Tisser l’égalité en classe

La Toile d’Isabelle Collet, un outil concret pour faire évoluer nos pratiques en Lettres-Histoire 

Comment faire vivre concrètement l’égalité filles-garçons dans nos classes ?

Comment dépasser les intentions pour interroger réellement nos supports, nos interactions, nos attentes et nos gestes professionnels ?

 

Les travaux d’Isabelle Collet, professeure en sciences de l’éducation à l’Université de Genève, spécialiste des questions de genre, d’école et de formation des enseignants, proposent des outils d’analyse directement mobilisables sur le terrain. Parmi eux, la “Toile de l’égalité” constitue un support particulièrement fécond pour accompagner la réflexion collective des équipes pédagogiques.

Pensée comme une grille de lecture systémique, la toile invite à considérer que les inégalités ne relèvent pas de situations isolées mais d’un ensemble de facteurs interdépendants : pratiques de classe, supports, interactions, organisation scolaire, représentations sociales, attentes implicites.

Autrement dit : changer un élément ne suffit pas. C’est l’ensemble du système qu’il faut observer pour transformer durablement les pratiques.

 

  1. Comprendre la “Toile de l’égalité”

La métaphore de la toile permet de visualiser plusieurs dimensions qui interagissent :

  • les savoirs transmis (programmes, corpus, exemples, figures de référence) ;
  • les interactions pédagogiques (prises de parole, encouragements, sanctions, attentes différenciées) ;
  • les supports et ressources (manuels, images, textes, situations professionnelles proposées) ;
  • l’organisation du travail (répartition des tâches, rôles donnés aux élèves, responsabilités) ;
  • les représentations sociales et stéréotypes qui traversent la classe.

Chaque “fil” influence les autres. Si l’on souhaite progresser vers plus d’égalité, il s’agit donc de repérer les points de tension, d’identifier les habitudes invisibles et de tester des ajustements concrets.

Cette approche est particulièrement pertinente en lycée professionnel, où les questions d’orientation, de mixité des filières, d’estime de soi et de projection professionnelle sont centrales.

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représentation graphique de la toile de l'égalité

2. Pourquoi cet outil est pertinent en LP ?

Nos disciplines occupent une place stratégique :

  • nous travaillons les récits, les modèles, les figures historiques ;
  • nous façonnons les représentations du travail, des métiers, de la citoyenneté ;
  • nous organisons de nombreuses situations d’oral et de coopération.

Autant d’espaces où peuvent se rejouer, parfois malgré nous, des stéréotypes de genre.

 

La toile de l’égalité aide à passer  d’une posture déclarative (“il faut faire attention”) à une démarche d’analyse professionnelle outillée (“où et comment agissent concrètement les inégalités dans ma classe ?”).

 

3. Des traductions concrètes pour la classe

Voici quelques pistes directement exploitables en Lettres-Histoire.

A. Analyser ses supports (regard critique sur les corpus)

Objectif : rendre visibles les représentations implicites.

Exemples :

  • compter la proportion d’autrices / d’auteurs dans une séquence ;
  • observer les rôles attribués aux femmes et aux hommes dans les textes étudiés ;
  • questionner les figures professionnelles proposées (métiers féminisés/masculinisés).

Activité possible avec les élèves :

  • réaliser un diagnostic collectif d’un manuel ou d’un corpus, puis proposer des ajustements.

B. Observer les interactions orales

Objectif : équilibrer la participation.

Exemples :

  • noter qui prend spontanément la parole ;
  • varier les modalités (écrit préparatoire, binômes, tours de parole régulés) ;
  • encourager explicitement les élèves moins visibles.

Outil simple : tableau de suivi des prises de parole sur une séance.

 

C. Travailler l’écriture et les représentations

Objectif : déconstruire les stéréotypes par la production.

