Étudier le Risorgimento italien avec la chanson Le soldat de Marsala de Gustave Nadaud en classe de Première générale
Preuve de l’importance que revêt le processus de Risorgimento pour les milieux révolutionnaires et républicains français au XIXe siècle, Gustave Nadaud s’est attaché à écrire vers 1861 un texte qui va devenir un véritable hymne antimilitariste et pacifiste : Le soldat de Marsala.
Auteur des fameux Carcassonne ou Le Roi boiteux interprétés par Georges Brassens au XXe siècle ; né en 1820 et mort en 1893 ; chansonnier prolifique (on lui en doit plusieurs centaines), Nadaud aura vécu parmi les épisodes les plus importants du XIXe siècle français. Malgré un positionnement relativement peu lisible (était-il orléaniste ? républicain ? abstentionniste ? révolutionnaire ?) il se montrera toujours très prudent dans ses saillies, voire « timoré » malgré une « réelle droiture » et une « amusante ironie ». Mais il n’hésitera pas à publier à ses frais les chansons d’un communard célèbre : rien moins qu’Eugène Pottier. Preuve d’une belle ouverture d’esprit s’il en est.
Le soldat de Marsala contant « l’expédition des Mille » à travers laquelle les Chemises rouges de Giuseppe Garibaldi vont écrire leur geste, reste dans l’imaginaire de la chanson française car c’est à une vision nettement moins romanesque et épique que nous invite Nadaud qui y détaille les effets concrets de la violence de la guerre sur les corps et les esprits de la soldatesque des deux bords -qui revêt encore un caractère éminemment universel au moment où ces lignes sont écrites. Ecrite selon toutes vraisemblance au tout début des années 1860, elle sera censurée avant d’être autorisée sous la Troisième République, preuve supplémentaire de l’ambiguïté du positionnement politique de Gustave Nadaud qui ne semble donc pas être un fervent bonapartiste. Au XXe siècle, cette chanson sera reprise par plusieurs artistes contemporains classés à gauche, à l’extrême-gauche voire parmi les libertaires : Francesca Solleville, Marc Ogeret ou Serge Utgé-Royo. Elle est par ailleurs rééditée régulièrement dans des compilations pacifistes et/ou anarchistes.
Niveau :
Classe de Première générale tronc commun.
Thème du programme :
Thème II : La France dans l’Europe des nationalités : politique et société (1848-1871)
Chapitre 5 : La France et la construction de nouveaux États par la guerre et la diplomatie (1848-1871)
Objectifs notionnels / capacités – compétences :
Maîtriser et utiliser des repères chronologiques et spatiaux.
Identifier et expliciter les dates et acteurs clés des grands événements.
Mettre un événement ou une figure en perspective.
Savoir lire, comprendre et apprécier un document.
Construire et vérifier des hypothèses sur une situation historique.
Documents / outils utilisés :
1- Un document constitué par nos soins et distribué aux élèves sur lequel figurent :
- le texte de la chanson (retranscrit ci-dessous) :
Nous étions au nombre de mille,
Venus d’Italie et d’ailleurs :
Garibaldi, dans la Sicile
Nous conduisait en tirailleurs.
J’étais un jour seul dans la plaine,
Quand je trouve en face de moi,
Un soldat de vingt ans à peine,
Qui portait les couleurs du roi.
Je vois son fusil se rabattre ;
C’était son droit ; j’arme le mien ;
Il fait quatre pas, j’en fais quatre :
Il vise mal, je vise bien…
Ah ! que maudite soit la guerre
Qui fait faire de ces coups-là !
Qu’on verse dans mon verre
Le vin de Marsala !
Il fit demi-tour sur lui-même.
Pourquoi diable m’a-t-il raté
Pauvre garçon ! il était blême.
Vers lui je me précipitai.
Ah ! je ne chantais pas victoire ;
Mais je lui demandai pardon,
Il avait soif, je le fis boire :
D’un trait il vida mon bidon.
Puis je l’appuyai contre un arbre,
Et j’essuyai son front glacé.
Son front sentait déjà le marbre !
S’il pouvait n’être que blessé !…
Ah ! que maudite soit la guerre,
Qui fait faire de ces coups-là !
Qu’on verse dans mon verre
Le vin de Marsala !
Je voulus panser sa blessure ;
J’ouvris son uniforme blanc.
La balle, sans éclaboussure,
Avait passé du cœur au flanc.
Entre le drap et la chemise,
Je vis le portrait en couleur
D’une femme vieille et bien mise,
Qui souriait avec douceur.
Depuis, j’ai vécu Dieu sait comme !
Mais tant que cela doit durer,
Je verrai mourir le jeune homme
Et la bonne dame pleurer !
