Extraits de la rubrique actualité du Bulletin Officiel (B.O. n°10 du 07.03.1996 )
Le ministère s'est résolument engagé dans la démarche des "autoroutes de l'information", dans le prolongement des actions mises en place pour favoriser les usages pédagogiques des technologies nouvelles dans l'enseignement. Son projet de "mise en réseau des lycées, collèges et écoles à travers Renater (Internet)", auquel sont plus particulièrement associées treize académies, a été retenu comme l'une des trois grandes plates-formes nationales dans le cadre de l'appel à propositions sur les autoroutes de l'information.
Le ministère entend ainsi, en liaison étroite avec les académies, favoriser les usages liés à la communication, au travail coopératif et à l'ouverture sur l'extérieur, en offrant aux écoles, collèges et lycées un cadre d'accueil de leur projet.
Les établissements n'ont bien évidemment pas attendu ce projet pour développer des usages pédagogiques de la communication. Ainsi dans l'académie de Toulouse qui est une des treize académies, deux classes des écoles rurales de Bioule et Piquecos, rattachées à la circonscription de Caussade dans le Tarn-et-Garonne, ont intégré l'utilisation régulière du réseau Internet à leurs pratiques pédagogiques. Un moyen d'enrichir les enseignements disciplinaires, d'initier les élèves aux nouvelles technologies de l'information et de la communication en favorisant leur autonomie et d'ouvrir l'école sur l'extérieur. Les municipalités concernées se sont impliquées dans ces projets qui permettent de compenser l'isolement relatif d'écoles à effectifs peu nombreux, en finançant les équipements informatiques nécessaires.
La messagerie électronique du
château-fort-école
"J'aime le contact avec l'ordinateur, j'aime bien chercher à comprendre comment ça marche", déclare Nicolas. "Moi, dit Fanny, j'aime découvrir des messages écrits dans d'autres langues par des enfants de tous les pays ; on les fait traduire". Quant à Baptiste, ce qu'il apprécie le plus c'est d'avoir "l'impression de voyager en restant sur place" et il s'est découvert une vocation d'informaticien grâce à Internet.
À Bioule, une petite commune rurale du Tarn-et-Garonne, l'école est installée... dans un château-fort dont les parties les plus anciennes datent du 11e siècle. La salle des chevaliers et les fresques qui l'ornent sont classées. Ce décor moyenâgeux invite au voyage dans le temps mais les treize élèves du cycle III se jouent aussi des distances lorsque, grâce à Internet, ils communiquent avec des enfants et des adultes du monde entier.
Communiquer avec le monde entier
Depuis plusieurs années, leur institutrice Claire Bergagnini, qui est aussi la directrice de l'école, a suivi des stages de formation qui lui ont permis de faire bénéficier ses élèves des premières expériences de correspondance télématique scolaire en France, notamment via le serveur 36 13 Eurosesame du Centre international d'études pédagogiques (CIEP) de Sèvres. Et pour la deuxième année consécutive, elle utilise avec ses élèves le réseau Internet pour communiquer avec des écoles françaises et européennes du réseau Eurosésame et avec des écoles du monde entier possédant une adresse Internet. La connexion de l'école de Bioule se fait via le serveur d'une université parisienne.
L'école ne dispose pas encore d'un modem suffisamment performant pour lui permettre d'exploiter toutes les potentialités d'Internet. Pour l'instant seul lui est accessible le service de messagerie ou courrier électronique (e.-mail en "langage Internet"). "Les enfants se sont très vite habitués aux manipulations, constate Claire Bergagnini. L'aspect technique n'est pas un véritable obstacle, cela les intéresse", poursuit-elle.