Propositions :

  • réécriture d’un récit en changeant le genre du personnage principal ;
  • portraits de femmes et d’hommes invisibilisés dans l’histoire locale ou professionnelle ;
  • biographies croisées (scientifiques, artistes, ouvrières, résistantes, etc.).

 

D.  Croiser Lettres et Histoire-Géographie

Objectif : historiciser l’égalité.

Séquences possibles :

  • histoire des droits des femmes et des luttes sociales ;
  • évolution de la mixité professionnelle ;
  • étude de figures engagées (Olympe de Gouges, Gisèle Halimi, Lucie Aubrac, …) ;
  • cartographie des inégalités contemporaines.

 Production finale : exposition, podcast, frise chronologique, débat argumenté.

 

E.  Répartition des rôles dans le travail de groupe

Objectif : éviter l’assignation implicite.

Exemples :

  • rotation systématique des rôles (porte-parole, secrétaire, gestion du matériel) ;
  • vigilance sur les tâches techniques ou logistiques ;
  • explicitation des compétences travaillées.

F.  Utiliser la toile en formation ou en équipe

La “Toile de l’égalité” peut aussi devenir un outil collectif de réflexion professionnelle :

  • analyser une séquence a posteriori ;
  • identifier les points forts / axes d’amélioration ;
  • partager des pratiques entre collègues ;
  • construire un projet interdisciplinaire (parcours citoyen, PEAC, CESC).

 Format possible : atelier d’1h en conseil d’enseignement ou formation interne.

 

4. Une démarche progressive et réaliste

 

L’enjeu n’est pas de transformer toutes ses pratiques d’un coup, mais d’engager une dynamique réflexive continue :

observer → ajuster → tester → partager.

 

Comme le montre Isabelle Collet, l’égalité ne relève pas seulement des contenus enseignés : elle se joue dans les gestes ordinaires du quotidien pédagogique.

 

5. Mutualiser nos expériences

 

Vous avez expérimenté une activité, une séquence ou un projet autour de l’égalité filles-garçons en Lettres-Histoire ?

Vous utilisez la “Toile de l’égalité” comme outil d’analyse de vos pratiques ?

N’hésitez pas à partagez vos retours d’expérience, scénarios pédagogiques ou productions d’élèves afin d’enrichir les ressources disciplinaires académiques et d’alimenter la réflexion collective.


Voici un exemple mené depuis trois ans au sein du lycée professionnel Borde Basse à Castres…

La troisième édition de l’opération « Cent pour sang avec les filles » est une réussite !

Pour rappel, l’objectif premier est de lutter contre le tabou des règles. Les élèves de première Melec ont donc offert à 200 garçons volontaires, les 9 & 10 mars derniers, une

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Photo avec enseignant et recteur

serviette hygiénique. Celle-ci est protégée par une pochette en tissu, cousue par leurs soins et en collaboration avec l’association des aînés d’Adélaïde de Burlats. Les participants à l’opération ont ainsi toujours à disposition dans leur sac le nécessaire pour aider une fille, si besoin. Ils ont aussi reçu un porte-clés à accrocher à leur sac pour montrer leur solidarité.

Les élèves volontaires de première Melec tiennent à vous remercier d’avoir contribué à la réussite de cette opération, menée à la fois au lycée Borde Basse et au lycée Anne Veaute à Castres.

Ils sont aussi très heureux que leur action soit parvenue jusqu’au Recteur de notre académie… M. Benmiloud a en effet accueilli chaleureusement l’initiative de Mme Mariojouls qui lui a offert, de la part de nos élèves, une serviette hygiénique dans sa pochette ainsi que le porte-clés, lors de la cérémonie de remise du Label Egalité Filles-Garçons 2026 niveau 2, récompensant l’engagement de notre lycée pour une école plus juste et plus inclusive.

Merci encore et à l’année prochaine, pour une édition 2027 plus ambitieuse encore…

Pour les élèves, leur enseignante, pas peu fière… Lydia Gracia

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