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Avec La musique adoucit les morts d’Hugo Paviot, un nouveau héros de polar est né !
On connaît bien les personnages de polar, amateurs de musique, qui en rentrant chez eux le soir, écoutent du jazz en buvant du whisky. Le commissaire Ambroise Lecendre, dit Mélo, vient bousculer cette image : à ses heures perdues, il joue du violoncelle et boit du citron gingembre ! Le ton est donné, Mélo n’est pas un héros comme les autres.
On le découvre au début du roman, attendant pour la séance polar du festival du court-métrage de Clermont-Ferrand, quand un appel vient interrompre ses congés : un cadavre est découvert à l’Écopôle du Val d’Allier, le quatrième d’une série de meurtres commis sur ce même lieu... L’affaire lui donne du fil à retordre. Épaulé par ses précieux acolytes, le capitaine Dupuy et la lieutenante Delorme, Mélo se lance corps et âme dans une enquête complexe et passionnante qui, au-delà des motifs personnels, vient questionner la beauté du monde.
Mais ce qui fait l’originalité de ce roman, c’est que l’enquête – qui se déroule sur plusieurs années -, n’est pas au centre du récit. La musique adoucit les morts est avant tout une plongée dans l’époque contemporaine, à travers le regard d’un homme lucide, concerné par le monde qui l’entoure. Nous revivons le début de la guerre en Ukraine, l’arrivée au pouvoir de Trump, la dissolution de l’assemblée par le Président français, autant d’événements insupportables auxquels Mélo parvient à faire face en se réfugiant dans la musique. Celle qu’il joue dans son antre, ne faisant plus qu’un avec son violoncelle ; celle qu’il va écouter dans des salles de concert, occasion pour le lecteur de découvrir le compositeur Georges Onslow considéré à son époque comme le Beethoven français. On se laisse hypnotiser avec lui par les Nits et leur envoûtant Nescio, on entend presque le duo violoncelle-duduk qu’il initie avec Missak, musicien arménien rencontré lors d’une soirée musicale. Ces échappées mélodiques sont autant de respirations que le lecteur partage avec le commissaire et qui, loin de nous éloigner de l’intrigue, viennent au contraire magnifiquement la nourrir.
C’est ainsi, dans le rythme d’un récit qui joue des pauses et des accélérations, que La musique adoucit les morts vous embarque... jusqu’à un dénouement que l’on ne voit pas venir ! Politique, psychologique et poétique, ce roman noir, sombre mais non dénué d'espoir, dresse un portrait sans concession de notre société tout en faisant la part belle aux personnages, auxquels on s'attache très vite et qu'on attend avec impatience de retrouver dans un prochain volet !
Florence