qu'un mouvement de pensée", ibid. page 133.
27 La Pensée et le mouvant, page 28.
28 Même si en fait, la conscience est virtuelle (c'est-à-dire non actuelle mais réelle) pour la plupart des vivants et se réveille lors de mécanismes cérébraux complexes.
29 La Pensée et le mouvant, page 29.
30 Le monde nous impose l'attente, comme en l'exemple célèbre du morceau de sucre que l'on fait fondre dans l'eau, et on peut supposer qu'inversement l'univers entier attend, dure, ce qui signifie que son principe d'évolution serait un élan créateur: à ce titre il est objet d'intuition, son principe est spirituel.
31 La distinction bergsonienne de nature entre matière et vie ne se comprend qu'en droit, en fait la vie pure n'existe pas, la vie est insérée dans la matière, on peut alors supposer qu'il en est de même de la matière pure.
32 La Pensée et le mouvant, page 29.
33 L'intuition philosophique, page 137.
35 La Pensée et le mouvant, page 29.
36 Il rétablit la possibilité d'une connaissance métaphysique après la critique kantienne, en transportant le suprasensible sur le terrain de l'expérience, mais d'un autre type d'expérience que celle de l'entendement.
37 L'intuition philosophique, p. 117
38 Si l'on doit toujours partir des faits, on doit
cependant distinguer deux procédés d'observation: l'observation
extérieure du scientifique, et l'observation intérieure du
philosophe, pour suivre le mouvement de la conscience qui pénètre
la matière.