Un choix de messages
Dans l'école, le seul ordinateur équipé d'une interface permettant de se connecter à Internet est installé dans la classe de cycle III. Deux fois par semaine, les enfants créent un fichier provisoire sur cet ordinateur pour "capturer" sur disquette des messages repérés sur le réseau et pouvoir les lire ensuite, hors connexion, pour limiter les coûts, soit en classe soit sur l'un des six ordinateurs de l'atelier d'informatique de l'école. Ils impriment ceux qui suscitent particulièrement leur intérêt ou qui demandent une réponse de leur part. Les élèves décident de réagir à tel ou tel message en exprimant leur opinion, en demandant des précisions ou en répondant aux questions qui peuvent leur être posées. " Dès qu'ils reçoivent un message, souligne leur institutrice, nous localisons sur le globe ou sur une carte le pays et la ville de l'émetteur." Ensuite, une équipe de deux enfants prépare la "carte d'identité" du pays en utilisant le dictionnaire ou d'autres livres, puis présente un petit exposé à la classe.
Les écoliers de Bioule élaborent aussi, de leur propre initiative, des messages sur des thèmes qui les intéressent.
Sur le plan pédagogique, l'utilisation de la messagerie d'Internet s'intègre naturellement à des pratiques scolaires dont les élèves ont déjà l'habitude . "Ils sont accoutumés à rédiger des textes destinés à être lus par d'autres enfants, explique Claire Bergagnini. Nous entretenons une correspondance traditionnelle privilégiée avec une autre école, celle de Saint-Lambert du Lattay, près d'Angers et une correspondance télématique, via le serveur de l'académie de Nice, Educazur, avec un réseau d' écoles françaises". En outre, l'école édite un petit journal "Les paroles du château".
Des applications pédagogiques
Pour chacun de ces supports, les enfants écrivent collectivement ou individuellement des textes qu'ils lisent ensuite devant laclasse. Puis, ils choisissent avec leur institutrice ceux qui seront destinés à la messagerie. Les textes sont retravaillés et corrigés en classe. C'est l'occasion de "faire" de la grammaire et de l'orthographe et de soigner le style. "Les enfants sont très motivés, constate Claire Bergagnini, car ils savent que leurs productions peuvent être lues dans le monde entier." Les sujets abordés sont variés et toutes les disciplines scolaires sont concernées. Les centres d'intérêt privilégiés des enfants sont la nature, l'écologie, les animaux et tout ce qui touche à la vie quotidienne dans les pays de leurs correspondants. Leurs textes peuvent être purement informatifs mais ils écrivent aussi des poésies, des récits, des contes etc. Une fois les messages au point, chaque élève saisit le sien sur ordinateur lors d'une séance hebdomadaire dans l'atelier d'informatique et le copie sur disquette pour pouvoir le transférer sur l'ordinateur relié à Internet et le basculer sur la messagerie.
Au cours des séances qu'organise l'institutrice pour sélectionner les textes qui alimenteront la messagerie, les enfants apprennent à argumenter et à négocier. Ainsi, la classe a été le théâtre d'une discussion animée autour d'un message rédigé par un élève pour décrire "les battues aux pigeons" organisées dans la région pour éliminer ces oiseaux qui abîment les murs des maisons et saccagent les récoltes. Chacun a dû mettre au clair ses idées, les exprimer correctement, prendre en compte et respecter les opinions des autres sur la question. Et l'expérience a montré aux écoliers que sur Internet aussi pouvaient naître des controverses et qu'on pouvait défendre son point de vue tout en étant ouvert et tolérant. Ainsi Loïc, qui "prête particulièrement attention aux nouvelles qui marquent les enfants des autres pays", constate : "Quand on parle d'écologie, on a parfois du mal à se comprendre avec les enfants d'autres pays." Les élèves se sont en effet rendu compte que dans certains états, les problèmes dont on parle le plus concernent l'eau potable, dans d'autres la pollution de l'air, dans d'autres encore la façon dont certains animaux sont traités. Mais, conclut Loïc, optimiste : "En discutant, après plusieurs messages, on arrive à se mettre d'accord."