Ah ! que maudite soit la guerre
Qui fait faire de ces coups-là !
Qu’on emporte mon verre !
C’était à Marsala !…
- une carte du Risorgimento prise sur la cartothèque de l’Histoire-Les Arènes qui sont libres de droit pour les usages pédagogiques et non commerciaux ;
- quelques éléments de contextualisation à la fois de la chanson et de l’expédition des Mille :
LE SOLDAT DE MARSALA (quelques éléments)
Écrite et mise en musique par le célèbre chansonnier Gustave Nadaud en 1861 (?) Le soldat de Marsala fait référence l’épopée des Chemises rouges. Malgré un sujet italien, elle est d’abord censurée en France avant d’être autorisée sous la IIIe République.
départ de Gênes en mai 1860 ;
Giuseppe Garibaldi ;
quelques navires transportant un millier de soldats (en fait, un peu plus) portant pour certains des Chemises rouges -essentiellement Italiens, on compte parmi ces hommes, quelques étrangers dont plusieurs Hongrois et y compris un Brésilien ;
insurrection massive des Siciliens contre les Bourbons ;
prise de Syracuse le 1er août 1860 ;
plébiscite faisant entrer Naples et la Sicile dans le royaume de Sardaigne le 21 octobre 1860 ;
proclamation du Royaume d’Italie le 15 mars 1861.
2- la diffusion d’un podcast sur l’expédition des Mille, réalisé par un ou une élève de 1ère des années précédentes qui est diffusée en classe en complément d’information et n’excédant pas les 5 minutes.
Activités des élèves :
1. Travail préalable en classe (2-3h) :
Le travail sur Le soldat de Marsala intervient après :
une première partie de chapitre correspondant à un temps de réflexion sur la question du principe des nationalités et les notions de « nation » (remobilisée puisque déjà largement vue dans le cadre du premier thème) et surtout, de « peuple » afin de faire prendre conscience aux élèves de la polysémie et de la multiplicité des acceptions du terme.
une partie remontant à la fin du chapitre 2 du thème I : « L’Europe entre restauration et révolution (1814-1848) » au cours de laquelle a été abordé la circulation des idéologies en cette première moitié de XIXe siècle, et notamment, l’apparition des sociétés secrètes types carbonari et, évidemment, l’organisation Jeune Italie.
2. Travail concret avec les élèves :
- distribution du document détaillé ci-dessus ;
- explication des consignes, à savoir :
A partir du document distribué et du podcast diffusé, vous repèrerez puis expliquerez en quelques paragraphes :
les différentes étapes du processus de Risorgimento italien ;
en quoi a consisté l’expédition des Mille et quelle est son importance dans ledit processus ;
que décrit la chanson Le soldat de Marsala que vous resituerez également dans la chronologie de cette expédition… Quels sentiments ressortent de cette chanson. Qu’elle en est l’impression générale ?
- diffusion du podcast : entre 3 et 5 minutes ;
- une bonne demi-heure d’analyse des documents / mise en forme des paragraphes.
- une 15aine de minutes de correction et d’éventuels compléments d’information.
- si la séance est d’une heure et demie ou deux heures, on peut terminer par l’écoute d’une version du Soldat de Marsala : il en existe plusieurs accessibles sur internet, notamment, celle de Francesca Solleville. Pour une version plus moderne en termes d’orchestration, il faut à mon sens privilégier la version de Serge Utgé-Royo.
« Séance 4 : Étudier le Risorgimento italien à travers la chanson Le soldat de Marsala de Gustave Nadaud (1h-1h30) »
Complément d’information :
On peut envisager de laisser en lien sur l’ENT, deux musiques connues de Nadaud :
Carcassonne de George Brassens :
https://www.youtube.com/watch?v=_xgM9HepAtU
Le Roi boiteux par Pierre & Willy quartet :
https://www.youtube.com/watch?v=O0reEUb9U0w&list=RDO0reEUb9U0w&start_radio=1
Bibliographie / sitographie :
GARIBALDI, Giuseppe, Mémoire d’un Chemise rouge, Éditions du Sextant, Clohars Carnoët , 2008.
GOSSEZ Alphonse-Marius, « Les chansons politiques de Gustave Nadaud (1847-1862) », Revue d'Histoire du XIXe siècle – 1848, Année 1932, 140 pp. 14-33. En ligne sur Persée : https://www.persee.fr/doc/r1848_1155-8806_1932_num_29_140_1212?q=Gustave%20Nadaud
VAILLANT, Eugène, Gustave Nadaud et la chanson française ; précédé d'une analyse de la chanson française à travers les âges..., Albert Messein éditeur, Paris, 1911.
Pour plus d’information, contacter Guillaume De-Gracia <Guillaume.De-Gracia@ac-toulouse.fr>