Piquecos, minuscule village français de 305 habitants à 60 kilomètres de Toulouse. Une seule école, qui reçoit 23 enfants des trois communes environnantes (les trois communes se partagent en trois écoles les enfants des différents villages, Piquecos scolarisant les 9-10 ans).
Une petite école d'un tout petit village du Midi-Pyrénées qui n'aurait rien, à prime abord, pour être célèbre. Pourtant, elle communique avec le monde entier, et le monde entier lui écrit. Elle illustre de façon étonnante comment des individus déterminés peuvent utiliser Internet de façon créatrice sans qu'il en coûte une fortune. «Small is beautiful», comme le disait le slogan des années 70...
L'école de Piquecos possède son propre site Internet, et ce site est un modèle de ce que pourrait être un site scolaire.
On y trouve quelques grandes têtes de chapitre, un outil de recherche par mots-clés, plusieurs projets pédagogiques en cours, et puis même un petite lien audio où vous pouvez cliquer et entendre toute la classe vous dire bonjour.
Le site de Piquecos propose, par exemple, des textes sur les équipes de rugby préférés des élèves, sur leurs groupes rock préférés. Les élèves offrent un journal de classe, Le Tumulus, et ils ont même conçu une petite carte géographique qui identifie la provenance de leurs grands-parents.
On peut également cliquer sur leurs activités de classe: un peu d'astronomie, des comptines en italien pour un projet d'expérimentation en langue étrangère, des notes de lectures, des poésies, des récits d'excursion, des résultats sportifs, la photo de la semaine, la charade du jour (les enfants inventent des charades, et relèvent tous les jours le nom des gagnants dans leur boîte aux lettres électronique), etc.
En consultant leur boîte à messages, on constate que Piquecos reçoit des messages du Maroc, du Japon, d'Angleterre ... et du Québec: une petite fille de Saint-Honoré, qui se promenait sur Internet avec son père, leur propose de mieux faire connaître son Saguenay-Lac-Saint-Jean.
C'est l'enseignant de cette petite classe, Pierre Valade, qui a réalisé lui-même la conception du site.
Ancien employé pendant trois ans de Apple France, Pierre Valade a observé ce qui se passait sur le réseau pendant les vacances de l'été 1995, et à la rentrée de l'automne il convainquait le maire de la commune de renouveler l'équipement informatique de l'école.
En France, les communes prennent en charge certains équipements des écoles ainsi que de l'accueil des enfants (cantine, garderie, etc.). On voit tout de suite que le soutien des responsables locaux a été essentiel à la mise en place du site. «Dans notre village, l'accord avec le maire est parfait», explique Pierre Valade, dans une entrevue au Devoir. Et c'est le Rectorat de l'Académie de Toulouse qui héberge le site et fournit gratuitement l'accès au réseau.
«Tous les travaux du site ont été réalisés par les élèves, explique Pierre Valade, de manière traditionnelle, avec du papier et un crayon. Il n'y a que les photos qui sont prises directement avec un appareil photonumérique. Lorsque les textes sont convenables, ils sont saisis en traitement de texte par les enfants. J'interviens alors, le soir chez moi, pour transcrire le tout en langage html, puis je leur fais visionner la maquette».
Pour quelques rubriques du site, les élèves travaillent directement dans l'éditeur de texte html.
«Pratiquement tout est prétexte à enrichir le site, ajoute Pierre Valade: visites guidés, lectures, sorties ... Les enfants sont très motivés par la production sur Internet, et que j'utilise cette forte motivation pour réaliser les travaux de classes, et surtout les travaux écrits: l'écriture n'est plus un simple artifice pour répondre aux exigences du maître, mais un moyen de communication. Et ils sont motivés à remettre des travaux "propres"».
«Si le temps passé sur l'ordinateur est très réduit, ajoute-t-il, le temps consacré aux projets qui aboutiront sur le site, ou aux travaux induits par la messagerie électronique, est très volumineux».
Pour Pierre Valade, ce nouvel outil représente un formidable «vecteur de lecture», mais aussi d'écriture. M. Valade explique d'ailleurs que les élèves apprécient au plus haut point de recevoir des messages: lorsque leurs interlocuteurs ne respectent pas les règles d'écriture, «il m'est plus facile de parler de l'orthographe», commente-t-il.
Et puis ces messages permettent évidemment aux élèves de s'ouvrir sur le monde. On situe sur une carte la pays ou la région d'origine du message, on effectue parfois un travail de recherche sur la région en question.
Avec un tel site, les projets de Pierre Valade ne manquent pas. Dont celui-ci: dans le domaine de la messagerie électronique, il travaille à un projet de «classe globale de français» qui réunira plus de 70 écoles dans le monde, de la Nouvelle-Zélande au Chili en passant par le Portugal et l'Italie.
Pour joindre l'auteur de cette chronique: Paul Cauchon