Au cours de cette année de première spécialité arts plastiques au lycée général public de Saint-Sernin, les élèves ont entrepris un projet ambitieux : créer un leporello mêlant textes (prose, haïku, poésie) et visuels pour explorer les urgences écologiques d'aujourd'hui. De la disparition des rhinocéros, des végétaux, de la flore à la pollution des fonds marins, de l'impureté de l'air et de la terre à la fast fashion, de la nocivité des cigarettes aux incendies de forêt, de notre nature et de notre humanité qui souffrent des ravages globaux sur le vivant : tous ces sujets ont été abordés avec sensibilité et exigence.
Pour nourrir cette réflexion et cette création, l'artiste-illustrateur toulousain Nicolas Lacombe est intervenu à plusieurs reprises auprès du groupe classe. Lors de ces séances riches – alternant démonstrations, ateliers pratiques, expérimentations, réalisations de maquettes et prototypes –, il a partagé sa technique unique du « dessin au scotch ». Inspiré des estampes asiatiques traditionnelles et contemporaines, ce procédé transforme le ruban adhésif en pinceau actif, soulevant les particules de feuilles teintées : il capte le pigment du papier comme un tampon, produisant par transfert et estampage en négatif et/ou positif, des images fines, énergiques, subtiles, et porteuses d'émotion. Son travail a ouvert aux élèves d’autres manières de voir, de faire image et a permis des expérimentations plastiques à partir de mouvements singuliers, de prélèvements d'éléments de nature ou d'objets. Par sa présence en classe, il a déplacé les frontières habituelles de l’enseignement, en faisant entrer dans le lycée les gestes et le regard d’un artiste au travail. Les élèves ont ainsi pu expérimenter ces actions, questionner les frontières entre dessin et performance, saisir les porosités entre figuration et abstraction, et inventer des visuels qui dialoguent avec leurs textes engagés. L'utilisation de papier rouge comme contrainte de médium / support, a fait émerger des subtilités esthétiques par stratifications, spontanéités, transparences, épures, gestes libérés et jeux de hasard. Les ateliers d’écriture, menés à partir de différents protocoles et contraintes, ont permis aux élèves d’expérimenter d’autres façons de créer et de découvrir des regards croisés sur leurs productions.
Ce livre est le fruit de ces échanges : les images naissent de la rencontre entre la maîtrise de l'artiste et l'élan créatif des élèves. Elles ne se contentent pas d'illustrer ; elles amplifient, augmentent, contredisent ou prolongent les mots pour mieux dire l'alerte environnementale qui ne peut plus attendre. Les élèves ont imaginé, écrit et composé ce livre sous la forme d'un leporello en format portrait, dans un aller-retour entre langages et images. Ils ont expérimenté ce que signifie créer pour être lus et regardés, en s’emparant de la question de l’écologie à partir de leur propre sensibilité moderne aux textures, à l'impermanence du vide et du plein, et à la nature. Ils ont cherché des formes et des textes pour dire l’urgence, mais aussi la beauté du monde. Ici, la disparition d'une espèce devient silhouette fragile sous un ciel saturé, la pollution textile, un amas spectral engloutissant les océans. Ces pages témoignent d'une génération qui refuse le silence face à la crise et qui, guidée par un artiste, invente des formes créatives subjectives ou affirmées, pour alerter et espérer. Elles ne proposent pas de réponses définitives, juste des pistes, des émotions.
Que ce recueil vous interpelle, vous émeuve, vous incite à l'action. Puissiez-vous, en le feuilletant, vous laisser toucher, questionner, peut-être bousculer par ces voix. Merci à Nicolas Lacombe pour sa générosité, son exigence, son professionnalisme et sa disponibilité. Bravo aux élèves pour leur audace, leur persévérance, leur faculté d'adaptation et leur gentillesse.
Responsable du projet : Véronique Pacaud, enseignante arts plastiques. Lycée Public Général Saint-Sernin, Toulouse - Mars 2026