Sylvie O´Dy est rédacteur en chef à "l´Express".

De passage à l´école de Piquecos, elle a accepté de répondre à nos questions :


... sur son métier

Q : Votre métier est-il dur ? (Ingrid, CM1)

R : C´est un peu difficile à dire : c´est un métier qui s´apprend dans une école de journalisme. En ce qui me concerne, j´ai fait d´abord des études à l´université où j´ai étudié le droit et les sciences politiques puis dans une école de journalisme. C´est un métier où il y a des techniques : moi j´écris. Il faut arriver à écrire convenablement et puis à dire vraiment ce qu´on veut dire. Le métier d´un journaliste de radio est différent parce qu´on n´écrit pas de la même façon, on a beaucoup moins de temps : quand je fais un article pour "l´Express" par exemple, mettons un article que je vais faire sur la classe, je ne sais pas exactement quelle taille ça prendra dans le journal mais peut être ça prendra 2 pages ou 3 pages de "l´Express", pour faire ça il faudra que je fasse à peu près 12 pages que j´aurai écrites moi-même, ce qui fait quand même pas mal d´informations ; quand quelqu´un fait une information pour la radio, 1 mn de radio, quand on parle pendant 1 mn, on considère que ça fait entre 15 et 20 lignes seulement. Donc vous voyez que c´est très différent, on n´écrit pas de la même façon quand on écrit une information pour 15 lignes et puis quand on écrit une information sur 12 pages ... Ça s´apprend, mais c´est un métier très intéressant !

Q : Est ce que les gens sont gentils avec vous ? (Noëlie, CM1)

R : Quand je vais les voir ? Oui, généralement, les gens sont plutôt gentils avec moi, sont plutôt agréables, d´abord parce que j´essaie moi aussi d´être gentille avec eux, de ne pas poser des questions de façon brutale, donc oui je dois dire que généralement les gens sont gentils ... mais pas toujours : parfois il y a des gens qui ne veulent pas vous donner d´informations. A ce moment-là, ils vous disent bien "non" , ils refusent de répondre à vos questions. Alors ça, ça devient tout-à-fait ennuyeux parce que vous dites "moi je suis là pour poser des questions, j´aimerais bien avoir des réponses", alors parfois ça se passe un peu moins bien, parce que je considère qu´il faut insister quand vous posez une question et puis que vous n´avez pas la réponse (vous devez la réponse aux lecteurs ; ce n´est pas pour moi, la réponse, la réponse c´est destinée aux lecteurs du journal : ils sont près de deux millions et ils ont droit à une réponse précise et fondée). Donc dans ces cas-là, il faut insister. Jusqu´à ce que les gens vous répondent. Gentiment, parce que ce n´est pas la peine de se fâcher, mais il faut dire "Mais écoutez, non, monsieur ou madame, vous n´avez pas répondu à ma question. Moi je vous ai posé telle question et puis vous me donnez telle réponse, ce n´est pas vraiment une réponse. Est ce que vous pourriez me répondre plus précisément ?" Parfois il y a des gens que ça agace : quand on insiste, les gens cessent d'être gentils, et les relations se tendent beaucoup. Mais, ça, ça fait partie du métier. C´est que quand on a une question à poser, il faut obtenir une vraie réponse.

Q : Comment faites-vous, quand vous allez dans d´autres pays, pour comprendre les gens ? (Mylène, CM2)

R : Et bien, soit ce sont des gens qui parlent anglais, et comme je parle cette langue couramment, on peut s´exprimer en anglais (ce qui aide notamment dans certains domaines, comme les sciences, puisque les scientifiques parlent généralement anglais car c´est une langue dans laquelle il y a beaucoup de publications scientifiques), soit je parle un peu espagnol, ce qui me permet aussi de converser dans d´autres pays, en Amérique latine, au Mexique, soit encore, lorsque j´ai fait des reportages en Russie, je travaillais souvent avec une photographe qui parlait anglais et russe et elle m´aidait, ou je prenais un interprète : j´ai essayé d´apprendre un peu le russe, pour me débrouiller dans la rue, pour demander mon chemin, mais je ne parlais pas assez bien cette langue pour faire une interview.

Q : Est ce que c´est dur de retenir les langues ? (Cédrine, CM1)

R : Pour parler les langues ... non, vous verrez quand vous en apprendrez vous aussi, il faut les pratiquer beaucoup, pour ne pas les oublier. Il faut s´en servir, c´est comme la gymnastique, plus on fait les choses, plus c´est facile. Par exemple, moi, je lis les journaux en anglais. Parce que ça m´aide toujours à garder la langue. Par contre pour l´espagnol que je pratique beaucoup moins, c´est plus difficile, je l´oublie plus facilement.