La découverte des langues étrangères
Les messages qui arrivent à l'école ne sont pas tous en français. La maîtresse traduit ceux qui sont écrits en anglais, en espagnol ou en italien. Et ce sont des élèves du collège La Noë Lambert de Nantes qui traduisent certains messages qui doivent être rédigés dans une langue étrangère, comme un questionnaire sur les fusées que les écoliers de Bioule ont envoyé à un technicien de la Nasa. "Effet Internet", plusieurs enfants déclarent vouloir apprendre des langues étrangères pour communiquer plus facilement avec leur nombreux correspondants. Et tous espèrent que l'école sera prochainement équipée d' un modem plus puissant pour avoir accès à l'ensemble des services multimédia du réseau.
Martine CAUVILLE
adresse Internet de l'école de Bioule :
euromontauban@citi2.fr
Le Tumulus et Internet
C'est par une petite route sinueuse qu'on accède à Piquecos, dans le Bas Quercy. Le village qui compte 305 habitants est perché sur une colline qui surplombe la vallée de l'Aveyron. Mais ici, les enfants de la minuscule école qui partage une maison avec la mairie ne se sentent pas pour autant isolés. Ils fréquentent assidûment les autoroutes de l'information et Internet n'a plus beaucoup de secrets pour eux. Pierre-Jean est fier de pouvoir dire : "On a un site à nous". Cyril, lui, s'exclame : "Ce qui me plaît, c'est qu'on peut correspondre avec des écoles du monde entier". "On discute même en direct avec des élèves du Canada", s'émerveille Jonathan, il faut connaître les fuseaux horaires, poursuit-il". Et Nathanaël précise : "On peut aussi recevoir des photos et envoyer celles que nous prenons avec notre appareil photo numérique".
Des échanges internationaux
Dans le cadre d'un regroupement pédagogique intercommunal (RPI) de trois communes du Tarn-et-Garonne ( Puycornet, L'Honor de Cos et Piquecos), c'est à Piquecos que sont scolarisés, dans la classe unique, 23 élèves de CM1 et CM2. Pierre Valade, l'instituteur, est arrivé ici à la dernière rentrée. Passionné d'informatique et abonné à Internet à titre personnel, il avait constaté qu'il existait déjà des échanges internationaux entre écoles. Il a donc décidé d'initier ses élèves à l'utilisation du réseau en intégrant cette activité au projet pédagogique de la classe. Découverte d'une nouvelle technologie et ouverture sur le monde extérieur vont de pair avec les activités scolaires traditionnelles et toutes les disciplines sont associées à l'expérience.
Grâce au soutien actif d'Yvan Castagné, maire de la commune depuis plus de trente ans et qui explique : "J'ai toujours été partant pour favoriser tout ce qui peut permettre d'élargir l'horizon des enfants de notre petit village", le matériel informatique de l'école a pu être renouvelé pour permettre la connexion à l'ensemble des services d'Internet par l'intermédiaire du serveur de l'académie de Toulouse.
Très vite, les enfants ont assimilé les procédures d'accès au réseau et de navigation dans les différents services qu'ils veulent consulter ou dans lesquels ils veulent intervenir. Ainsi, chaque jour, à tour de rôle, par petits groupes de trois ou quatre, ils consacrent une partie de leurs récréations à relever les messages de leur boîte à lettres, à envoyer eux-mêmes des messages et à mettre à jour "leurs" pages Web (1), sur l'ordinateur installé dans une petite salle contiguë à la classe. Même si les petits élèves sont maintenant pratiquement autonomes dans leurs manipulations, ici Internet reste bien sûr un outil pédagogique et leur instituteur se montre vigilant pour que les temps de connexion restent limités. Une grande partie des activités de la classe sont organisées autour des différents services puisque régulièrement les écoliers rédigent des messages et élaborent des documents pour leur site qui est hébergé par le serveur Web de l'académie.
