Mon école sur Internet
Le village semblait trop petit pour conserver son école. Aujourd'hui, c'est le monde
entier qui frappe à la porte de la communale.
C'est une minuscule école rurale du bas Quercy qui, en un an, a acquis une reconnaissance
mondiale. 25 élèves dans une classe unique de CM1-CM2, pour qui il est tout naturel
d'utiliser ordinateur, CD-ROM et Internet. Si vous souhaitez faire leur connaissance, il suffit d'aller sur le Web (leur adresse :
http://www.ac-toulouse.fr/piquecos),
où Raoul, leur mascotte - une admirable grenouille - assure, en plusieurs langues,
l'accueil des visiteurs. Elle les entraîne du journal de la classe,
Le Tumulus
, au
livre d'or ou à la
charade du jour. A Piquecos, Pierre Valade, maître de ce cours
moyen très branché, explique ce petit miracle : "Le but est d'enrichir l'enseignement,
d'initier les enfants aux nouvelles technologies et d'ouvrir l'école sur le monde." Réussi.
Mylène n'a rien de ces cyber-mômes qu'on imagine volontiers renfermés ou obsessionnels.
Pas plus que Cyril ni Gaëlle qui l'entourent. Ce matin, pendant que leurs copains
planchent encore sur un exercice mêlant géographie et mathématiques, à partir des
statistiques de consultation de leur site Web, elle pianote sur le Mac. Au menu, le CD-ROM
que les élèves ont conçu et réalisé l'an dernier avec leurs alter ego de Saint-Sylvain-d'Anjou,
à qui ils avaient rendu visite. Un vrai travail de pros, avec vidéo, son, et, évidemment, images et textes, primés en octobre au
Faust, à Toulouse, un forum
consacré aux nouvelles technologies. Quand sonne l'heure de la récré, les enfants
de 8 à 11 ans ne se précipitent pas dehors en hurlant ; ils entourent le Mac et ses
"1000 exercices pour réussir sa sixième". Après la cantine, ils repiquent pour inscrire
sur leur Web le
menu du jour et la
charade quotidienne. Ceux des élèves qui maîtrisent
assez bien le langage HTML - code pour réaliser des documents lisibles sur le Web
- l'enseignent aux autres. En début d'année, cette tâche incombe aux CM2, qui ont déjà
plusieurs mois d'Internet et un CD-ROM derrière eux.
Piquecos et ses 308 habitants n'ont donc rien à envier aux grands. Le maire - Yvan
Castagné, 73 ans, agriculteur à la retraite, effectuant son septième mandat - y est
pour beaucoup. Il s'est battu pour conserver une école dans son village et il a acheté
l'ordinateur. Le
rectorat de l'académie de Toulouse, très en pointe dans ce domaine,
a mis en place un serveur pédagogique pour héberger les nombreuses expérimentations
scolaires. Pierre Valade, l'instituteur, qui allie, à un goût prononcé pour le
rugby,
une attention sans faille au travail de ses élèves et l'envie de leur donner un accès
privilégié au meilleur de la modernité, a fait le reste. Pour un coût mensuel d'environ
100 francs, l'école rurale à classe unique s'est branchée sur l'Univers. Une fois
par semaine, tout le monde va à Loubéjac, où une médiathèque, installée dans une ancienne
école, leur offre un atelier d'informatique avec un réseau de six machines. La classe
y élabore la version papier et la version électronique du
Tumulus
.
Grâce au
E-Mail, les mômes internautes de Piquecos ont des copains dans le monde entier.
Grâce au Net, l'école a reçu la visite d'une Américaine du Texas, du directeur adjoint
de l'Alliance française de Canberra, du principal d'un collège de la Colombie-Britannique, d'un étudiant de l'X et d'un autre des Ponts et chaussées. Comme l'écrit
avec l'accent Colette Chabot, l'une de leurs correspondantes de Montréal : "J'aimerais
bien que mon garçon aussi "aille" la chance que vous avez ..."
. Sylvie O'Dy
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