"Itinéraires de fin de guerre" 1er prix national 2022

Le livre audio "Itinéraires de fin de guerre (1944-1945)" a été réalisé par 5 élèves du lycée Bellevue d'Albi et primé au Concours National de la Résistance et de la Déportation 2022.

 

Ce projet tente de croiser trois portraits, trois itinéraires féminins dans la fin de la guerre. D'abord, une Berlinoise anonyme qui narre, dans son journal, une femme à Berlin, son quotidien dans Berlin entre avril et juin 1945. Ce fut l'occasion de mettre en lumière le sort des Berlinoises face aux soviétiques. La question de la « Libération », ainsi décentrée et rapportée à hauteur de femme n'a pas manqué de questionner les élèves sur la manière de raconter l'Histoire. Le second parcours offre au lecteur l'entrée en résistance et les actions de Renée Taillefer. Le travail a été mené à partir des archives départementales du Tarn. Femme d'action dans la fin de la guerre, son parcours rebat les conceptions de la place de l'engagement durant la Seconde Guerre mondiale, trop souvent présenté comme l'apanage des hommes. Enfin, réalisé à partir de l'ouvrage Retour à Birkenau, le troisième cheminement est la mise en image de la déportation de Ginette Kolinka. Ce récit, à la fois terriblement commun et singulier permet une approche du fait concentrationnaire au féminin.

Ces trois destins ont en commun de s'être joué dans la fin de la guerre. La période conjuguée au féminin offre un questionnement sur le corps des femmes en guerre : il est au service du combat en même temps qu'il est butin. Martha, l'anonyme de Berlin le met très bien en lumière. Renée Taillefer montre que son engagement a dû se frayer un chemin entre ses homologues masculin. Enfin, la manière dont Ginette Kolinka raconte et met l'accent sur la manière dont, du haut de ses 19 ans, la nudité infligée à Auschwitz-Birkenau, est une humiliation partagée par les femmes.

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Analyser la fin de la guerre au prisme de trois parcours féminins permet aussi de toucher un but civique. Les femmes ici ne sont pas seulement réduites à ce que les acteurs veulent en faire, des êtres passifs, un butin de guerre. Les élèves ont pu mesurer les stratégies, les combats, les engagements mais aussi la résilience qui font d'elles des acteurs à part entière.

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Enfin, l'exercice a permis de questionner la distinction, parfois un peu simpliste à l'esprit des élèves, entre victimes et bourreaux. Martha Hillers sans être fervente partisane du nazisme admet avoir suivi ses compatriotes dans la fuite en avant du régime nazi. Toutefois, le calvaire qu'elle vit la ramène à ce qu'elle est avant tout : une humaine victime de la soldatesque soviétique qui prend les traits du bourreau, non du libérateur.

 

Au final, l'exercice questionne des catégories et des images : le masculin le féminin ; la victime, le bourreau ; le conquérant, le libérateur...

Le choix du livre audio s'est imposé car les élèves avaient un talent certain pour cet art. Elles ont mis en images des événements mais aussi des idées. Ainsi, le livre se veut parfois plus abstrait. Par exemple, lorsqu'il s'agit de questionner la fin de la guerre comme une libération alors que, comme elles le disent : « le fin de la guerre, c'est toujours la guerre, c'est encore la guerre ». En outre, le travail sur l'audio a permis d’appréhender le fait qu'écrire l'Histoire nécessite une mise en récit qui est déformée par l'émotion. C'est un projet inclusif car les dessinatrices, ont autant que dans le texte lu, mis des formes à l'Histoire. Leur talent a ainsi été mis en valeur.