Q : Est ce que vous allez loin pour faire des reportages ? (Cyril D, CM2)

R : Oui, je suis allée très loin. Maintenant, je m´éloigne moins parce que j´ai eu un enfant et que j´ai voulu rester en France : si je partais 15 jours ou 3 semaines, ça ne l´amusait pas tellement ! Je me suis beaucoup occupée des questions scientifiques ou d´environnement, donc je suis allée en Chine, je suis allée aux Etats-Unis, je suis allée en Suède, oui j´ai fait beaucoup de voyages ... je suis allée loin, et c´était très intéressant aussi.

Q : Quand vous travaillez, est ce qu´il y a toujours quelqu´un avec vous, par exemple un photographe ? (Florian, CM2)

R : Oui, généralement, il y a un photographe. On essaie de travailler ensemble parce que c´est plus agréable comme ça. On fait tous les deux le même sujet parce que quand je fais quelque chose, l´oeil du photographe voit dans quelle optique je le fais, donc il fait des photos qui correspondent bien. Il arrive parfois qu´on n´arrive pas à travailler en même temps, que le photographe vienne après. A ce moment-là, je lui dis "j´ai vu telle ou telle chose. Est ce que tu pourrais faire des photos dans ce secteur ?" Mais on fait toujours des photos pour les articles.

Q : Y a-t-il beaucoup de côtés drôles dans votre métier ? (Noé, CM2)

R : Oui, il y a des côtés drôles, parce que parfois on fait des reportages sur des choses qui sont drôles en elles-mêmes, et puis parfois la drôlerie c´est involontaire. Il arrive qu´on s´amuse sans qu´on l´ait prévu.

Q : Qu´est ce qui vous a le plus marqué dans votre métier ? (Julien, CM2)

R : Et bien c´est un reportage que j´ai fait en 1990 sur la Mer d´Aral qui se trouve en Asie, en Ouzbékistan et qui disparaît : la mer se rétrécit à cause de la pollution, parce qu´on a trop pompé d´eau dans les fleuves qui l´alimentaient. C´est quelque chose de terrible pour la région, et surtout ses habitants.


... sur son parcours

Q : Quand vous étiez petite, quel métier vouliez-vous faire ? (Florian, CM2)

R : J´avais plutôt envie, je pense, d´être médecin ou vétérinaire, et puis j´ai changé d´avis.

Q : Pourquoi avez-vous voulu être journaliste ? (Noé, CM2)

R : Parce que j´étais très intéressée par le monde, par ce qui se passe autour de moi, par ce qui se passe dans notre pays, dans d´autres pays, je voulais avoir les moyens de voyager, de rencontrer des gens nouveaux, qui font des choses intéressantes.

Q : Pourquoi avez-vous décidé de rentrer à "l´Express" ? (Noé, CM2)

R : Parce que j´estimais que c´était un très bon journal, qui correspondait bien à ce que je voulais faire. Je voulais faire de la presse écrite, parce que j´aime bien l´écriture, plutôt que de la radio ou de la télévision. Ce sont des formes différentes de journalisme.

Q : Avez-vous travaillé dans d´autres journaux que "l´Express" ? (Julien, CM2)

R : Avant de travailler à "l´Express", je travaillais dans un quotidien, qui parait donc tous les jours, où j´ai travaillé pendant 4 ans. C´était très différent, c´est un quotidien qui se créait, j´ai fait partie de l´équipe qui l´a créé, et ça c´était tout à fait passionnant, parce que créer un journal, c´est extraordinaire. J´ai beaucoup beaucoup aimé ce journal, mes meilleurs souvenirs du reste sont de cette époque, je travaillais 15 heures par jour, mais j´adorais ça. C´était le "Quotidien de Paris" qui était né de "Combat", il y avait l´équipe de "Combat" qui avait créé le premier "Quotidien de Paris", qui était effectivement un journal où on gagnait très peu d´argent, où on travaillait énormément, mais c´était formidable.

Q : Est ce que vous pouvez nous résumer votre parcours à "l´Express" ?

