Et si on lisait encore un peu...
Je lis la nuit
Je lis la
nuit. Je n’ai jamais pu lire que la nuit.
Quand j’étais écolière je lisais également la nuit. La nuit de la sieste qui
vide la ville comme la nuit horaire. Cette habitude est venue de ma mère qui
disait qu’il fallait lire en dehors des heures de travail.
La lecture s’est donc faite à la place du sommeil de la sieste, comme ensuite
plus tard, elle s’est faite à la place du sommeil de la nuit. Je n’ai jamais lu
à la place d’écrire ou de m’ennuyer ou de parler avec quelqu’un.
Je découvre ça tout à coup : je n’ai jamais lu par ennui. Je n’ai jamais entendu
ma mère dire à ses enfants : si tu t’ennuies, lis un livre.
Marguerite Duras