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Des chercheurs français,
russes et américains ont mesuré la température, la
concentration en aérosols, en gaz à effet de serre et différents
paramètres du climat et de l’environnement de la Terre sur les quatre
derniers cycles climatiques. Les résultats confirment l'idée
selon laquelle les variations du climat sont initiées par les changements
orbitaux de la Terre et largement amplifiées par les gaz à
effet de serre. Les fortes concentrations des gaz à effet de serre,
jamais observées lors des derniers 420 000 ans, mettent en relief
le rôle que pourraient jouer ces gaz dans le réchauffement
climatique possible de la planète. L’étude est présentée
aujourd’hui dans la revue spécialisée
Nature par dix-neuf
chercheurs des trois nations participantes, dont treize glaciologues et
climatologues des laboratoires du CNRS de Grenoble et de l’unité
mixte CEA-CNRS de Saclay (1).
Les 3623 mètres de
carotte de glace forés à la station russe de Vostok, en Antarctique,
sont le résultat d’une collaboration de plus de dix ans entre la
Russie, la France et les Etats-Unis (2). Le site de Vostok est considéré
comme le plus inhospitalier de la Terre avec ses 3500 mètres d’altitude
pour une température moyenne annuelle de moins 55°C.
Les analyses de cette carotte
glaciaire donnent accès à un enregistrement de l’atmosphère
continu sur les quatre derniers cycles climatiques. Pour la première
fois sur une aussi longue période, les chercheurs ont dessiné
les enregistrements simultanés de la température, de la composition
de l’atmosphère en gaz carbonique (CO2), en méthane (CH4)
et en oxygène, des flux de poussières issues des déserts
et des flux d’aérosols émis par les embruns marins.
Les paramètres du
climat et de l'environnement montrent quatre cycles majeurs marqués
par des périodicités de 100 000, 40 000 ans et 20 000 ans.
Pendant ces quatre cycles, les caractéristiques de l’atmosphère
ont varié entre des limites relativement stables, avec une amplitude
de la variation de la température en Antarctique d’environ 12°C
au niveau du sol et une amplitude de 8°C à la hauteur de la
troposphère. Entre périodes froides et chaudes, les concentrations
de l’atmosphère globale en gaz à effet de serre oscillaient
entre 180 ppmv (parties par million en volume) et 280 ppmv pour le CO2,
et entre 350 ppbv (parties par milliard en volume) et 700 ppbv pour le
CH4.
D’après ces résultats,
les concentrations en gaz à effet de serre sont corrélées
à la température antarctique sur l'ensemble de la période
étudiée, confirmant les observations précédentes
faites sur les derniers 150 000 ans. Une telle relation apparaît
encore pendant les périodes interglaciaires les plus chaudes au
cours desquels les concentrations en gaz à effet de serre sont les
plus élevées (300 ppmv de CO2 et 750 ppbv de CH4). Des valeurs
pourtant très inférieures aux concentrations mesurées
dans l’atmosphère actuelle : 360 ppmv de CO2 et 1700 ppbv de CH4.
Des valeurs jamais atteintes au cours des derniers 420 000 ans.
Vers – 310 000, - 240 000,
- 135 000 et – 15 000 ans, la fin des quatre grandes glaciations est suivie
de transitions climatiques vers des climats interglaciaires. Les fins de
périodes glaciaires sont généralement les plus froides
et les changements vers les périodes chaudes se sont opérés
en 5 à 10 000 ans. Pour les quatre transitions et d’après
l’analyse des échantillons de glace, la même séquence
d'événements s’est répétée : le réchauffement
des hautes latitudes sud suivait quasi simultanément, à mille
ans près, l’augmentation des concentrations des gaz à effet
de serre (CO2 et le CH4). Alors que quelques milliers d'années plus
tard seulement (entre 4 et 9 000 ans ), s'opéraient le réchauffement
de l'hémisphère Nord et la fusion massive des calottes qui
s’y étaient développées. Ce résultat met en
exergue les mécanismes de transmission de la machine climatique
entre les deux hémisphères. Ils viendront alimenter les systèmes
de modélisation du climat.
Comme celles observées
dans les sédiments marins, ces périodes témoignent
du rôle joué par les changements, aussi légers soient-ils,
de l’orbite de la terre autour du soleil sur les variations du climat.
Mais pas seulement. La période chaude que nous connaissons depuis
11 000 ans, apparaît comme la plus longue depuis 420 000 ans. Les
variations de l’ensoleillement sont sans doute trop faibles pour expliquer
l’amplitude des changements climatiques observés. Les résultats
confirment donc l'idée proposée il y a une dizaine d’années,
selon laquelle les gaz à effet de serre ont aussi contribué
aux changements glaciaires/interglaciaires en amplifiant les variations
initiées par les variations orbitales de la Terre. Le mécanisme
en place reste à préciser.
(1)Climate and Atmospheric
History of the Past 420 000 years from the Vostok Ice Core, Antarctica
par Petit J.R., Jouzel J., Raynaud D., Barkov N.I., Barnola J.M., Basile
I., Bender M., Chappellaz J., Davis J. , Delaygue G., Delmotte M., Kotlyakov
V.M., Legrand M., Lipenkov V., M., Lorius C., Pépin L., Ritz C.,
Saltzman E., Stievenard M., Nature, 3 juin 1999.
(2)Le projet a été
soutenu en Russie par le Ministère des Sciences et aux Etats Unis
par l’Office des Programmes Polaires de la NSF. Sur le plan national, il
est coordonné par le Laboratoire de Glaciologie et Géophysique
de l’Environnement du CNRS et conduit dans le cadre d'une collaboration
étroite entre le Centre national de la recherche scientifique /
Insu,
le Commissariat à l’énergie atomique/ DSM et l’Institut français
de recherche et technologie polaire, à Brest. Il bénéficie
aussi du soutien du Programme National d'Etudes de la Dynamique du Climat
de la Commission européenne, de la Fondation de France, de la région
Rhône Alpes et de l’Université J. Fourrier de Grenoble.
Contacts chercheurs :
Jean Robert Petit et Dominique
Raynaud
Laboratoire de Glaciologie
et Géophysique de l’Environnement - CNRS
Tél : 04 76 82 42
44 / 42 45
(Photos disponibles
au LGGE)
Jean Jouzel
Laboratoire des sciences du
climat et de l’environnement CEA-CNRS
Tél : 33 1 69 08 77
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Contact presse :
Séverine Duparcq
Tél : 33 1 44 96 46 06
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