R : Je suis rentrée à "l´Express" d´abord comme journaliste au service scientifique, ensuite j´ai été reporter, je me suis promenée un peu partout autour du monde pour faire des reportages ; après la naissance de mon fils, on m´a proposé de diriger le service scientifique ... A ce moment-là, qu´est ce qu´on fait quand on dirige un service ? On a des journalistes, 5 ou 6, on décide avec eux des sujets qu´ils vont aller traiter, on en discute, ils vont faire les sujets, puis quand ils reviennent, ils me rendent leur article, je le lis, puis je dis "voilà, ça c´est bien, mais tel paragraphe serait peut -être mieux avant, et puis là tu me dis telle chose mais je ne comprends pas très bien ce que tu veux dire, donc peut-être que ce n´est pas très bien exprimé, ou alors qu´il n´y a pas assez d´informations, il faut un petit peu reprendre ça, donc on fait un peu une correction des articles, puis on anime les choses. J´ai fait ça dans "l´Express", et puis "l´Express" a créé un mensuel (c´est un journal qui parait tous les mois) qui était consacré uniquement aux sciences : médecine, environnement, technologie. J´ai dirigé aussi ce petit journal, qui a duré 2 ans et demi, et ensuite j´ai toujours continué à m´occuper des sciences dans "l´Express" ; on m´a aussi confié une autre partie du journal, qui s´appelait "C´est l´époque", qui parlait des problèmes de société, des styles de vie, dont je m´occupais également et ça jusqu´en 1995. En 1995, je me suis occupée d´une opération sur toute la France, sur les hôpitaux : j´ai fait 8 numéros spéciaux sur les hôpitaux français pour dire quels étaient, dans les différentes régions, les meilleurs services hospitaliers, et là, depuis le mois de juin, je fais de grands dossiers en médecine ou en sciences et je m´occupe aussi de faire parler un peu plus de ce qui se passe dans les régions françaises dans le journal, parce qu´on trouve que le journal est trop parisien, qu'on parle trop de Paris et pas assez de ce qui se passe dans les régions.


... sur "l'Express"

Q : Combien de journalistes travaillent à "l´Express" ? (Cyril D, CM2)

R : Nous sommes environ 70 journalistes. Mais il y a aussi beaucoup d´autres gens qui font d´autres choses : de la mise en page, qui s´occupent des photos, qui s´occupent aussi de vendre le journal ... l´équipe est plus importante, il y a un peu plus de 200 personnes.

Q : Pourquoi ce nom, "l'Express" ? (Vivien et Cyril S, CM2)

R : Parce que je crois que les gens qui ont créé le journal ont voulu que les lecteurs puissent s´informer rapidement en lisant "l´Express", d´où ce nom qui veut dire rapidité.

Q : Quelle est la périodicité de votre journal ? (Noé, CM2)

R : "l´Express" est ce qu´on appelle un hebdomadaire, c´est à dire qu´il parait toutes les semaines ... et c´est tous les jeudis.

Q : "l´Express" est-il un journal en couleurs ? (Noé, CM2)

R : Oui, "l´Express" est un journal en couleurs, entièrement.

Q : Combien de temps faut-il pour faire un journal ? (Sophie, CM1)

R : Pour faire un journal comme "l´Express" tu veux dire ? C´est compliqué parce que je peux décider aujourd´hui, le 8 octobre, de réfléchir avec la direction de la rédaction et dire, par exemple, pour le premier numéro de décembre, je vais faire un gros dossier sur les enfants et la lecture. Je peux commencer à y travailler maintenant parce que j´ai une date prévue, et il faudra qu´à cette date-là mon travail soit terminé. Mais entre-temps, je ferai d´autres choses. On peut mettre 1 mois pour rendre certains articles, 1 mois et demi ou 2 mois, et puis quand il y a une actualité, par exemple il y a eu un attentat à Bordeaux, contre la Mairie, samedi dernier ; à ce moment-là, il fallait qu´il y ait un article sur ce sujet dans le journal aujourd´hui mardi : donc, là, les gens le font en 2 jours. En règle générale, on "boucle" le journal le mardi matin, parce que le journal parait le jeudi, on ne peut plus écrire après le mardi midi ou le mardi 14 heures. Mais autrement, on écrit toute la semaine : le mercredi, le jeudi, le vendredi, le lundi, pour le jeudi suivant.


... divers

Q : Que faites-vous quand vous avez du temps libre ? (Ingrid, CM1)

R : Différentes choses : j´aime bien jouer du piano, faire du sport, faire des choses avec mon enfant et ses copains, on va à la piscine, au musée de la Villette, un musée que l'on aime bien, il y a une exposition en ce moment à Paris sur les météorites au Muséum d´Histoire Naturelle : on est allé la voir ... J´aime faire ce genre de choses, voir des amis et discuter, et lire, j´aime beaucoup lire.

Q : Pourquoi êtes-vous venue à l´école de Piquecos ? (Julien, CM2)

R : Parce que nous préparons un numéro spécial sur l´informatique, et je me suis chargée de "l´informatique et l´école", et donc je savais qu´à Piquecos vous faisiez des choses très intéressantes avec internet et les cédéroms.


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