La messagerie électronique ou e.-mail leur permet de correspondre de façon régulière avec plus de soixante-dix classes francophones dans le monde - un seul envoi permet d'envoyer le même message à toutes les écoles - dans le cadre d'un groupe existant depuis plusieurs années : la classe globale de français (CGF). Une occasion pour les enfants d'apprendre à situer sur une carte les pays de leurs correspondants, de découvrir comment on y vit, de s'informer sur leur climat et l'ensemble de leurs caractéristiques géographiques, qu'il s'agisse de Taïwan, du Chili, de la Nouvelle-Zélande ou de Bruneï ! Les demandes adressées par les écoles partenaires sont toujours très motivantes pour les élèves qui se lancent avec zèle dans les recherches nécessaires pour pouvoir répondre. Les écoliers de Piquecos collaborent avec deux autres écoles françaises qui participent à la CGF, l'école Isabelle Pâtissier à Sorbiers dans la Loire et l'école les Sarazines à Blois.
C'est aussi par l'intermédiaire du courrier électronique que la classe participe à un jumelage de travail avec une école italienne dans le cadre d'un projet intitulé "École appelle école" et qui fonctionne sous l'égide du ministère de l'environnement italien. Au programme, notamment, des activités mathématiques et scientifiques, toujours liées aux problèmes d'environnement. Parmi les thèmes déjà abordés, les sources d'énergie et l'éliminination des déchets. La messagerie permet de multiples échanges plus informels et parfois plus ludiques mais toujours formateurs car les élèves sont toujours très attentifs à la qualité de rédaction de leurs messages et, précise Vincent, "on essaie de ne pas faire de fautes d'orthographe !"
Un outil stimulant
Quant au Web, c'est un instrument très stimulant pour la classe. Les élèves élaborent régulièrement de nouvelles pages pour leur site qui comporte un nombre impressionnant de rubriques. "Ils sont ainsi amenés à prendre conscience, souligne Pierre Valade, qu'il est important de maîtriser la langue écrite et de soigner la présentation de son travail". Les enfants proposent, entre autres, une présentation de leur école, de leur village et de leur région, avec une photo de leur classe, un dossier sur leurs deux clubs de rugby préférés, une "version Internet" de leur journal Le Tumulus, baptisée "Le Tumulus électronique", des comptes rendus d'activités touchant toutes les disciplines, des poésies, des contes, des notes de lectures et des statistiques sur les consultations de leur site ! ...
L'instituteur programme régulièrement des exercices de mathématiques à partir de ces statistiques. Sont ainsi étudiés au fil de l'année les nombres décimaux, les pourcentages, les moyennes, les diagrammes et leur interprétation. Chaque jour, on peut aussi trouver sur les pages Web des écoliers de Piquecos la réponse à la charade qu'ils ont mise en ligne la veille et le nom de leurs correspondants ayant envoyé la bonne réponse sur la messagerie.
S'il n'est pas encore question pour les enfants de consulter souvent des banques de données sur le Web - ni l'emploi du temps de la classe ni le budget de l'école ne le permettraient - il leur arrive d'y "entrer", par exemple pour "visiter" le Louvre. "Pour trouver ce qui nous intéresse dans le Web, précise Nathanaël, internaute déjà confirmé comme tous ses camarades, on utilise le logicielde navigation Netscape." (2)
On ne s'étonnera pas que leur Livre d'or, installé lui aussi sur le Web, s'enrichisse régulièrement de nouvelles signatures leur prodigant encouragements, félicitations et même parfois... demandes de conseils pointus d'utilisation d'Internet !
M.C
Académie de Toulouse, adresse Web :
http://www.ac-toulouse.fr/piquecos/
Adresse e.-mail de l'école de Piquecos:
pvalade@ac-toulouse.fr
(1) Le World Wide Web ou WWW ou encore 3W ou plus simplement Web est un système d'information réparti fondé sur des documents hypermédia. C'est actuellement le système d'information le plus utilisé (et le seul qui soit multimédia) sur l'Internet avec plusieurs milliers de serveurs à travers le monde.
(2) Netscape est l'un des logiciels qui permettent d'accéder aux serveurs WWW sur Internet.

<!fin_de_signature>